Note de veille

Économie, emploi - Société, modes de vie

Inégalités de revenus en baisse dans le monde / en hausse dans les pays riches

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Le FMI a récemment publié une étude [1] qui a suscité de nombreuses réactions, car elle alerte sur la croissance des inégalités de revenus dans certains pays et propose, pour y remédier, de mettre en place des politiques fiscales spécifiques.

Les inégalités dans le monde ont connu deux tendances opposées depuis 30 ans. À l’échelle mondiale, les inégalités de revenus ont diminué sur les trois dernières décennies. Parallèlement, à l’échelle nationale, elles ont au contraire augmenté au sein de certains pays, principalement des pays riches.

Moins d’inégalités entre les habitants de la planète

Au niveau de la population mondiale, l’indicateur de Gini [2] est ainsi passé de 0,68 en 1988 à 0,62 en 2013. Il s’agit là d’une rupture forte avec la croissance des inégalités enregistrée au cours des XIXe et XXe siècles. Cette évolution est calculée à partir des données de la Banque mondiale ; mais la tendance reste la même si l’on se base sur les données nationales relatives aux évolutions des revenus (quand elles existent) : sur cette base, l’indicateur de Gini serait passé de 0,74 en 2002 à 0,69 en 2015.

Cette inflexion s’explique notamment par la mondialisation et les progrès technologiques, qui ont permis à des pays comme la Chine et l’Inde de bénéficier d’une croissance économique rapide. On observe ainsi une convergence progressive des revenus entre les pays développés et les pays en développement.

Selon le FMI, la réduction des inégalités à l’échelle mondiale constitue une tendance lourde, qui devrait se poursuivre au moins jusqu’en 2035, mais plus lentement, l’indicateur de Gini diminuant de 0,3 point à cet horizon. Pour arriver à cette conclusion, les experts ont croisé « mécaniquement » la croissance de la population anticipée par les Nations unies (variante médiane de 2013) et des projections de revenu par habitant issues du FMI, de la Banque mondiale et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) — données de 2014. Les experts du FMI considèrent que même en cas de croissance économique moins élevée que celle anticipée et / ou d’inégalités accrues au sein des pays, la tendance devrait se poursuivre.

Cependant, comme toutes les projections reposant uniquement sur une prolongation des tendances, cette affirmation peut être critiquée. Différentes ruptures pourraient interrompre la réduction des inégalités à l’échelle mondiale : nouvelle crise économique majeure touchant un grand nombre de pays, difficultés de certains pays en développement et pauvres à intégrer une population active en hausse sur le marché du travail, automatisation accrue entraînant des destructions importantes d’emplois, etc.

Répartition du revenu mondial, 2015 et 2035 (en % de la population mondiale)

Mais plus d’inégalités à l’intérieur de certains pays

Parallèlement, au cours des 30 dernières années, la moitié des pays de la planète ont enregistré une croissance des inégalités de revenus entre leurs habitants. Ce phénomène concerne particulièrement des pays riches (Union européenne, États-Unis, Japon...), qui ont connu à la fois une augmentation des revenus du 1 % des habitants les plus riches et un appauvrissement des plus pauvres.

Inégalité de revenus moyenne (coefficient de Gini) par régions au fil du temps, 1985-2015

Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette tendance. Ainsi, les progrès technologiques et la mondialisation ont eu des impacts globalement positifs sur les emplois et les revenus des plus qualifiés, mais pénalisent de plus en plus les travailleurs peu qualifiés, qui voient leurs emplois disparaître ou leurs revenus diminuer.

Désormais, dans les pays riches, les périodes de croissance économique élevée bénéficient principalement aux plus aisés, contrairement à ce qui s’observe dans les pays en développement. La crise économique de 2008 a encore accentué cette polarisation des revenus en Europe : les revenus des 10 % des ménages les plus précaires ont diminué alors que ceux des 10 % des ménages les plus riches ont, eux, continué à augmenter. Ce phénomène a aussi creusé les inégalités de richesse entre ces deux catégories de population, notamment aux États-Unis.

Selon les experts du FMI, cette croissance des inégalités dans les pays occidentaux, couplée avec les tensions sur le marché du travail (chômage, précarisation de certains emplois...), entraîne un rejet croissant de la mondialisation. Ils redoutent qu’elle menace, à terme, la cohésion sociale et favorise le populisme ainsi que le protectionnisme économique. Les inégalités économiques ne sont donc plus présentées comme une conséquence inévitable du développement économique, mais au contraire comme un frein potentiellement très puissant. Pour les réduire, le FMI développe longuement le potentiel des politiques fiscales, principalement celles visant les plus riches, avec l’idée que les impôts pénalisent moins la croissance que les inégalités — une recommandation à contre-courant des mesures actuellement engagées en France. Les experts de l’institution évoquent même l’hypothèse du revenu de base universel...



[1] FMI (Fonds monétaire international), Fiscal Monitor: Tackling Inequality, Washington, D.C. : FMI, octobre 2017, 130 p. URL : http://www.imf.org/~/media/Files/Publications/fiscal-monitor/2017/October/pdf/fm1702.ashx?la=en. Consulté le 20 octobre 2017.

[2] Plus cet indicateur est proche de zéro, plus on s’approche de l’égalité (tous les individus ont le même revenu).

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