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Japon : quel bouquet électrique après Fukushima ?

La catastrophe de Fukushima a entraîné une remise en cause radicale de la stratégie énergétique japonaise. Avant le 11 mars 2011, l’archipel produisait 30 % de son électricité grâce à l’énergie nucléaire et cette part devait être portée à 50 % d’ici 2030. Or, à la mi-septembre 2013, suite à la mise à l’arrêt préventive de l’ensemble du parc de réacteurs, le Japon entre dans une période de « zéro nucléaire ». Il doit parer au plus pressé et compenser le déficit de la production électrique grâce à des mesures d’économie d’énergie et une montée en puissance des centrales thermiques à énergie fossile. Il est aussi confronté à la nécessité de repenser son avenir énergétique à long terme et de refonder un mix électrique complètement bouleversé.
Il faut attendre le 16 juillet 2015 pour que le nouveau mix électrique, présenté dans les « perspectives à long terme de l’offre et de la demande énergétiques », soit officiellement adopté par le gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe. Le gouvernement se fixe pour objectif de n’utiliser qu’entre 20 % et 22 % d’énergie nucléaire dans la production d’électricité d’ici à 2030. La part des énergies renouvelables devrait être comprise entre 22 % et 24 %. La part des énergies fossiles, qui avait fortement augmenté pour compenser l’arrêt des centrales nucléaires, devrait donc être réduite mais rester prépondérante : 26 % pour le charbon, 27 % pour le gaz naturel liquéfié (GNL) et 3 % pour le pétrole. Ce mix, qui comporte plusieurs contradictions et incohérences, a été vivement critiqué par les observateurs, en particulier les partisans d’un « Big Bang » des énergies renouvelables, qui ont dénoncé l’absence de cap et le manque d’ambition des objectifs du gouvernement japonais en matière climatique. Il présente néanmoins un caractère transitoire et reflète la prégnance d’une « dépendance au chemin emprunté » (path dependency) qui devrait peu à peu s’effacer grâce à des mesures telles que la libéralisation du marché de l’électricité.
Dépourvu de ressources énergétiques, le Japon a fait le choix, dans les années 1950, de miser sur le nucléaire civil pour assurer sa production électrique. La remise en cause d’une stratégie établie depuis plus d’un demi-siècle se heurte nécessairement à des contraintes et des pesanteurs politiques, économiques et technologiques. Le mix sera sans nul doute soumis à de nouvelles révisions et amendements, d’autant que le Japon dispose de réels atouts en matière d’innovation et de R&D, qui lui permettront de réinventer son avenir énergétique conformément aux exigences d’une économie décarbonée.

#Énergie #Japon #Politique de l’environnement