Entre 2010 et 2011, une démarche originale de géoprospective, « Yzeron 2030 », a été menée dans le bassin versant de l’Yzeron, en périphérie lyonnaise. Elle a en effet combiné une démarche de prospective territoriale avec des techniques de simulation spatiale. L’objectif était de permettre la prise en compte de tendances émergentes et de ruptures dans les modélisations, et donc de ne pas surestimer le poids des tendances passées. Les commanditaires de la démarche espéraient ainsi favoriser l’appropriation des résultats par les participants, et les amener à se sentir plus engagés par leurs actions futures.
La démarche s’est inscrite dans le cadre du projet AVuPUR (Assessing the Vulnerability of Peri-Urban Rivers), visant à mieux comprendre les évolutions des usages des sols dans les zones périurbaines, afin d’anticiper leurs impacts sur l’hydrologie [1].
Pour cela, un premier atelier de prospective territoriale participatif a été organisé, regroupant des acteurs locaux aux compétences diverses. Des cartes ont été constituées, représentant les tendances observées dans le passé dans deux territoires spécifiques. Elles ont permis aux participants d’identifier les principales thématiques à prendre en compte pour la réflexion prospective : forêt, agriculture, environnement, transport… ; pour chacune d’elles, des problématiques et des dynamiques spécifiques ont été analysées.
Les évolutions tendancielles de ces grandes thématiques ont permis de modéliser un premier scénario d’évolution des usages des sols à l’horizon 2030 dans les deux territoires. Cette modélisation a été soumise aux participants, qui ont imaginé cinq scénarios alternatifs, en faisant varier trois indicateurs : 1) l’étalement urbain et la densification ; 2) l’efficacité des démarches de planification ; 3) la fragilité des espaces agricoles. Le modèle utilisé permet d’envisager des rythmes différenciés d’évolution des trois indicateurs selon les territoires, les politiques mises en place, les équipements, etc. Des simulations spatiales ont été réalisées pour illustrer les impacts de ces différents scénarios sur les deux territoires étudiés.
À l’issue de la démarche, une enquête a été envoyée aux participants, qui a révélé leur satisfaction vis-à-vis de la réflexion et de ses résultats. Ils ont cependant mis en avant certaines limites, comme l’impossibilité de modéliser toutes les évolutions possibles du territoire, notamment les plus qualitatives et les plus complexes. La question de la transposabilité des résultats à d’autres territoires a aussi été posée.
Selon les auteurs, trois enseignements se dégagent de la démarche :
1) l’utilisation d’outils de simulation, a priori plus adaptés à la projection, a pourtant permis de combiner prospective exploratoire et modélisation ;
2) la complexité de ces outils peut constituer un frein à leur utilisation dans les démarches de prospective, notamment si celles-ci se veulent participatives ;
3) les évolutions des usages des sols ne constituent qu’une des multiples dimensions à prendre en compte dans le cadre d’une démarche de prospective territoriale, mais peuvent permettre de dépasser les préoccupations sectorielles.
En conclusion, les auteurs recommandent donc le recours à la géoprospective en complément des méthodes traditionnelles de planification, ou dans le cadre de réflexions prospectives plus qualitatives.
Source : Dodane Clément, Joliveau Thierry, Rivière-Honegger Anne, « Simuler les évolutions de l’utilisation du sol pour anticiper le futur d’un territoire. Analyse critique d’une expérience de géoprospective dans un bassin versant périurbain de l’agglomération lyonnaise », Cybergéo, 2014. URL : http://cybergeo.revues.org/26483
[1] L’urbanisation des zones périurbaines entraîne une artificialisation importante des milieux naturels et agricoles, qui a elle-même des impacts majeurs sur le régime hydrologique et géomorphologique des cours d’eau des bassins versants périurbains. Il peut en résulter une imperméabilisation des sols, donc une hausse des risques d’inondation et une moindre capacité de recharge des nappes phréatiques.



