- [fr]
- [en]
- abonnement
- adhésion
- créer un compte
- se connecter :
Note de veille, 31 juillet 2012
Chine : Internationalisation du yuan, une nouvelle avancée
Le 18 avril 2012, la City of London Corporation a présenté officiellement la candidature de la place financière de Londres pour être le deuxième centre offshore du yuan chinois (CNY) après Hong Kong.
Le mois suivant avait lieu, à Londres, le premier forum Hong Kong – Londres pour la promotion du CNY en dehors de Chine. Cette manifestation bénéficiait du soutien de l’autorité monétaire de Hong Kong (la Hong Kong Monetary Authority, alias HKMA), du Trésor britannique mais aussi de la People’s Bank of China (PBoC), la Banque centrale de Chine.
Cette initiative permettra des règlements en CNY 24 heures sur 24 et couvrant l’ensemble de la planète, puisque Londres pourra prendre le relai de Hong Kong et vice versa. Le département de la statistique de la même PBoC, dans un rapport publié mi-avril 2012, parlait de « moment stratégique » pour promouvoir le CNY sur les marchés mondiaux. On peut le comprendre, dans une période de ralentissement économique mondial, en particulier des pays européens et des États-Unis, et de recherche de devises alternatives à l’euro et au dollar US comme monnaies de réserve et comme moyens de règlement des flux commerciaux et financiers.
Concernant ce dernier point, la Chine n’a pas caché son désir de faire du yuan une monnaie de réserve alternative, et d’être ainsi moins exposée aux fluctuations du dollar US. Pour atteindre cet objectif, elle procédera vraisemblablement, dans les 10 ans qui viennent, aux réformes nécessaires. Elle le fera à son rythme et en essayant de conserver le plus possible une forme de maîtrise ou de contrôle de sa monnaie nationale, quitte à inventer, une fois encore, un nouveau paradigme pour y parvenir. D’ici là, le yuan va très probablement être intégré au panier des devises composant les droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international (FMI), et nous pouvons dire sans beaucoup nous tromper qu’avec le déploiement du CNY, nous assistons à l’émergence d’une nouvelle « monnaie mondiale ».
Un passé déjà révélateur
On se souvient qu’une première expérience test portant sur le règlement en yuans des échanges commerciaux entre cinq villes chinoises (Shanghai, Guangzhou, Shenzhen, Zhuhai et Dongguan) et Hong Kong, Macao et les pays frontaliers de la Chine dont l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-Est), avait été lancée en 2009. Cette expérience a été étendue à une vingtaine de villes chinoises et au reste du monde en 2010, puis à l’ensemble du territoire chinois en 2011. De plus, la Chine a signé 20 accords de swaps (ou de compensation) de yuan avec la devise des pays de l’ASEAN (accord régional de 2010), et ce dans l’esprit de l’initiative de Chiang Mai de mai 2011, une des conséquences de la crise asiatique de 1997. Enfin, l’Empire du milieu a étendu ce genre d’accord de swaps à de nombreux pays comme l’Argentine, la Turquie, l’Australie, l’Ukraine, le Japon, la Nouvelle-Zélande ou les Émirats arabes unis. Un projet de ce type avec les autres pays des BRIC (Brésil, Russie et Inde) sera proposé en 2013 durant la rencontre entre les ministres des finances de ce groupe. Des accords plus poussés encore sont envisagés avec des pays africains comme le Soudan et le Zimbabwe, lesquels pourraient envisager d’abandonner leur ancrage au dollar US, ou même à faire du yuan une autre monnaie officielle ayant cours sur leur territoire [1].
La récente avancée
L’ouverture de Londres comme deuxième centre offshore pour les transactions en yuans fait suite aux discussions du Chancelier de l’Échiquier George Osborne, durant sa visite à Hong Kong et à Pékin en janvier 2012. Elle suit également la déclaration conjointe de la HKMA et du Trésor anglais annonçant la mise en place à Londres d’un système de règlement et de compensation pour les transactions en CNY. Ce système serait similaire au Real Time Gross Settlement System (RTGS) qui existe à Hong Kong et qui est opéré par la Banque de Chine dans la SAR (Special Administrative Region). Par ailleurs, la Banque centrale chinoise a annoncé qu’elle travaillait à l’élaboration d’un nouveau système international de paiements, le China International Payment System (CIPS) afin de permettre aux banques du monde entier d’accéder au CNY pour des opérations commerciales et d’investissement. Ce nouveau système pourrait être prêt d’ici une année ou deux. Mais attention, l’utilisation par la place de Londres ou, plus tard, par les banques internationales de tout système de règlements chinois ne se fera vraisemblablement pas sans un droit de regard ou une forme de contrôle du régulateur chinois.
Le yuan, monnaie de réserve ?
Pour que la devise chinoise puisse acquérir ce statut, il faudrait qu’elle soit convertible mais aussi que la Chine accepte d’ouvrir son compte de capital, avec la crainte qu’une sortie des capitaux (des Chinois les plus fortunés), si elle est significative, pousse le yuan à la baisse. Il faudrait également que son marché financier se développe bien plus qu’il ne l’est aujourd’hui (renforcement du système bancaire dans ce sens, création d’un marché obligataire suffisamment profond et liquide, et d’un marché des produits dérivés, digne de ce nom).
[1] Voir Perelman Rémi, « YZ pour Yuan au Zimbabwe, Lettre d’Asie21, n° 48, février 2012, Futuribles International.
Mots clefs : Chine | Finances publiques. Opérations bancaires. Relations monétaires internationales | Monnaie



