Introduction du dossier sur la transition électrique

Cécile Désaunay est directrice d'études à Futuribles, spécialiste des questions de consommation et de modes de vie. Retrouvez-la sur Linkedin et Twitter.

Introduction

Par Cécile Désaunay, 8 septembre 2017

Les stratégies de transition énergétique manifestent toutes la volonté de « décarboner » l’énergie et de développer la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique. Mais les ambitions varient (quelle place pour le nucléaire ?, notamment), et les modes opératoires également. En 2014 et 2016, Futuribles s’est fait l’écho des différents points de vue s’exprimant sur le sujet. Aujourd’hui, nous présentons la situation de la transition électrique dans différents pays pour montrer ce qui concrètement a déjà été fait et les trajectoires en cours.

Quatre pays font ainsi l’objet d’une analyse détaillée de leur stratégie de transition électrique : la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Japon. Ces quatre pays ne couvrent bien évidemment pas la diversité des situations nationales en matière de transition électrique. Mais l’analyse comparée de leurs stratégies semble confirmer que le rythme des transitions dépend moins des atouts géographiques en faveur du développement des énergies renouvelables que des choix politiques faits (ou non) en ce sens, ainsi que des contraintes qui peuvent les motiver.

En Allemagne, c’est une stratégie politique forte, initiée dès les années 1990, qui permet au pays de réduire progressivement sa dépendance au nucléaire (et qui s’amorce plus lentement pour le charbon) et d’atteindre 40 % d’énergies renouvelables dans son mix électrique.

Le Japon, contraint à la fois par sa situation géographique (qui l’empêche d’importer de l’électricité) et par la catastrophe de Fukushima, a mis en œuvre un vaste plan de réduction de la consommation d’électricité et d’investissements dans les énergies renouvelables.

L’Espagne, de son côté, a réussi à doubler la part des énergies renouvelables dans son mix électrique en moins de 10 ans, mais sa politique de transition souffre aujourd’hui d’une stratégie trop « décousue ».

En comparaison, la trajectoire de transition de la France apparaît beaucoup plus timide, freinée à la fois par le poids du nucléaire dans la production d’électricité et par les hésitations des décideurs politiques.

Les quatre experts sollicités dans le cadre de cette tribune mettent en avant l’idée que des progrès significatifs et rapides sont possibles pour accroître le poids des énergies renouvelables dans les systèmes électriques. Mais ils constatent aussi qu’à l’avenir, ces pays devront prouver qu’ils peuvent se passer totalement d’énergies fossiles. Un défi qui semble réalisable, comme le montre l’exemple du Costa Rica, qui a assuré la quasi-totalité de sa consommation d’électricité de 2015 et 2016 grâce aux énergies renouvelables*. Reste à transposer l’exemple de ce pays de cinq millions d’habitants à l’échelle des pays européens...

* « Costa Rica, a punto de conseguir el 100% de toda su energía de fuentes renovables », La Vanguardia, 4 janvier 2017. URL : http://www.lavanguardia.com/economia/20170104/413093838923/costa-rica-energia-renovables-2016.html. Consulté le 7 septembre 2017.

Les auteurs

Thibault Laconde

Consultant et enseignant à CentraleSupélec, spécialiste de transitions énergétiques et climatiques.

Éric Vidalenc

Responsable Pôle Transition Energétique Direction Régionale ADEME - Hauts de France Conseiller scientifique de Futuribles International

Michel Colombier

Cofondateur et directeur scientifique de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales) ; président du Comité d’experts pour la transition énergétique.

Pierre Papon

Professeur émérite de physique à l’École de physique et chimie industrielles (Paris), membre du comité de rédaction de Futuribles et conseiller scientifique de Futuribles International.