Futurs d'antan, Revue futuribles n° 282

Entreprises, travail - Géopolitique

L'Europe vue par Victor Hugo

Par

Victor Hugo, prospectiviste ? Cela peut surprendre, mais une opportunité va l'amener à tenter l'exercice. En vue de la grande Exposition universelle de 1867, un éditeur décide de publier un guide, présentation de Paris par une dizaine des auteurs contemporains les plus célèbres. Bien qu'exilé à Guernesey depuis de longues années, Hugo accepte avec enthousiasme de rédiger une préface. Marcheur infatigable, amoureux de sa ville, il la connaît rue par rue, mais sait aussi jeter sur elle un regard critique et l'analyser de manière précise et pertinente.
1866, c'est l'année de Sadowa, brutale démonstration de la puissance de l'industrie militaire prussienne. Et, précisément, la Prusse vient de décider que le clou de son pavillon de l'Exposition serait un énorme canon Krupp. Hugo réagit à cette provocation et donne à sa préface le ton d'un vibrant plaidoyer pour les idées qu'il défend depuis longtemps : le pacifisme contre le bellicisme des empires, la démocratie contre les régimes autocratiques, " une école qui ouvre, c'est une prison qui ferme ".
Un retour en arrière l'amène à affirmer que Paris a reçu, en 1789, une mission historique qui mobilise le peuple, et même la populace, pour l'invention d'une société universelle et pacifiée. Utopie, bien sûr, mais au meilleur sens du terme, qui annonce les efforts de la Société des Nations puis de l'Organisation des Nations unies, et la paix retrouvée sur le continent par la construction de l'Europe.
Dans le premier chapitre de son texte, ici repris, il esquisse à grands traits cette société paisible qu'il appelle de ses voeux et sait dégager des pistes prospectives de qualité. L'essor des grands moyens de communication sera un facteur d'unification des peuples grâce aux tunnels sous les montagnes, aux canaux coupant les isthmes et même à l'aviation commerciale qu'il baptise joliment les " air-navires ". Ses remarques sur l'unification monétaire et le fait que le travail crée du travail pour d'autres ne sont pas sans évoquer les travaux d'Alfred Sauvy.
Les éditions Bartillat ont pris l'heureuse initiative de rééditer ce petit ouvrage au style flamboyant avec une préface de Dominique Fernandez, une lecture qui ravira les amateurs de littérature érudite et complète heureusement l'image de ce grand poète.

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