Immobilité de Brian Evenson [1] vient compléter les rangs de la nouvelle collection « Imaginaire » lancée par les éditions Payot-Rivages fin 2022. Cette fois-ci, l’éditeur a choisi un scénario de société post-apocalyptique.
Josef Horkaï se réveille au bout de 30 années de stockage. Sa mémoire lui fait défaut, il se souvient qu’un événement majeur (le Kollaps) est survenu, sans se rappeler la nature exacte de cette catastrophe. Une grande partie de la population a été décimée. L’air est devenu irrespirable et toute forme de vie a quasiment disparu. Les survivants se divisent en deux communautés : une poignée d’hommes est capable de survivre à l’air libre grâce à une mutation génétique, tandis que les autres doivent organiser la vie sous terre et ne peuvent sortir qu’en combinaison étanche.
L’histoire se déroule dans un futur relativement proche dans lequel les techniques de cryogénisation sont suffisamment au point pour conserver un être humain et le réveiller plusieurs années plus tard. Tout l’enjeu de la survie de l’humanité repose sur les manipulations génétiques. Deux courants s’opposent alors : les mutants qui souhaitent rendre le monde plus vivable, rétablir la faune et la flore avant de réintégrer les humains dans le tableau ; et les survivants, qui multiplient les manipulations génétiques pour créer des humains de toutes pièces et éviter l’extinction de l’espèce humaine telle qu’elle existait avant le Kollaps.
Si l’ouvrage ne décrit pas les jalons qui ont conduit au Kollaps, il propose un scénario d’organisation de la société post-effondrement. D’un côté, on trouve une communauté religieuse qui pense que le Kollaps s’apparente au Déluge : la perversité de l’homme aurait conduit au Déluge et à la nécessité de créer un monde nouveau lavé de ses péchés. De l’autre, existe une communauté où toute forme d’éthique a disparu ; cette communauté est basée sur la raison d’être : chaque individu naît avec une mission à accomplir pour œuvrer à la survie de l’humanité. Dans cette société post-apocalyptique, toute forme de liberté individuelle a disparu, c’est l’appartenance au groupe qui permet la survie.
Autre sujet de réflexion, l’ouvrage transpose à l’espèce humaine une question que l’on se pose aujourd’hui vis-à-vis de la faune et de la flore : faut-il laisser une espèce s’éteindre lorsqu’elle n’est plus adaptée à son environnement ou œuvrer à la sauvegarde de cette espèce ?
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Evenson Brian, Immobilité, Paris : Payot-Rivages (Imaginaire), janvier 2023, 256 p. (traduction française de Immobility, New York : Tor Books, 2012). ↑



