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Retour en images sur le Forum des futurs 2026

Yannick Blanc, président de Futuribles International, lors du Forum des futurs 2026 organisé par Futuribles International.
Les lundi 8 et mardi 9 juin s’est tenu le Forum des futurs 2026 à l’ESCP Business School. L’événement a permis de réunir les organisations membres de l’association Futuribles International et les représentants de son écosystème pour deux journées consacrées au monde de 2050.

Dans un contexte marqué par de profondes mutations géopolitiques, technologiques, environnementales et sociales, le Forum des futurs est pour nous l’occasion de proposer des analyses utiles pour éclairer les enjeux structurants de demain et imaginer les voies de réponse envisageables à différentes échelles.

Cette quatrième édition a été inaugurée par :

  • Cédric Denis-Rémis, directeur général adjoint de l’ESCP Business School
  • Yannick Blanc, président de Futuribles International
  • François de Jouvenel, délégué général de Futuribles International

J1 | 10h-11h — Horizon 2050, le monde face à ses limites : analyses et représentations

Pour la première session, l’équipe de Futuribles a présenté les messages clefs du Rapport Vigie 2026 et les résultats de sa grande enquête prospective menée en amont du Forum.

Le chapitre Population et peuplements a été présenté par François Bourse, avec trois messages-clefs à retenir :

  • moins d’enfants, partout, plus tard, durablement ;
  • chute des populations en âge de travailler ;
  • insoutenabilité de la protection sociale ?

Quentin Bisalli et Frédéric Weill ont présenté le chapitre Climat et biodiversité. Ils ont mis en avant quatre messages clefs :

  • à court terme, hausse des pressions humaines et insuffisance des politiques environnementales ;
  • à moyen terme, le risque de conséquences inédites et systémiques ;
  • à moyen-long terme, la possible montée en puissance de solutions aujourd’hui émergentes ;
  • à long terme, vers des solutions technologiques lourdes, en dernier recours ?

Le chapitre Économie et ressources a été présenté par Cécile Désaunay et Antoine Le Bec, qui pointent trois messages :

  • la poursuite de la logique de marchandisation de tous les espaces, ressources et besoins ;
  • la difficile articulation entre intérêts des marchés, besoins des sociétés et gestion des externalités environnementales ;
  • les impacts incertains des progrès technologiques (notamment intelligence artificielle) sur les économies.

Juliette Guilbaud et Antoine Le Bec ont présenté trois messages clefs issus du chapitre Géopolitique :

  • une compétition mondiale durablement structurée autour de la dynamique États-Unis-Chine ;
  • un rôle de plus en plus déterminant de la technologie dans les rapports de force internationaux ;
  • vers une fragmentation régionale durable.

J1 | 11h30-13h — Face aux grands enjeux de demain, quelles modalités d’action ?

Lors de cette session animée par François de Jouvenel nous avons eu le plaisir d’écouter trois interventions sur les modalités d’action face aux grands enjeux de demain :

« Le nouveau paysage des risques » avec Cécile Wendling, consultante en prospective et conférencière, Pan-or-amiques. 
Selon elle, la question du risque acceptable est un jeu complet de postures à considérer et à combiner (readynesss, provision, flexibilité, maintenance…). Il est de notre responsabilité d’ouvrir les possibles.

« Dans un monde plus chaotique, quelles modalités de prise en charge des enjeux environnementaux ? » avec Céline Kauffmann, directrice des programmes de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales).
Selon elle, de nouveaux acteurs s’affirment sur la diplomatie climatique. Pour la Chine, il y a convergence des agendas économique et climatique. Elle a investi massivement dans les technologies vertes et leur exportation, ce qui crée des tensions dans les négociations internationales. Les petits États menacés de façon existentielle par le changement climatique sont aussi le fer de lance d’un puissant message en faveur de l’action climatique.

« Gérer les grands enjeux mondiaux : avec quelle gouvernance globale ? » avec Florence Gaub, prospectiviste, directrice de la recherche au Collège de défense de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord).
Selon elle, l’interdépendance à l’échelle mondiale continue de s’approfondir au niveau commercial, financier, migratoire…, amenant à un changement de la notion de puissance, qui n’est plus déterminée par la taille du pays mais par la nature de ses relations commerciales, ainsi que par l’ampleur de l’influence exercée vis-à-vis des autres pays.

En synthèse, il faut privilégier le rôle des écosystèmes d’acteurs et des coalitions de pays partenaires pour développer des trajectoires efficaces.

