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No future, vive l’avenir

À l’occasion de ses 40 ans, le pôle Formation continue de Sciences Po a organisé le mercredi 4 décembre dernier une conférence intitulée « No future, vive l’avenir ». Points de vue de chercheurs en sciences humaines et sociales et témoignages d’entrepreneurs aux pratiques innovantes se sont rencontrés autour des thèmes du futur, de la prospective et de l’innovation.

Le sociologue Bruno Latour (Sciences Po) a d’abord présenté sa grande hypothèse de recherche : le « futur » serait une notion datée, inscrite dans une dynamique sociohistorique entrée en crise à la fin du XXe siècle. Au nom d’un « futur » sûr et maîtrisé, le projet expansionniste de la modernité avait voulu dominer les contraintes naturelles et rompre les archaïsmes du passé. Mais il se serait finalement retourné contre lui-même : les progrès scientifiques et techniques auraient abouti à la construction d’une seconde nature que l’humanité n’arrive plus à maîtriser. Dans ce nouveau contexte, les anciens outils de planification du futur, basés sur l’analyse des événements passés, seraient devenus inefficaces face à cet avenir instable. Bruno Latour invite donc à inventer de nouvelles formes de conduite du changement, capables de saisir puis d’intégrer les transformations permanentes de leur environnement. Ces pratiques innovantes devraient porter une attention accrue à la complexité des acteurs auxquels elles s’adressent ainsi qu’à leur inscription dans des logiques de réseaux.

L’exposé ensuite présenté par l’historienne et politiste Jenny Andersson (Sciences Po) a porté sur les grandes controverses qui ont traversé, durant la seconde partie du XXe siècle, les politiques publiques s’intéressant au futur. À la futurologie, un type d’expertise né dans les années 1950-1960 aux États-Unis afin d’établir des prévisions géopolitiques dans le contexte de la guerre froide, s’était opposée la « contre-prospective ». Cette dernière accusait les prévisions probabilistes des futurologues de sous-estimer la multitude des futurs possibles et de déposséder les individus de la construction du futur désirable. Dans son intervention, Jenny Andersson a mis en lumière la grande actualité de ces controverses : dès lors que l’on conçoit le futur comme une construction sociale et politique, il s’agit, selon elle, d’encadrer la participation des citoyens aux débats contemporains sur les futurs souhaitables.

Dans le cadre d’une table ronde, les points de vue ensuite exprimés par trois entrepreneurs ont témoigné de la prise en compte par des praticiens innovants des problématiques mises en relief par les deux chercheurs.

Thibaud d’Orso, cofondateur du site Internet Spideo, a présenté cette interface proposant des sélections personnalisées de films et de séries aux utilisateurs en réponse à la prolifération de l’offre audiovisuelle. Simon Baldeyrou, directeur général de Deezer France, a présenté cette plate-forme d’écoute à la demande comme permettant de mettre en réseau des consommateurs de musique soucieux d’échapper à l’offre dominante grâce à l’échange de recommandations. Un service similaire est proposé aux artistes, qui leur permet de mieux connaître l’audience et la diffusion des œuvres numériques, et ainsi d’adapter leur offre.Vincent Ricordeau, PDG et cofondateur de la plate-forme de financement participatif Kisskissbankbank, a quant à lui évoqué les multiples potentialités du crowdfunding, qui permet aux individus de contribuer au développement de projets correspondant à leurs valeurs.

Le directeur de la formation continue de Sciences Po a clos la conférence en insistant sur le rôle d’accompagnement de l’innovation de son institution qui propose diverses formations aux cadres et dirigeants.

Source : « No future, vive l’avenir », Paris, 4 décembre 2013, Formation permanente de Sciences Po. URL : http://www.sciencespo.fr/formation-continue/news/no-future-vive-lavenir

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