Depuis quelques années, de nombreuses organisations syndicales, qu’elles soient nationales ou internationales, confédérales ou professionnelles, en Europe, aux États-Unis, au Japon ou dans les pays en voie de développement, ont commencé d’exprimer de vives critiques à l’égard des nouvelles sociétés multinationales.
La première partie de ce rapport a pour but d’analyser les raisons et les fondements de ces critiques.
Les problèmes des relations du travail s’inscrivent d’abord dans le cadre de l’entreprise. Celle-ci constitue le lieu où ils se nouent, et d’où l’activité syndicale tire son origine et son sens.
Notre point de départ a donc été, en première instance, l’entreprise. Une question préliminaire apparaissait : en quoi l’entreprise multinationale diffère-t-elle, du point de vue des relations du travail, des « autres » ? En d’autres termes, existe-t-il une spécificité des relations du travail dans les sociétés multinationales, et dans l’affirmative, quelles en sont les composantes ? L’analyse de ce problème fait l’objet du Chapitre 1.
En second lieu, le développement des sociétés multinationales a introduit des changements dans certains problèmes du travail qui ont largement dépassé le cadre étroit des firmes, par les répercussions qu’elles ont entraînées sur l’ensemble de l’activité économique et sociale. Il en va ainsi du niveau de l’emploi, parfois des conditions de travail et de salaires dans certains pays. Les deux niveaux, celui des sociétés multinationales et celui de leurs effets interfèrent dans les Chapitres Il et III consacrés le premier à l’emploi, le second aux salaires et aux conditions de travail.
Du point de vue méthodologique, nous nous sommes attachés à donner une large audience aux analyses et aux expériences des organisations syndicales sur les divers problèmes posés. Leurs perceptions, leurs positions vis-à-vis des sociétés multinationales conditionnent en effet les formes d’action qu’elles se donnent, et qui seront analysées dans la deuxième partie du rapport.
Enfin, il nous fallut affronter, sinon surmonter deux difficultés majeures :
- la première est celle de l’information, de sa disponibilité et de son traitement : les informations, parfois de base, sur ces sociétés ne sont pas à la dimension de leur développement ; elles sont relativement abondantes en ce qui concerne les problèmes économiques (flux d’investissement, etc.) qu’elles soulèvent ; mais en matière de relations
du travail et de problèmes sociaux, elles font, le plus souvent, cruellement défaut. - la seconde se rapporte à la dimension des problèmes posés. Point n’est besoin de s’étendre sur le fait qu’entre une firme de l’habillement en quête de main-d’œuvre bon marché en Afrique ou en Asie du Sud-Est, et une entreprise implantant un complexe pétro-chimique en Iran, la similitude des motivations et des problèmes dans le domaine de l’emploi et des conditions de travail n’est pas certaine.
Nous avons donc dû citer beaucoup de cas particuliers, avec un certain risque, parfois, qu’ils soient trop peu significatifs de l’ensemble, ou qu’ils ne prêtent à des généralisations hâtives.