J1 | 14h30-16h — Tendances 2050 : enjeux et voies de réponse

L’après-midi, les participants ont pu expérimenter des formats d’ateliers de prospective et des outils d’articulation entre prospective et stratégie. Cette séquence leur a permis d’approfondir une thématique du Rapport Vigie 2026 de leur choix parmi : « Population et peuplements », « Climat et biodiversité », « Économie et ressources » et « Géopolitique ».

Les ateliers suivent un triple objectif :

  • rendre compte des principales transformations à l’œuvre ;
  • identifier les enjeux majeurs qui en découlent ;
  • explorer les grandes voies de réponse aux enjeux ;
  • préparer leur organisation à y faire face.

J1 | 16h30-17h — Le monde en 2050 : scénarios

Dans la continuité des ateliers de prospective, Cécile Désaunay, directrice d’études à Futuribles, a présenté les quatre scénarios globaux du Rapport Vigie 2026 :

  • Le temps des pompiers : un monde d’urgences et de coalitions. La réponse aux crises est portée par des coalitions d’acteurs qui se substituent progressivement aux institutions traditionnelles et dans des champs de plus en plus variés.
  • Le temps des fourmis : un monde de gouvernance des risques existentiels. Crises majeures et risques existentiels provoquent une mobilisation générale et la refondation des instances de gouvernance mondiale.
  • Le temps des fauves : un monde de prédations et d’empires. La recherche de puissance dans un monde de ressources rares conduit à une compétition mondiale et brutale menée par des alliances entre des États et des multinationales.
  • Le temps des tanières : des mondes séparés et divergents. La recherche d’autonomie stratégique et les trajectoires sociopolitiques divergentes conduisent à des mondes séparés en 2050.

Pierre-Antoine Marti, directeur d’études à Futuribles, a proposé une immersion dans le futur dessiné par chacun de ces scénarios, via un personnage fictif, Léa, 18 ans, lycéenne en terminale et les emplois qui pourraient lui être proposés dans ces quatre trajectoires.

J1 | 17h-18h30 — Préparer l’avenir en zone de turbulences : est-ce possible ? Comment faire ?

Pour conclure la première journée du Forum des futurs 2026, nous avons écouté la table ronde : « Préparer l’avenir en zone de turbulences : est-ce possible ? Comment faire ? » Elle a réuni :

Alexis Bonnel, responsable de la prospective à l’Agence française de développement (AFD). Il s’est interrogé sur ce qui peut faire commun et a pointé cinq facteurs de transformation :

  1. L’accumulation de crises génère un nouveau type de communs. On passe d’une logique de protection à une logique de cogestion de dynamiques complexes.
  2. La politisation croissante de ce qu’on considère comme un enjeu commun.
  3. La porosité croissante entre enjeux locaux et enjeux globaux — comme les micropolluants plastiques ou les polluants éternels, qui se disséminent très rapidement dans l’environnement.
  4. L’être humain est plus que jamais augmenté par l’IA et les technologies. Il y a un enjeu de protection de certaines dimensions technologiques.
  5. La gouvernance des biens communs est de plus en plus stratifiée et fragmentée. 

Cédric Denis-Remis, directeur général adjoint de l’ESCP Business School. Il a souligné trois tendances qui affectent l’enseignement supérieur :

  • L’ouverture mondiale de la connaissance.
  • L’internationalisation complète des talents.
  • La marchandisation des écosystèmes de l’éducation.

Laure Jaubert, directrice de la prospective au sein du Groupe Michelin. Elle a confié qu’au sein du Groupe Michelin, ils croisent, dans leurs présentations, les quatre forces géopolitique, démographique, technologique et climatique. Cela permet de rendre le futur signifiant pour les collaborateurs. Elle précise par ailleurs, qu’en tant que multinationale, la question de l’autonomie stratégique résonne fortement pour le fonctionnement de leur chaîne de valeur. 

Pierre Lévy, ambassadeur de France. Il estime que nous sommes dans une période d’éclatement de la puissance qui va se poursuivre jusqu’en 2050. Selon lui, la grande question est celle de la multipolarité, car c’est une réalité aujourd’hui. Demain, sera-t-elle organisée avec des mécanismes collectifs ? Ou sera-t-elle un jeu d’antagonismes ?

J2 | 9h30-11h30 — 2050 en France : défis, opportunités

Pour démarrer la seconde journée du Forum des futurs 2026, Cécile Désaunay et Frédéric Weill, directrice et directeur d’études à Futuribles, ont présenté un panorama des questions clefs et repères prospectifs pour la France de 2050.

