Donald Trump, fidèle à sa réputation acquise sur les plateaux de télévision, fait le spectacle ; ses tribulations font la une des médias, reléguant au second plan d’autres événements plus importants — le massacre en cours en Palestine, la guerre en Ukraine ou les atermoiements de l’Europe face aux défis de sa réindustrialisation et de sa défense. Ses déclarations aussi intempestives que contradictoires sont profondément délétères. En témoignent son offensive contre la science et les sombres perspectives des États-Unis depuis son investiture ; en témoignent plus encore les incidences de son action sur la scène internationale et le ridicule de son comportement au regard de Vladimir Poutine, imperturbable sur la question de l’Ukraine. Le président russe se moque des vaines tentatives de son nouvel allié ; il rappelle que « les racines de la crise doivent être éradiquées », celles qui, à ses yeux, justifiaient l’invasion russe en Ukraine : son régime politique, son rapprochement avec l’Occident, la présidence de Volodymyr Zelensky…
Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que le mythe Trump se dégonfle, pour que l’Europe se réveille, que d’autres régions fassent de même et que s’instaure, peut-être avec d’autres parties prenantes, un nouvel ordre international sans doute très différent de celui d’hier ? Le système poutinien est-il aussi résilient qu’il paraît ? Joris Van Bladel nous livre ici une analyse du soutien populaire dont il bénéficie et, malgré les difficultés que l’on éprouve à disposer de données fiables sur la société russe, il esquisse non pas une prévision, mais quelques raisons d’en douter… « Entre Bruxelles et Moscou, la rivalité n’est pas nouvelle », rappelle aussi Jean-François Drevet, qui souligne combien l’Europe doit se doter d’une politique étrangère.
La vague de populisme qui semble avoir le vent en poupe, aux États-Unis comme en Russie, en Chine et en Inde, en Israël comme en Turquie, voire en Europe, est-elle inéluctable tant sont lasses et tétanisées les populations qui rêvaient encore de démocratie, de progrès humain et de transition écologique ? Pouvons-nous vraiment imaginer qu’en diminuant l’aide internationale aux pays en développement, qu’en coupant les crédits dévolus à la recherche, y compris dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’environnement, comme le font les États-Unis et comme l’envisage l’Europe, les vieux pays occidentaux pourront préserver leurs privilèges et leur leadership déjà bien entamé ?
Le sujet est d’actualité en Europe, notamment en France en raison de sa dette publique, du problème de l’avenir des retraites et de celui du système national de santé. Sur les retraites, alors que le nombre de retraités ne cesse de croître et celui des actifs cotisants de stagner, alors que le poids des pensions augmente plus rapidement que les recettes, il est assez simple de comprendre la nécessité d’une réforme. La santé humaine, pour sa part, dépend beaucoup de la qualité de l’environnement (Futuribles, n° 465) et des besoins d’une population toujours plus vieillissante, y compris du fait de l’effondrement de la natalité — « un mauvais présage » selon Alain Parant. En outre, le hiatus est considérable entre l’offre et la demande de soins comme en attestent, en France, les déserts médicaux examinés ici par Émilie Bérard et Emmanuel Vigneron. Non en raison d’un déficit de médecins, affirment-ils, puisque les effectifs augmentent plus rapidement que la population, mais parce que ceux-ci sont inéquitablement répartis sur le territoire. En conséquence, les urgences sont prises d’assaut par des millions de personnes (22 millions en 2023), les deux tiers d’entre elles pour des problèmes sans réel caractère d’urgence. Manifestement le pilotage du système est défectueux…
J’évoquais les territoires. L’un d’entre eux mérite une attention particulière : la Méditerranée, l’espace marin et les nombreux pays qui l’entourent, où la question du développement durable est particulièrement vive en raison de ses caractéristiques physiques et climatiques, des inégalités entre le Nord, le Sud et l’Est, de sa population et du tourisme. Une convention a été adoptée en 1976 pour promouvoir le dialogue et la coopération entre pays riverains. Parmi les Centres d’activités régionales, le Plan Bleu, en France, multiplie les exercices de prospective depuis 1989 ; le dernier d’entre eux, La Méditerranée à l’horizon 2050, a fait l’objet d’un excellent rapport début 2025. Denis Lacroix et Jacques Theys en présentent une synthèse : six scénarios révèlent les dangers qui menacent le Bassin méditerranéen et soulignent l’urgence d’y adopter une stratégie de développement durable : par qui, quand, comment ? Regardons ce qu’il advient du Pacte vert pour l’Europe !
Les exercices de prospective sont parfois excessivement pessimistes. Souvenons-nous du « pic pétrolier », prévu voici presque 70 ans, et des chocs pétroliers des années 1970 créant un climat de panique… Patrick Criqui montre ici comment, de choc en contre-choc sur les prix, ce pic a été repoussé. Mauvaise nouvelle pour le climat !