Forum, Revue futuribles n° 249

Entreprises, travail

La prospective en quête de rigueur. Portée et limites des méthodes formalisées

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Nous avons publié dans la revue Futuribles d'octobre 1999 (n°246) un article de Gilles Bertrand, Anna Michalski et Lucio R. Pench présentant, de manière succincte, les cinq scénarios "Europe 2010" élaborés par la Cellule de prospective de la Commission européenne (CdP), scénarios construits à l'aide d'une méthode dite "Shaping Actors, Shaping Factors" présentée par les auteurs comme "spécifique" à la CdP.
Michel Godet réagit à cet article et adresse à ses auteurs deux reproches essentiels liés à la méthodologie.
Tout d'abord, affirme-t-il, il est injuste de présenter la méthode utilisée par la CdP comme "spécifique", voire originale, alors qu'elle ne serait qu'une "copie imparfaite" de celle qu'il a lui-même développée. Injuste de surcroît d'accuser "l'école française de prospective" (existe-t-il, du reste, une seule école ?) d'abuser de "mathématiques" et d'outils formalisés.
Ensuite, plaidant plus que jamais pour un maximum de rigueur et, en l'occurrence, pour l'utilisation de méthodes de probabilisation des scénarios, Michel Godet interpelle la CdP sur la vraisemblance globale des scénarios retenus, qui, selon lui, ne balaieraient pas convenablement le spectre des futurs possibles.
Au-delà du débat sur la paternité et l'originalité des méthodes, deux questions de fond me semblent ici posées : celle de l'utilité des méthodes prospectives dites "formalisées" d'une part ; celle, plus fondamentale encore, de la pertinence des cinq scénarios retenus par la CdP pour caractériser le spectre des futurs possibles de l'Europe à l'horizon 2010.
Le débat est ouvert. Nous serons heureux d'accueillir dans nos colonnes les points de vue de ceux qui voudront bien y contribuer utilement, donc au profit du progrès de la démarche prospective et de l'analyse des futuribles européens.