Revue futuribles n° 404

Recherche, sciences, techniques - Société, modes de vie

Le nouvel eugénisme est dans l’œuf

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Transhumanisme, augmentation des capacités humaines… : l’époque semble de plus en plus ouverte au dépassement pour ne pas dire au surpassement des limites propres à l’espèce humaine — pour le meilleur ou pour le pire. Dans un esprit proche, les propensions eugéniques sont de retour, nous dit ici Jacques Testart, résultant non plus d’actes ou de politiques autoritaires, mais de la progression de l’idée selon laquelle on pourrait, grâce à la médecine, parvenir à gommer tout risque de pathologie ou d’« anormalité » chez les enfants à naître. C’est ce subreptice glissement vers un nouvel eugénisme, qu’il qualifie de « mou, consensuel et démocratique », que Jacques Testart décrit dans cet article, montrant comment, grâce aux avancées réalisées dans le domaine du diagnostic préimplantatoire, conjuguées aux progrès dans le domaine de la biologie cellulaire et en informatique, des portes s’ouvrent pour faciliter le tri et la sélection d’embryons les plus parfaits possibles au regard des normes sociales du moment.

Cependant, comme le souligne l’auteur, lui-même pionnier de la procréation médicalement assistée (puisque ayant permis la naissance du premier « bébé éprouvette » en France en 1982), ces avancées considérables (qu’il décrit précisément au fil de son article) ne permettent pas de garantir la naissance d’individus parfaits et restent faillibles. En outre, elles soulèvent de lourdes questions éthiques quant à la délimitation de ce que l’on considère comme « normal », a fortiori dans une société « très libérale » assez encline à la surenchère dans la compétition, et quant à l’organisation sociale que pourrait induire la pratique d’un tel nouvel eugénisme.

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