Revue futuribles n° 355

Entreprises, travail - Société, modes de vie

Le partage de la valeur ajoutée en France. Sombres perspectives pour les salaires moyens

La France est en récession depuis quelques mois, suite à la crise économique qui a éclaté en 2008, et les perspectives, pour de nombreux salariés, ne sont guère encourageantes pour les mois sinon les années à venir. Cela ne devrait pas améliorer le sentiment déjà largement dominant, dans l’opinion, d’une stagnation du pouvoir d’achat et d’une répartition inéquitable des fruits de la croissance économique.
Pourtant, comme le montrent ici Gilbert Cette et Arnaud Sylvain, les parts, dans la valeur ajoutée, des profits et de la rémunération du travail sont demeurées à peu près stables en France ces deux dernières décennies. Le taux de marge des entreprises y est plus bas que dans la très grande majorité des autres pays industrialisés et son évolution ne permet pas de conclure à un partage inéquitable des fruits de la croissance sur les dernières années.
En revanche, la dispersion des salaires a beaucoup évolué sur la décennie écoulée, avec d’un côté l’augmentation des inégalités salariales liée à la très forte progression des hauts salaires, et de l’autre les fortes revalorisations du salaire minimum. La stabilité globale de la part du travail dans la valeur ajoutée s’est donc accompagnée, depuis le milieu des années 1990, d’une baisse relative de la part de la rémunération de la très grande majorité des salariés. Le salarié médian est à la fois distancé par les hauts salaires et rattrapé par les bas salaires, ce qui, selon les auteurs, peut expliquer le sentiment de nombreux salariés de ne pas bénéficier équitablement des fruits de la croissance.
Enfin, le taux d’épargne et le taux d’autofinancement des sociétés non financières françaises se sont nettement dégradés depuis 1998 ; le niveau atteint en 2008 par chacun de ces deux indicateurs est historiquement assez faible et parmi les plus bas des principaux pays industrialisés. Il faut aussi s’attendre à une forte baisse du taux de marge en 2009, qui pourrait se prolonger en 2010, renforçant les difficultés de financement interne de l’investissement et, très probablement, la fréquence des défaillances d’entreprises. Dans un tel contexte, les perspectives de gains de pouvoir d’achat des salariés moyens paraissent plutôt sombres sur les prochaines années, à moins d’un effort redistributif important de la part de l’État, dont le financement risque de poser problème.

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