Rapport

Ressources naturelles, énergie, environnement - Société, modes de vie

The Future of Food and Agriculture: Trends and Challenges

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The Future of Food and Agriculture: Trends and Challenges
FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) , « The Future of Food and Agriculture: Trends and Challenges », FAO, 2017.

La FAO a publié début 2017 une étude intitulée L’Avenir de l’alimentation et de l’agriculture. Tendances et défis (dont l’intégralité n’est disponible qu’en anglais), qui constitue assurément un document de référence. Plus qu’un exercice de prospective à proprement parler, ce document de 180 pages constitue un état des lieux complet et détaillé de l’agriculture et de l’alimentation sur la planète, des grandes tendances qui ont dessiné leur évolution depuis les années 1960, et des défis devant être relevés pour que la sécurité alimentaire et nutritionnelle mondiale soit assurée à l’avenir. Il est bien écrit et très bien illustré par quantité de tableaux et graphiques, même si on peut noter çà et là d’inévitables redites et parfois certaines différences de point de vue qui reflètent la multiplicité des contributeurs.

Ce rapport ne pousse pas à l’optimisme tant les défis sont nombreux, profonds et complexes. En voici quelques éléments, non exhaustifs, choisis par souci d’illustration.

En 2015, il y avait 3,5 milliards de ruraux et 4 milliards d’urbains sur la planète. À l’horizon 2100, l’Asie et l’Afrique devraient totaliser 9 milliards d’habitants sur les 11 milliards que comptera la planète. Alors que globalement la croissance démographique mondiale ralentit et l’âge moyen de la population augmente, les évolutions régionales sont très contrastées. Entre 1950 et 2050, le nombre de personnes âgées de 15 à 24 ans pourrait passer de 100 millions à 70 millions en Europe, de 100 à 350 millions en Asie du Sud et centrale et de 80 à 400 millions en Afrique subsaharienne. Le croît démographique et l’augmentation du nombre de jeunes sont les plus rapides dans les pays à revenus faibles, là où la sécurité alimentaire est déjà la plus fragile. D’ici à 2050, 13 de ces pays pourraient voir leur population doubler.

Dans les pays à revenus bas ou intermédiaires, la part de l’investissement agricole rapportée à la part de la valeur ajoutée agricole est inférieure à un, et a diminué entre 1990 et 2015. Elle est supérieure à un et a fortement progressé dans les pays à revenus élevés. Entre 1960 et 2015, le commerce agricole mondial est passé, en valeur, de 50 à 1 400 milliards de dollars US. Les prix agricoles connaissent une tendance baissière sur le long terme, mais avec une volatilité plus forte.

Les trois quarts des exploitations agricoles familiales (375 millions) disposent de moins d’un hectare et emploient 75 % de la population rurale active. Les futurs gains de production agricole ne proviendront pas de l’accroissement des surfaces cultivées mais devront reposer sur des gains de productivité, tout en préservant les écosystèmes. L’accroissement annuel moyen des rendements céréaliers, qui était de 2,5 % dans la période allant de 1965 à 1984, est d’un peu moins de 2 % pour la période 2005-2014, après être tombé sous 1,5 % entre 1985 et 2004. L’effort de R&D publique en agriculture représente 1 % du produit intérieur brut agricole en moyenne mondiale. Il est de 0,5 % pour les pays à revenus faibles et de 3 % pour ceux à revenus élevés.

Dans les pays à revenus bas ou intermédiaires, la population rurale continue d’augmenter en valeur absolue et la taille moyenne des exploitations agricoles diminue. Les changements structurels en cours sont très différents d’une région et d’un pays à l’autre. Le développement des villes de taille intermédiaire constitue un facteur important de dynamisation des zones rurales dans nombre de pays.

La grande pauvreté a tendance à reculer sur la planète (37 % de la population en 1990 et 9,6 % en 2015), mais elle augmente en valeur absolue en Afrique subsaharienne (60 millions de personnes de plus en 2015 par rapport à 1990). Les trois cinquièmes des personnes très pauvres se concentrent dans cinq pays (Bangladesh, Chine, république démocratique du Congo, Inde et Nigeria) ; 78 % des personnes très pauvres vivent en zone rurale ; et 60% des personnes qui souffrent de la faim sont des femmes. Les inégalités se creusent dans les pays à hauts revenus et dans les pays à croissance rapide, même si à l’échelle mondiale, elles tendent à diminuer.

En moyenne, la disponibilité alimentaire est suffisante pour nourrir la planète (2 750 kilocalories par personne et par jour dans les pays à revenus bas ou intermédiaire, et 3 350 kilocalories dans les pays à revenus élevés, pour un besoin minimum de 1 950 kilocalories). Pour autant, 797 millions d’habitants souffrent de sous-nutrition en 2016 (11 % de la population mondiale). En 2014, 40 % des personnes âgées de plus de 18 ans étaient en surpoids dans le monde, parmi lesquelles 13 % d’obèses. La prévalence de l’obésité des enfants âgés de moins de cinq ans est passée de 5,1 % à 6,2 % de 2000 à 2015.

Le nombre de migrants internationaux était de 244 millions en 2015, soit 3,3 % de la population mondiale, en hausse de 41 % par rapport à 2000. Plus de 150 millions de ces migrants avaient pour destination des pays à hauts revenus. Dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires les transferts financiers en provenance des migrants représentaient, en 2016, environ 420 milliards de dollars US, soit un peu moins que les investissements directs étrangers (560 milliards), autant que la dette privée, et beaucoup plus que l’aide officielle au développement (100 milliards) ; 40 % de ces transferts sont destinés aux zones rurales. Les migrations des ruraux ont conduit à une féminisation accrue de l’agriculture dans les zones de départ.

Face aux tendances et aux défis décrits et analysés dans le document, la FAO, bien en ligne avec l’énoncé des Objectifs de développement durable de l’Organisation des Nations unies, met l’accent sur quelques conditions nécessaires majeures au maintien et au renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle mondiale :
— la mise en place de nouvelles politiques publiques cohérentes et holistiques dépassant les cloisonnements sectoriels ;
— l’inclusion des populations pauvres, notamment rurales, dans les processus d’arbitrage ;
— l’émergence à tous les niveaux d’instances de gouvernance responsables et adaptées aux contextes locaux, et d’une coordination étroite entre ces niveaux ;
— la mise en place d’une protection sociale au bénéfice des plus vulnérables ;
— la mobilisation de toutes les ressources, publiques, privées, nationales et étrangères, dans un contexte où la seule intervention publique ne peut suffire ;
— le renouvellement et l’intensification, sur la base d’une égale dignité, de la coopération internationale.

Étant donné la nature de cette organisation, la FAO ne peut guère aller plus loin dans ses recommandations sans risquer de froisser tel ou tel de ses États membres. Le contenu et la tonalité des analyses suggèrent cependant que des transformations radicales dans les politiques et les modes de gouvernance sont indispensables à la sécurité alimentaire et nutritionnelle de notre planète. C’est ici qu’une vraie réflexion prospective doit prendre le relais, se nourrissant de ce diagnostic très riche et n’écartant a priori aucun scénario de renouvellement de l’action publique dans ses liens avec la société civile et le secteur privé national et international.

Site web
http://www.fao.org/3/a-i6583e.pdf

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