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L’Équipe apprenante. Se relier pour transformer le monde

Par

L’Équipe apprenante. Se relier pour transformer le monde
COLLIGNON Étienne , « L’Équipe apprenante. Se relier pour transformer le monde », Édifusion, 2020.

Dans son dernier livre, Étienne Collignon passe de la Personne apprenante, titre de son ouvrage précédent, à L’Équipe apprenante, étape nécessaire pour construire une organisation apprenante. Les deux livres se complètent et incitent à découvrir et utiliser une série de jeux pédagogiques [1]. Étienne Collignon nous fait parcourir le trajet à la fois intellectuel et pratique qui a été le sien au cours de sa carrière de manager chez Solvay. Homme d’action, il est allé notamment étudier sur place la pédagogie finlandaise de Team Academy, avant de cofonder Team Academy France qui accompagne des « entrepreneurs d’équipe ». Il a aussi présidé longtemps SOL France, Société pour l’organisation apprenante.

La préface de L’Équipe apprenante a été rédigée par Peter Senge, qui a fondé en 1997 le réseau mondial SOL (Society of Organizational Learning) et, en 2010, l’Academy of System Change.Le systématicien du MIT (Massachusetts Institute of Technology) rappelle que le concept clef des organisations traditionnelles, la hiérarchie, ne suffit plus dans « un monde en mutation rapide et de plus en plus interconnecté » : l’efficacité exige que « les employés fassent bien plus que plaire à leur patron. Ils doivent travailler ensemble pour donner un sens à leur contexte en rapide évolution et pour innover continuellement dans la manière dont ils créent de la valeur. » Aussi l’apprentissage est-t-il nécessaire au niveau des équipes afin d’éviter « la cécité et la rigidité, une formule infaillible pour raccourcir la vie d’une organisation ».

L’équipe a donc un rôle essentiel ; encore faut-il « bien faire équipe », d’où l’importance, note Peter Senge, du livre d’Étienne Collignon. Celui-ci, illustré de nombreux schémas explicatifs très pédagogiques, définit le concept d« apprenance » comme « une attitude dynamique consciente, individuelle ou collective, pour accroître la capacité à traiter une situation complexe ». Cette attitude consciente implique un choix raisonné. L’équipe s’observe et mesure son développement en tant que groupe partageant un projet, identifie les points de progrès, travaille sur ses difficultés de communication. Chaque membre développe sa capacité d’observation, de communication, de se remettre en question, d’instaurer des processus de décision, de partage d’information. Trois mots-clefs sont confiance, encouragement et émotion. Sur ce dernier point, Étienne Collignon rejoint Antonio Damasio qui a montré qu’il n’y a pas de décision possible sans émotion [2]. Il s’agit de construire une cohérence entre intériorité, altérité et réalisation.

« L’intériorité est la capacité à penser le propre développement de l’équipe. Elle inclut capitalisation, métacognition, modélisation et culture systémique. » La capitalisation use de méthodes pour gérer les acquisitions de connaissances dans l’équipe. La métacognition consiste à observer ce qui arrive ici et maintenant dans l’équipe. La modélisation articule en un ensemble cohérent les programmes, propositions, méthodes qui caractérisent l’équipe. Enfin, pour s’ouvrir à la diversité et à la complexité du monde, une culture systémique est nécessaire.

« L’altérité est la capacité à apprendre grâce aux autres et avec les autres, et à établir un vivre ensemble de qualité. » Elle comprend notamment l’émotion qui permet de « reconnaître et mettre en valeur ce qui touche ». Et la réalisation enfin, quiconsiste à « se mobiliser et s’organiser comme équipe pour atteindre un futur souhaitable ». Ceci grâce à de la créativité, en construisant l’action collective jusqu’à la réussite du projet qui doit avoir du sens, par rapport à « des références éthiques et spirituelles partagées dans l’équipe ». Avec de l’engagement, c’est-à-dire « faire preuve de courage et de liberté, traduire ses choix en actes ».

L’ouvrage, qui n’est pas à lire de façon nécessairement linéaire, précise Étienne Collignon, détaille et illustre chacun de ces points. Il propose à la fois une série de fiches pratiques, des outils, des exercices, des exemples d’application, des témoignages de personnes et d’équipes, qui se retrouvent dans une vidéo. Ainsi, il donne la parole, à côté d’un poème de Pablo Neruda, aussi bien à une équipe auto-organisée à la SNCF, à des chercheurs chez Bonduelle qu’aux dirigeantes ou opératrices d’Ardelaine. Cette coopérative de la laine se développe en Ardèche depuis trois décennies en équipe constituée d’équipes, notamment transversales, respectueuses de la biodiversité, de la diversité culturelle et générationnelle.

Le livre d’Étienne Collignon contient également une galerie des penseurs passés et présents sur lesquels il s’appuie, de Bruce Tuckman à Frédéric Laloux, en passant par David Kantor. Il offre ainsi, écrit Peter Senge, « une merveilleuse diversité de perspectives ».



[1] Pour la personne apprenante, URL : https://thelearningperson.com/documentation-la-personne-apprenante/ ; et pour l’équipe apprenante, URL : https://thelearningperson.com/equipe-apprenante/. Consultés le 9 avril 2021.

[2]Damasio Antonio R., L’Erreur de Descartes. La raison des émotions, Paris : Odile Jacob, 1995.

Site web
https://thelearningperson.com/livre-lequipe-apprenante/