Cette lettre de veille propose des éclairages prospectifs synthétiques sur des sujets qui nous semblent importants pour l’avenir. Elle comprend des informations qui confirment des tendances (« signaux forts »), des « signaux faibles » annonciateurs de changements possibles, des ruptures utiles à prendre en considération (« Et si… »), des controverses intéressantes sur l’avenir, une sélection de publications récentes qui nous semblent particulièrement éclairantes. Cette lettre ne prétend pas à l’exhaustivité. Les sujets traités peuvent donner lieu à des approfondissements dans d’autres publications de Futuribles.
Ont contribué à la rédaction et la coordination de ce numéro :
Quentin Bisalli, Frédéric Weill et Stella Megy
SOMMAIRE
Signaux forts (confirmation de tendances)
- El Niño 2026, un événement amplificateur des fragilités du monde
- Entre excès et déficits d’eau : quelle trajectoire pour la France ?
- Loi d’urgence agricole sur le stockage d’eau
- Prise en compte de la biodiversité par les entreprises en France : un retard majeur
- Abandon de la révision de REACH
- Projet JUNN : une infrastructure numérique pour accélérer les stratégies locales de transition écologique
- Vers une écologie en phase avec les attentes populaires ?
Signaux forts (confirmation de tendances)
El Niño 2026, un événement amplificateur des fragilités du monde
Le 11 juin 2026, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) a confirmé l’entrée dans une nouvelle phase El Niño, qui s’annonce d’une intensité rare. Sept des dix modèles de prévision envisagent désormais un épisode inédit, avec des anomalies records de température de surface atteignant 2,5 C à plus de 4 °C dans la zone pacifique équatoriale.
Les conséquences économiques et alimentaires sont potentiellement considérables. En Inde, les pluies de mousson essentielles à l’approvisionnement de centaines de millions de personnes ont tendance à s’affaiblir lors des épisodes El Niño les plus marqués, pouvant provoquer pénuries alimentaires et hydriques. Au Sahel, dans la Corne de l’Afrique et en Amérique centrale, les sécheresses prolongées que le phénomène induit historiquement viennent percuter des agricultures déjà fragilisées par le dérèglement climatique. La hausse des prix des matières premières agricoles qui en résulte frappe en priorité les populations les plus vulnérables et accélère l’exode rural.
Or, ces événements climatiques s’inscrivent dans un contexte géopolitique déjà très perturbé. Au-delà des impacts sur les marchés énergétiques, la guerre au Moyen-Orient entraîne des perturbations majeures sur l’approvisionnement en engrais agricoles, dont le marché mondial a déjà été réduit de 30 % sur les quatre premiers mois de l’année. Une reprise de ce conflit pourrait plonger jusqu’à 45 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire aiguë.
La combinaison de ces événements déstabilisants risque probablement de se multiplier à l’avenir. D’une part les événements climatiques exceptionnels seront plus nombreux, d’autre part l’évolution rapide du climat aura des conséquences de plus en plus fortes sur les relations et rapports de force entre États, sur la pérennité des systèmes agricoles et, plus globalement, la robustesse des sociétés. Pour les o