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The Price of Shortsightedness

This article is published in Futuribles journal no.468, Sept.-Oct. 2025

 

31 juillet 2025. Nous achevons ce numéro de Futuribles à paraître d’ici un mois. Au milieu de cette période estivale, deux informations se disputent la vedette à la une des médias, reléguant les autres, peut-être plus graves, au second plan. D’abord, bien sûr, Donald Trump relançant ses offensives sur les droits de douane et imposant à l’Union européenne un accord indigne qui, sans doute, entravera durablement la crédibilité de ses ambitions en termes d’autonomie stratégique. Notons au passage qu’il décide, de manière moins médiatisée, d’abroger le Clean Air Act qui était au fondement de feu la politique américaine contre le changement climatique. Ensuite l’annonce par le Premier ministre français, François Bayrou, de son projet de loi de finances 2026 qui, au prétexte de réduire la dette publique française, restreint le financement prévu au titre de la transition écologique.

Qu’adviendra-t-il en septembre de ces annonces ? Nous aurons sans doute, une fois de plus, la preuve que l’avenir sera sacrifié au profit d’intérêts immédiats, que l’on reporte sur les générations à venir notre inconscience écologique au prétexte des dettes publiques d’hier ! Rappelons en effet que le dernier rapport de Swiss Re [1] estimait que le montant des pertes dues aux catastrophes naturelles liées au changement climatique dépassait 300 milliards d’euros en 2024 (en hausse de 26 % comparativement à la moyenne des 10 années précédentes). Comme nous le savons tous, les coûts des dommages causés à la planète et à la santé humaine seront bien supérieurs aux investissements qu’exigerait la mise en œuvre, dès aujourd’hui, de politiques préventives d’atténuation et d’adaptation.

Revenons sur ce changement climatique. Dominique Finon nous adresse une véritable leçon de prospective : il critique en effet ceux qui pensent que la catastrophe est imminente et qui surtout élaborent des scénarios normatifs de décarbonation à un horizon inatteignable, et donc finalement inefficaces. En effet, les exercices de prospective doivent permettre d’explorer à la fois ce qui peut advenir, mais aussi ce que les acteurs (qu’il convient de préciser) peuvent faire compte tenu des techniques et du contexte socio-économique à différents horizons temporels. Il est toutefois intéressant d’observer le cas du Viêtnam présenté dans ce numéro, un pays qui a connu une croissance économique très rapide mais qui, en raison de sa vulnérabilité particulière au changement climatique, s’engage dans « une nouvelle ère » d’atténuation et d’adaptation exemplaire. Alors que nous observons, en Europe, un certain discrédit de l’écologie parfois jugée excessivement punitive et socialement inéquitable, un article de Manon Loisel et Nicolas Rio montre néanmoins comment celle-ci pourrait jouer un rôle positif lors des élections municipales en France en 2026.

Après l’article d’Alain Parant sur la natalité en France (Futuribles n° 467), nous publions un texte sur le vieillissement démographique au Japon (un pays leader en la matière !) pour en comprendre les ressorts et les conséquences. Seiichi Kitayama explique que cette situation particulière résulte notamment du recul du mariage et de conceptions archaïques concernant l’égalité hommes-femmes et les naissances hors mariage. Le Japon, écrit-il, très réticent vis-à-vis de l’immigration étrangère, est menacé d’effondrement démographique. Cet article aurait-il la vertu d’une alerte vis-à-vis d’un recul des valeurs en Europe, sinon des retraites (sujet toujours brûlant en France) et des soins requis notamment par les plus âgés ?

Voici l’occasion de revenir sur les déserts médicaux, donc l’accès aux médecins, dans le temps et l’espace, au cœur de nos deux derniers numéros. Les auteurs, Émilie Bérard et Emmanuel Vigneron, rappellent que la santé n’est un problème médical que lorsque celle-ci s’est dégradée faute d’avoir été entretenue comme il conviendrait. Elle concerne donc d’abord « la collectivité tout entière, du voisin et de l’école aux services de la voirie et aux clubs sportifs et culturels. Éducation à une alimentation équilibrée, pratique d’activités physiques […] ». Ensuite, écrivent-ils, s’agissant des soins médicaux, « il n’est pas possible d’avoir tout partout », il est donc essentiel de prévoir un « dispositif sans faille d’acheminement des patients vers des centres bien équipés » où ils bénéficieront des meilleurs soins.

J’ai commencé cet éditorial en évoquant la course à la puissance qu’incarne Donald Trump. Il n’est pas le seul en lice, la compétition mondiale étant ouverte entre nombre de pays et d’acteurs — dont ceux des Big Tech. Elle s’exerce sur terre comme sur les mers et dans l’espace. Nous y reviendrons ultérieurement, mais vous livrons ici un article montrant comment, au-delà de la Station spatiale internationale, se multiplient les acteurs et les projets ambitionnant de produire dans l’espace, en profitant notamment de la micropesanteur.

  1. Sigma: Natural Catastrophes: Insured Losses on Trend to USD 145 Billion in 2025, Swiss Re, n° 1, 2025

#Demography #Ecological transition #Foresight #Health system