Près de huit Français sur dix manifestent une défiance de plus en plus importante envers la politique et les élus au niveau national [1]. Seuls les élus locaux tirent leur épingle du jeu et bénéficient d’une confiance plus élevée. Qu’en sera-t-il lors des élections municipales de ce mois de mars en France, dont les résultats seront scrutés avec attention dans l’optique des prochaines présidentielles ?
Les élus locaux, maires et conseillers municipaux, s’ils se disent proches de leurs électeurs, ont cependant vu leurs marges de manœuvre se restreindre régulièrement sous l’effet de la multiplication des niveaux de décision publique et du « mille-feuille territorial ». Des réformes ont souvent été annoncées mais Yannick Blanc, revenant sur 40 ans de prétendue décentralisation, nous livre un bilan sans appel : « des principes inapplicables, des pratiques inattendues » !
Une des préoccupations importantes des Français concerne l’environnement et leur cadre de vie. Mais la transition écologique dont l’Europe se voulait, voici quelques années, pionnière, a été supplantée par de nombreux autres objectifs : celui de sa sécurité et de sa défense, celui plus généralement de son autonomie stratégique. Christian de Perthuis le déplore et, dans la nouvelle édition de son livre Carbone fossile, carbone vivant, rappelle l’urgence d’une action visant à atténuer le changement climatique et à nous y adapter. Il souligne ainsi combien cette transition impliquerait de réduire nos consommations d’énergies fossiles et de nous tourner résolument du côté du carbone vivant, celui du végétal, des forêts et des océans dont la résilience, sous réserve d’en prendre soin, est bien supérieure. Il plaide ainsi pour une révolution qui rejoint les préoccupations écologiques de notre ami René Passet, récemment décédé, à qui nous rendons hommage dans ce numéro.
Cette manière de penser le développement est toutefois à l’opposé de l’idéologie qu’incarne Donald Trump qui, confondant science et fake news, poursuit sa lutte contre les centres de recherche et vient encore de procéder à des arbitrages menaçant directement des instances dont le rôle est essentiel au plan national, et international, et dont les données sont indispensables à ceux qui s’intéressent au temps long. L’hégémonie des États-Unis sur le plan scientifique dans le monde en sera durablement affectée. La politique qu’il a engagée risque-t-elle de se répandre en Europe ? Le témoignage que nous livre Gilles Ivaldi sur l’avancée de l’extrême droite en France fait écho au discrédit des élus que j’évoquais au début de cet éditorial ; le phénomène est mondial, souligne l’auteur ; il touche la plupart des continents.
L’Europe survivra-t-elle aux pressions exercées ainsi par les États-Unis, la Russie, sinon la Chine, dont les ambitions impériales sont évidentes ? Plusieurs facteurs jouent un rôle clef : les uns de nature physique, les autres relevant davantage du courage et de l’intelligence collective. Joris Van Bladel, dans son article sur « la guerre russe », montre combien les Européens (de l’Ouest) sont incapables, en raison de biais idéologiques différents, de s’entendre sur une stratégie digne de ce nom. Ils servent ainsi la cause de leur ennemi qui, en revanche, fait preuve d’une stratégie claire s’appuyant sur la guerre, la durée et le brouillage de l’information, qu’il décrypte au prisme d’une métaphore, celle du feu, du gel et du brouillard.
Certes, il n’est pas impossible que l’avenir de la Russie puisse évoluer, après la disparition du chef du Kremlin, vers un État démocratique. Mais, soulignent Nikolai Bobrinsky et Grigory Vaypan, il faudra au préalable établir un bilan précis des crimes et délits commis par les agents de ce régime totalitaire. Ce travail d’introspection, selon les auteurs, n’a pas été réalisé après l’effondrement de l’Union soviétique ; il faudra donc être prêt à le faire le moment venu et ils en détaillent la manière.
L’Europe serait bien naïve cependant d’attendre une telle issue pour se doter d’une politique de sécurité et de défense commune, écrit Jean-François Drevet. Celle-ci ne saurait se contenter en effet de la « Coalition des volontaires » (Allemagne, France, Royaume-Uni), il faudrait que les États membres renoncent à leurs prérogatives nationales, ou que certains pays s’orientent, comme l’envisage désormais Mario Draghi, vers un État fédéral…
En attendant, une mesure s’impose : il faut parachever le marché unique en instaurant une « Union des marchés de capitaux », qui permettrait aux entreprises de procéder aux investissements nécessaires pour rivaliser avec leurs concurrents américains et chinois, notamment dans les hautes technologies et les industries de défense. Alain Lemasson explique pourquoi un tel objectif est essentiel à la compétitivité et à l’autonomie stratégique de l’Union.
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Selon le Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po). ↑