Pour s’approprier les sujets et expérimenter les scénarios prospectifs, les participants se sont répartis dans différents ateliers :

  • Scénarios pour la France en guerre. Faut-il s’y préparer ? Comment ?
  • Le travail en transformation (IA, robotique, collectifs de travail…) : scénarios pour réfléchir et se préparer.
  • Services publics à l’horizon 2040 : quels seraient les biens communs de demain ?
  • La France face au risque hydrique : quels risques majeurs, quelles adaptations nécessaires ?
  • Modes de vie : vers la sobriété contrainte ou choisie ?
  • Entre fragmentation sociale et nouvelles formes de solidarité, l’émergence d’une société de l’engagement.

J2 | 11h30-12h30 — Table ronde. Les principaux enjeux de long terme pour la France vus par les think-tanks

En fin de matinée, nous avons écouté la table ronde animée par Yannick Blanc autour de :

  • Dylan Buffinton, expert associé à la Fondation Jean Jaurès
  • Blanche Leridon, directrice des études de l’Institut Montaigne
  • Clément Tonon, rapporteur général du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan 

Selon les intervenants, les sujets prospectifs qui doivent occuper une place centrale dans le débat sont :

  • Les questions démographiques : la France pourrait compter 3 millions d’habitants de moins d’ici 2070 (d’après les projections de l’INSEE), le vieillissement de la population interroge l’avenir de notre système de protection sociale, notre capacité à innover…
  • Les phénomènes climatiques extrêmes et leurs impacts sur l’énergie, la compétitivité et la croissance.
  • La préparation aux transformations technologiques dans une approche ouverte et positive.
  • Les modes de vie : les loisirs, la culture, l’avenir de l’humain, les modes de vie des sexagénaires, les transformations de la famille…
  • Les recompositions mondiales du commerce, de la géoéconomie et du multilatéralisme : 55 % des activités qui constituent le cœur économique de l’Europe risquent de disparaître dans les 5-10 prochaines années face à des concurrents égaux ou supérieurs technologiquement, notamment chinois.

Rester positif et optimiste en prospective est un enjeu d’importance : sur quoi les Français sont-ils d’accord ? Il y a une obsession du déclin du pays, le sentiment que nos enfants vivront dans de moins bonnes conditions. Les intervenants s’interrogent au sein de leur think-tank sur comment inverser ce paradigme de la défiance, du déclin et du pessimisme.

J2 | 14h-15h30 — Quels scénarios pour l’autonomie stratégique en Europe ?

L’après-midi, nous avons réalisé un focus sur l’autonomie stratégique en Europe. Nicolas Mazzucchi, sous-directeur Stratégie navale, wargaming et prospective au CESM (Centre d’études stratégiques de la Marine), a introduit le sujet en rappelant les principales composantes de l’autonomie stratégique européenne.

Les participants ont ensuite pu écouter une intervention de leur choix parmi les quatre proposées. Suivant un focus différent, toutes les séances portaient sur la thématique suivante : « Réussir la transition écologique et développer l’autonomie européenne : quelles perspectives à l’horizon 2040 ? »

• Les enjeux énergétiques, avec Patrick Criqui, expert de l’économie de la transition énergétique et des politiques climatiques, directeur de recherche émérite du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), et Carine Sébi, professeure associée à Grenoble École de management, titulaire de la chaire « Energy for Society ».

L’Europe doit s’engager dans la voie de la décarbonation profonde. Pour cela, il y a trois leviers :

  • baisser la consommation de l’énergie carbonée (pétrole, gaz) par la sobriété et l’efficacité ;
  • produire de l’électricité à partir d’énergie renouvelable ou nucléaire ;
  • électrifier les usages (l’électricité représente 20 %-25 % de la consommation finale d’énergie dans les pays européens).

• Les enjeux de l’agriculture et de l’alimentation, avec Bertrand Oudin, président directeur général de Ceresco.

Réussir la transition agroécologique à l’échelle européenne supposera de relever un certain nombre de défis : tenir la ligne et la stratégie malgré les chocs à venir, faire évoluer la consommation, éviter les découplages intra-européens, financer la transition, assurer l’accompagnement des exploitants, définir des règles du jeu avec les partenaires commerciaux…

• Les enjeux de l’industrie, avec Anaïs Voy-Gillis, chercheuse associée à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Poitiers, directrice stratégie et responsabilité sociétale des entreprises (RSE) d’Humens, autrice de plusieurs ouvrages sur l’industrie.

Anaïs Voy-Gillis propose quatre scénarios sur l’avenir de l’industrie à l’horizon 2050 :

  1. le déclin subi de l’industrie ;
  2. un Green deal sans base industrielle ;
  3. la souveraineté industrielle brune (donc sans neutralité carbone) ;
  4. la réindustrialisation décarbonée et circulaire.

