Revue

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Gaïa, Terre vivante

Histoire d’une nouvelle conception de la Terre

Analyse de livre

Il y a 50 ans, James Lovelock et Lynn Margulis publiaient l’article fondateur de l’hypothèse Gaïa, qui allait bouleverser les sciences de la vie et de la Terre [1]. Aujourd’hui, ce livre en retrace l’histoire, en contribuant à une réflexion sur les grandes conceptions de la Terre et leurs engagements philosophiques et politiques. Son auteur, passionné par Gaïa, commença des études en sciences de la Terre. Insatisfait de l’absence d’intérêt pour les aspects relevant des sciences humaines et sociales, il se tourna vers la philosophie des sciences à l’université Paris 1. Sa thèse dans cette discipline, soutenue en 2016, intitulée Gaïa : hypothèse, programme de recherche pour le système Terre ou philosophie de la nature ?, s’appuie, entre autres, sur les abondantes archives de Lovelock. Il précise en fin d’ouvrage « une histoire qui suivrait Margulis livrerait un récit différent ».

Dutreuil Sébastien, Gaïa, Terre vivante. Histoire d’une nouvelle conception de la Terre, Paris : La Découverte (Les Empêcheurs de penser en rond), mars 2024, 512 p.

Le nom de Gaïa avait été suggéré à Lovelock par son voisin en Cornouailles, l’écrivain William Golding, prix Nobel de littérature, auteur entre autres de Sa Majesté des mouches [2]. L’article sur l’hypothèse Gaïa expliquait que le déséquilibre chimique de l’atmosphère terrestre, absent de Mars et de Vénus, provenait de l’action des êtres vivants : « Le système semblait manifester le comportement d’un organisme individuel, et même d’une créature vivante. » La Terre se comporte comme un être vivant, « comme » devant être pris dans le sens, non pas d’identité, mais de parta