Revue futuribles n° 381

Institutions - Société, modes de vie

Italie, un pouvoir corrompu

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Le 12 novembre 2011 restera dans les mémoires de nombreux Italiens qui n’en finissaient plus d’attendre la fin de l’ère Berlusconi. Ce jour-là, il Cavaliere s’est résigné à démissionner des fonctions de président du Conseil italien qu’il occupait depuis près de 10 ans (marqués d’une brève interruption), en dépit de scandales politico-financiers ou de mœurs à répétition. Mais le départ du pouvoir de Silvio Berlusconi, s’il constitue un signe encourageant pour la démocratie, est loin d’être un gage de retour à la vertu pour les institutions de ce pays. En effet, comme le montre ici Arles Arloff, la corruption et la collusion du pouvoir politique avec la mafia ne sont pas des phénomènes récents, apparus avec la montée en puissance de Silvio Berlusconi, mais remontent à plusieurs siècles et sont profondément ancrées dans le système politique national.
S’appuyant sur une très riche bibliographie de journalistes et auteurs italiens spécialistes de la question, ainsi que sur le témoignage du « dernier des juges » (entendre ici l’un des derniers juges antimafia et anticorruption ayant échappé à l’élimination physique par assassinat pur et simple), le procureur Roberto Scarpinato, Arles Arloff rappelle comment, dès son origine, la mafia s’est construite sur la corruption du pouvoir politique. Elle montre aussi à quel point ces pratiques de corruption sont finalement acceptées et jugées presque normales dans ce pays. Malgré les actions menées dans les années 1983-1992, qui ont pu laisser espérer un grand nettoyage des institutions italiennes et le retour d’un pouvoir « propre », l’Italie demeure sous le contrôle d’une bourgeoisie mafieuse (mafia « haute » : notables politiques, financiers…) liée à la mafia « basse » (ou militaire), dans une ambiance d’omerta qui rapproche de plus en plus ce pays de certaines dictatures sud-américaines de sombre mémoire. Et s’il subsiste quelques poches de résistance à ce système, elles risquent de ne pas résister longtemps sans le ralliement d’une large partie des citoyens — mais ceux-ci accepteront-ils de risquer leur vie pour une Italie propre ?

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