Futurs d'antan, Revue futuribles n° 278

Entreprises, travail - Recherche, sciences, techniques

Vers l'infiniment petit (1959). Il y a beaucoup de place en bas de l'échelle

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La conférence que Richard Feynman prononça au Californian Institute of Technology (Caltech), le 29 décembre 1959, à l'occasion de la réunion annuelle de l'American Geophysical Society, apparaît, avec le recul dont nous disposons, comme une vision dont la profondeur et l'extraordinaire lucidité se conjuguent à une grande simplicité de ton.
Le thème central en est l'ouverture à l'exploration scientifique d'un champ nouveau dont Feynman prévoit que, comme ce fut le cas pour le domaine des basses températures et pour celui des hautes pressions, il produira une riche et imprévisible moisson. On y retrouve une qualité rare chez les théoriciens dotés d'un puissant savoir-faire mathématique : la perception du monde physique. La plupart des pistes dans lesquelles s'engage de nos jours le développement des micro et des nanotechnologies sont ébauchées là, comme autant de voies offertes au plaisir de la découverte. Parce qu'elle appartient aujourd'hui, pour une large part, au passé, sa vision de la miniaturisation des calculateurs et de la montée de leur puissance donne la mesure du réalisme de sa réflexion ; elle allie, dans une fascinante esquisse, les enjeux de la maîtrise de ces outils nouveaux aux voies que le savoir-faire technique pourrait emprunter pour les atteindre. Les limites de cette histoire, dont il évoque les horizons lointains en rapprochant les capacités du cerveau humain de celles des calculateurs, n'ont d'ailleurs toujours pas été atteintes. La descente vers la manipulation des atomes individuels et vers des dimensions où les comportements quantiques deviennent dominants, questions ultimes dont il n'est " pas effrayé ", débouche avec 40 ans d'avance sur ce qui est devenu l'une des voies majeures de la recherche contemporaine : les nanotechnologies.
Sa démarche, dominée par la liberté d'une imagination et d'une intelligence souveraines, est cependant soumise à une contrainte qu'il a lui-même souvent rappelée : le respect de ce qu'impose la nature et la cohérence avec ce qui est connu d'elle. La construction intellectuelle à laquelle il se livre dans ce texte obéit à cette règle de l'inventivité contrainte par les lois de la physique : " Je ne suis pas en train d'inventer l'antigravité. Je suis en train de vous dire ce qui pourrait être fait si les lois sont ce que nous pensons ; nous ne le faisons pas simplement parce que nous ne nous y sommes pas encore mis. "

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