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On Challenges for the EU

This article is published in Futuribles journal no.470, Jan.-Feb. 2026

Si l’Europe est confrontée au défi de la concurrence de la Chine et des États-Unis, elle est aussi tétanisée par la menace que repré­sentent la Russie et la politique étrangère erratique de Donald Trump, qui prétend s’affirmer comme grand pacificateur mais dont l’échec est flagrant, au Proche-Orient comme en Ukraine. Après l’abandon voici 75 ans de la Communauté européenne de défense, l’Union européenne s’est dotée d’une « feuille de route pour renforcer ses capacités de défense d’ici 2030 », une ambition salutaire mais bien tardive. En attendant, elle est condamnée à subir le travail de propagande et d’incursions russes visant à diviser les États membres et à la dissuader de soutenir l’Ukraine — comme s’y attellent aussi les États-Unis.

La dislocation de l’Occident est-elle inéluctable et le conflit, annonciateur d’une nouvelle course aux armements, y compris nucléaires ? Le risque est grand d’une telle surenchère, mais Benoît Pelopidas montre que ces armes nucléaires ne peuvent nous assurer ni d’une capacité de dissuasion certaine, ni d’une protection parfaite ; que nous sommes vulnérables, d’autant que le nombre et la puissance des ogives et des lanceurs n’ont cessé de croître. Il souligne que les arsenaux sont déjà très en excès et que personne n’en maîtrise parfaitement les usages. Enfin, évoquant le risque d’interférences entre les menaces nucléaires et d’autres tel le changement climatique, il plaide pour une limitation des armements (à leur « stricte suffisance ») et invite plutôt à s’attaquer aux dommages entraînés par les « transformations planétaires ».

Parmi ces dommages, figurent ceux liés au changement climatique (cyclones, tornades, inondations, canicules…) qui frappe inégalement les territoires et populations sans que ceux-ci bénéficient d’assurances adéquates. S’appuyant sur un travail récent du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan français, Marine de Montaignac et Alice Robinet explorent comment pourrait être renforcée la prévention et mieux assurées les victimes, y compris dans le cadre d’une éventuelle « Sécurité sociale climatique ». Leurs scénarios peuvent surprendre après les débats épiques de l’automne sur le budget et les finances publiques en France, mais invitent à faire preuve d’un minimum d’anticipation…

Cette préoccupation semble largement partagée par les jeunes de la génération Y (les 25-39 ans) et notamment les plus diplômés qui, selon la sociologue Monique Dagnaud, s’estiment laissés pour compte et se révèlent très critiques vis-à-vis des générations plus âgées. Selon les enquêtes disponibles, ils souhaitent des changements de grande ampleur, expriment des aspirations bien différentes de celles de leurs aînés et se disent très préoccupés par les questions écologiques. Que feront-ils s’ils arrivent aux commandes ?

S’agissant des plus jeunes encore, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer l’usage intensif qu’ils font des écrans et des réseaux sociaux. En France, selon le Baromètre du numérique 2025, 91 % des 12 ans ou plus sont équipés d’un smartphone et 75 % d’entre eux ont une connexion à Internet, donc un accès libre aux contenus et aux services. Selon la même source, 61 % des 18-24 ans y passent plus de trois heures par jour. Si l’usage de ces écrans leur confère un accès exceptionnel aux savoirs et peut favoriser certains apprentissages, il est désormais reconnu par Santé publique France comme par l’Orga­nisation mondiale de la santé que son excès entraîne des risques importants pour leur santé physique et mentale. Il est envisagé de les réglementer mais légiférer est une chose, appliquer les règlements en est une autre. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance a publié un rapport sur les risques liés aux avancées des neuro­sciences dont rend compte ici Grégory Aimar, mais n’est-il pas déjà trop tard, voire matériellement impossible, de lutter contre ?

Sur les questions de santé, Michel Héry nous éclaire sur les progrès accomplis dans la sphère professionnelle et montre que les conditions de travail en France se révèlent toujours fort problématiques, notamment pour deux raisons : l’intensité du travail liée aux nouvelles technologies (sinon l’ubérisation) d’une part ; l’essor des emplois de service (en particulier les services aux ménages), d’autre part. Le vaste panorama qu’il dresse révèle que la « sinistralité et la mortalité au travail » restent très importantes, donc que nous pouvons et devons progresser.

En ce début d’année 2026, l’espoir s’impose, ainsi que la présentation de nos vœux les meilleurs à nos lectrices et lecteurs. Il est temps que l’Europe se réveille et prenne conscience que le monde a changé. L’Union européenne est plus importante encore qu’hier et Jean-François Drevet montre qu’elle doit se renforcer avant éventuellement d’admettre de nouveaux membres. Les défis sont clairs, qu’il s’agisse de sécurité et de défense, de compétitivité économique ou de cohésion sociale ; il suffit désormais aux Européens de les relever pour ne pas devenir otages de régimes totalitaires.