Elle a présenté une série de leviers pour favoriser la concrétisation du scénario 4, parmi lesquels : les sources d’énergie bas-carbone retenues, la gestion des dépendances aux matières critiques, les compétences à développer, le financement de la transition, la mobilisation des territoires, le choix des règles du jeu européennes et internationales…

• Les enjeux du numérique, avec Ophélie Coelho, chercheuse, autrice, conférencière en géopolitique du numérique.

La concentration du pouvoir aux mains des Big Tech n’est pas une fatalité ; selon Ophélie Coelho, il faut agir maintenant en pensant les usages du numérique, les choix de technologies ; il faut refuser les logiques de mise en dépendance / codépendance de ces acteurs. Un futur souhaitable pourrait être la création d’un Conseil européen du numérique, c’est-à-dire un modèle européen distribué, de pointe, avec une diversité d’acteurs, à l’instar de ce qu’est le CERN dans le domaine nucléaire.

J2 | 16h-17h — Table ronde. L’Europe et le reste du monde : vers une Europe puissance ?

La dernière table ronde du Forum des futurs 2026 a été animée par François de Jouvenel. Elle a réuni :

  • Elvire Fabry, directrice du programme Commerce et sécurité économique à l’Institut Jacques Delors
  • Maxime Lefebvre, ancien ambassadeur, professeur et directeur de l’Institut géopolitique à l’ESCP Business School
  • Philippe Jahshan, directeur du Département de la stratégie, de la prospective et des relations institutionnelles à l’Agence française de développement (AFD)

Quelques messages clefs :

Selon Elvire Fabry, l’autonomie stratégique de l’Europe est une urgence face à la prédominance croissante de la Chine en termes d’innovation et de capacités productives. Le scénario de la dépendance croissante est une impasse (pour l’Europe et pour le monde). Le scénario alternatif d’une plus forte autonomie stratégique de l’Europe est en train de s’affirmer, il faut accélérer et persévérer dans cette direction.

Maxime Lefebvre rappelle qu’en termes de défense, l’Union européenne est historiquement dépendante de l’OTAN. Un virage a cependant été pris depuis 2022, avec de forts investissements pour renforcer les capacités de défense européenne, notamment face à la menace russe. L’UE est en train d’affirmer un rapport de force, alors que le soutien des États-Unis se fragilise (l’aide militaire américaine à l’Ukraine s’est interrompue depuis l’arrivée de Donald Trump).

En synthèse, les échanges de cette table ronde ont permis de montrer qu’il y a une coopération plutôt approfondie au sein de l’Union européenne. Elle ne se manifeste pas par un grand plan, mais par une multiplication des coopérations à bas bruit. Elles permettent d’avancer progressivement dans l’élaboration de stratégies communes, de visions communes et donc vers une forme de coopération européenne.

L’un dans l’autre, ces coopérations permettent de structurer une approche des relations internationales assez différente de celle de la Chine ou des États-Unis, notamment parce qu’elles s’orientent vers la multiplication des partenariats et des domaines.

Bien que cela soit moins manifeste que l’augmentation des budgets militaires massifs de la Chine ou des États-Unis, ces coopérations permettent d’atténuer le sentiment d’un choc irrémédiable entre très grandes puissances. Discrètement, ces coopérations créent une force de stabilisation, de paix, et forment une voie vers la puissance.

J2 | 17h-17h45 — Clôture

Pour conclure ces deux journées dédiées au monde de 2050, Yannick Blanc, président de Futuribles International, a prononcé quelques mots de synthèse :

« La qualité et l’intensité des propos qui ont été tenus pendant ces deux jours nous font ressentir la complexité du monde et la difficulté de s’y orienter. Mais la prospective n’est pas une science cumulative, c’est une discipline qui se transforme en permanence. Elle n’existe que si elle est partagée et en circulation et c’est ce que vous avez rendu possible par votre participation au Forum des futurs. Ceci justifie l’expression de Gaston Berger “La prospective est une attitude.” C’est une façon d’écouter, de comprendre, d’analyser et de partager la compréhension que l’on peut avoir du réel. C’est un encouragement à la coopération pour construire un futur choisi. »

Le Forum des futurs est un événement très important pour nous et il n’aurait pas été possible sans le soutien de l’ESCP Business School et de l’Agence française de développement (AFD).

Merci encore à toutes les personnes qui sont intervenues ! Et merci à vous tous d’avoir été aussi nombreux et nombreuses à venir réfléchir à l’avenir, aux futurs possibles et aux décisions que nous pouvons prendre aujourd’hui !

Photos Roxane Le Gouest – © Futuribles International