Cet automne 2018 marque le 10e anniversaire de la crise économique de 2008 dont l’éclatement est généralement associé à la faillite de la banque Lehman Brothers, le 15 septembre 2008. Cette crise de 2008, sans atteindre le niveau de récession économique de la Grande Dépression ou des deux premières guerres mondiales (graphique ci-dessous), est néanmoins la plus grave crise connue depuis 1945. Les pays avancés en conservent encore des stigmates. La reprise économique a en effet tardé à venir dans divers pays, les États se sont souvent endettés pour faire face à ses conséquences socio-économiques (chômage, faillites…), avec pour résultat, en Europe, une fragilisation de la zone euro et le retour ou le renforcement de penchants populistes et / ou protectionnistes un peu partout dans le monde (et en particulier aux États-Unis).

Variation du PIB mondial en % par rapport à l’année antérieure

Source : Young David, « The World Turned Upside Down’: How the Global Economy Was Hit by the Crisis », Bank Underground, 20 septembre 2018. URL : https://bankunderground.co.uk/2018/09/20/the-world-turned-upside-down-how-the-global-economy-was-hit-by-the-crisis/. Consulté le 24 octobre 2018.

Pourtant, cette crise de 2008 a finalement suivi les mêmes mécanismes « classiques » des cycles ayant abouti aux grandes crises économiques antérieures [1]. Le schéma ci-après les résume très bien : un système financier au départ bien régulé, et fonctionnant correctement, voit émerger des innovations financières en apparence inoffensives, qui fonctionnent sans qu’on les contrôle ; l’oubli des crises antérieures et la course aux profits emballent un peu la machine, et faute de gouvernance des risques efficace, la bulle gonfle jusqu’au krach. S’ensuit un sauvetage d’urgence puis de nouvelles régulations visant à restaurer la confiance.

Le grand cycle des crises

Source : Alternatives économiques, n° 382, op. cit.

Aujourd’hui, 10 ans après la crise de 2008, le système financier est-il durablement assaini ? Assaini, sans doute ; durablement, peut-être pas à lire les conclusions du FMI dans son dernier World Economic Outlook. Selon lui, « les cadres réglementaires ont été améliorés, le système bancaire s’est renforcé, mais de nouvelles vulnérabilités ont émergé, et la résilience du système financier international doit encore être testée. » À court terme, la situation est stabilisée, mais à moyen terme, le FMI estime qu’il reste des risques importants liés notamment à des conditions financières trop souples — taux d’intérêt trop bas, niveaux d’endettement importants (hors secteur financier), politiques d’assouplissement monétaire… Il en tient compte dans ses perspectives de croissance, estimant, en octobre 2018, qu’un pic a été atteint dans plusieurs grands pays (Royaume-Uni, Japon, États-Unis) et pourrait l’être en Chine d’ici 2020. Si l’on ajoute à cela les risques d’ordre plus politique (un Brexit sans accord en Europe, le renforcement du protectionnisme aux États-Unis…), peut-on réellement être rassuré ?

Pour prolonger les débats proposés cet automne, dans la presse française et internationale, sur la situation économique mondiale « 10 ans après », Futuribles a interviewé trois experts économiques afin de proposer à ses lecteurs des regards croisés à la fois rétrospectifs et prospectifs sur la crise passée et sur les risques potentiels de récidive. Quel recul a-t-on acquis dans l’interprétation de ses causes ? Quelle mise en perspective historique peut-on faire de l’ampleur financière et économique de cette crise ? Les moteurs qui y ont conduit sont-ils toujours actifs aujourd’hui ? Y a-t-il de nouveaux risques en germe ? Une nouvelle crise pourrait-elle survenir ? Quand, où et comment ?

Stéphanie Debruyne

Sources : FMI, World Economic Outlook: Challenges to Steady Growth, Washington, D.C. : Fonds monétaire international (FMI), octobre 2018. URL : https://www.imf.org/~/media/Files/Publications/WEO/2018/October/English/main-report/Text.ashx?la=en ; Young David, « The World Turned Upside Down’: How the Global Economy Was Hit by the Crisis », Bank Underground, 20 septembre 2018. URL : https://bankunderground.co.uk/2018/09/20/the-world-turned-upside-down-how-the-global-economy-was-hit-by-the-crisis/. Consultés le 24 octobre 2018 ; « Faut-il avoir peur de la finance ? », dossier d’Alternatives économiques, n° 382, septembre 2018.

N.B. : Futuribles remercie Charles du Granrut pour ses conseils et les informations transmises à la rédaction sur le sujet.



[1] Voir à cet égard Chavagneux Christian, « Crises, modes d’emploi », Alternatives économiques, n° 382, septembre 2018, p. 64-67.


Tribune

Interview de Jean-Paul Betbèze

Interview de Jean-Paul Betbèze

« Les crises économiques sont toutes faites avec les trois mêmes ingrédients, et pourtant elles ne l’admettent jamais. C’est pourquoi elles vont de pire en pire. Les trois ingrédients sont connus : trop de crédit, trop de confiance et trop de certitude sur l’idée que tout sera fait par les autorités budgétaires et monétaires, autrement dit politiques, pour éviter le pire. »

Tribune

Interview de Gilbert Cette

Interview de Gilbert Cette

« Á l’avenir, des crises continueront nécessairement à éclater en dehors de la zone euro. Cela relève de la vie économique normale, notamment dans les pays émergents, souvent du fait de mauvaises gestions économiques et monétaires. C’est par exemple ce que l’on observe déjà en Argentine et en Turquie. L’enjeu est donc évidemment de mettre en place des mécanismes pour limiter l’impact de ces crises. »

Tribune

Interview de Jean-Raphaël Chaponnière

Interview de Jean-Raphaël Chaponnière

« Pour éviter un renouvellement de la crise de 1997, les pays asiatiques ont accumulé des réserves qu’ils ont investies en placements sans risques aux États-Unis (bons du Trésor, sociétés hypothécaires). La Chine est devenue le premier détenteur étranger de titres de dette américaine et on a évoqué la “Chinamérique”, habitée par des cigales et des
fourmis. »