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1975-2025: 50 Years of Futuribles

This article is published in Futuribles journal no.469, Nov.-Dec. 2025

Lancée au printemps 1975, la revue Futuribles a 50 ans, un âge raisonnable pour tenter de procéder à un survol du demi-siècle passé, voire explorer les perspectives à l’horizon des prochaines décennies. Le numéro spécial qui vous est livré est plus rétrospectif que prospectif. Sans prétendre être exhaustif, il revient sur quelques thèmes que nous considérions à l’époque comme des défis majeurs du futur, voire comme des facteurs de rupture au regard de la scène mondiale et de la dynamique de nos sociétés telle qu’elle était alors observée.

Le premier défi était relatif à l’écologie et à la prise de conscience, au début des années 1970, que la croissance économique (dont avaient bénéficié, après-guerre, quelques pays occidentaux) ne pouvait être infinie dans un monde fini, et encore moins bénéficier équitablement à toute l’humanité. Nous avons souligné que cette croissance entraînait une exploitation intensive de ressources limitées, des pollutions et des nuisances qui, comme le révéla un peu plus tard le changement climatique, compromettaient notre écosystème. La revue Futuribles n’a cessé de faire écho aux travaux sur le sujet, non sans rappeler à maintes reprises que les bénéfices à long terme d’une politique écologique seraient supérieurs aux coûts de l’inaction. En outre, était souligné le risque que l’Europe devienne excessivement dépendante du reste du monde et, faute d’une stratégie commune, ne soit plus maîtresse de son destin… Bien qu’amplement documentées, ces analyses n’ont guère été suivies d’effets, comme le montre notamment Dominique Bourg dans ce numéro. Qu’en sera-t-il demain — par exemple, en ce mois de novembre à Belém (Brésil), lors de la 30e conférence des Nations unies (COP) sur le changement climatique ?

Un deuxième défi souvent traité dans la revue Futuribles concernait la philosophie et la pérennité des systèmes d’assurance et d’assistance sociale, particulièrement développés en Europe occidentale et constituant un élément clef du contrat social. Or, sur le registre de la protection sociale, il était évident que la baisse de la natalité et l’allongement de l’espérance de vie allaient inéluctablement entraîner une dégradation du rapport entre le nombre d’actifs cotisants et celui des inactifs âgés. Il était donc indéniable qu’une réforme du système de retraite devait être introduite sans se limiter à de simples ajustements structurels, que, si la retraite « couperet » devait être évitée, la durée d’activité professionnelle devait être prolongée sur la durée de vie. Sur le plan de la solidarité, il était tout aussi évident que le creusement des inégalités, notamment imputables aux conditions de travail et au patrimoine, exigeait un effort de redistribution important. Nier ces réalités, comme on le fait encore aujourd’hui, ne pouvait qu’entamer la confiance, déjà très basse, accordée aux élus de la nation.

Un troisième défi nous semblait tout aussi évident : celui d’investir dans l’éducation, la formation et la recherche, donc dans le capital humain, la science et la technologie comme moteurs d’innovations et peut-être de productivité. Mais nous n’avons pas manqué de souligner le caractère ambivalent des sciences et des technologies, particulièrement de l’intelligence artificielle et du génie génétique : les espoirs et les craintes qu’ils peuvent susciter vis-à-vis de nos libertés publiques et de notre intégrité, tant physique que morale. Virginie Courtier-Orgogozo évoque ici les défis éthiques et démocratiques auxquels fait face la science, tandis que Pierre Papon rappelle que les progrès de la science et des technologies ne se diffusent pas aussi rapidement qu’on l’imagine, et qu’ils doivent être soumis au débat. C’est évident, bien que certains choix nous engagent sur la longue durée et ne peuvent être remis en question au gré d’une opinion publique versatile…

Dire comme Churchill que « la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres » est une observation dont l’évidence saute aux yeux lorsqu’on observe la situation actuelle aux États-Unis, sous l’influence pernicieuse de Donald Trump et où la plupart des contre-pouvoirs sont muselés. L’essor impressionnant des régimes illibéraux et l’usage de la violence au détriment du droit constituent plus qu’un avertissement. Il conviendra d’y revenir plus longuement dans de prochains numéros de la revue Futuribles dont la vocation demeure d’alerter ses lecteurs sur les futurs possibles et les enjeux d’avenir, non de commenter l’actualité. Espérons que les travaux dont nous rendons compte s’avéreront utiles à leurs propres réflexions et actions.