Revue

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Des effondrements successifs à une bascule de civilisation

La chronique prospective de Dominique Bourg

Jamais le monde politique, tant national qu’international, n’a promu des politiques publiques aussi orthogonales à une situation écologique dramatique, même potentiellement tragique et à courte échéance.

En France, le Sénat, sous prétexte d’encourager la productivité agricole, ouvre les vannes à la destruction du vivant et de la santé humaine ; il n’est question dans les couloirs des assemblées et sur les plateaux que de supprimer l’Agence de la transition écologique (ADEME) ou l’Office français de la biodiversité (OFB) dont on ne protège plus les agents ; le ministère de l’Écologie est réduit à la pauvreté des moyens et à la faiblesse des motivations, etc. C’est encore pire à l’échelle internationale. Donald Trump sort de l’accord de Paris de 2015, détruit les agences environnementales et massacre les sciences du climat. Il désinhibe l’ensemble des pollueurs à l’œuvre sur la planète. Or, pendant que ce petit monde casse tous les thermomètres, la température monte, au-delà de ce à quoi nous nous attendions. Je m’appuie pour ce qui suit essentiellement sur une étude récente publiée par un institut d’actuaires associé à l’université d’Exeter : Planetary Solvency — Finding Our Balance with Nature. Une des conclusions : un effondrement probable de 50 % du produit intérieur brut (PIB) et quatre milliards de morts, avec une augmentation de la température moyenne de 3 °C à l’horizon 2050 !

L’accélération du changement climatique et quelques-unes de ses conséquences

Attendons. Commençons par le commencement. Le taux de réchauffement planétaire est récemment passé à 0,26 °C par décennie, sans que l’on puisse trancher entre une accélération momentanée ou une tendance vouée à se poursuivre. En 2024, la température s’est brutalement réchauffée d’un dixième de degré pour atteindre une moyenne de température de 1,6 °C au-delà des températures préindustrielles, à savoir entre 1850 et 1900. Durant cette même année, jamais les consommations de charbon et de pétrole n’ont été aussi élevées ; les émissions ayant évidemment suivi la même courbe. En janvier, la température moyenne sur Terre était supérieure aux températures préindustrielles de 1,75 °C, et de 1,59 °C en février selon Copernicus.

Rappelons en outre qu’un niveau mondial de concentration atmos