Revue futuribles n° 277

Géopolitique - Société, modes de vie

Les dimensions de la confiance

Par

La confiance interpersonnelle, qui caractérise toute vie sociale, qu'elle soit publique ou privée, évolue différemment dans les pays européens. Ces évolutions, mesurées sur la période 1981-1999 par les enquêtes Valeurs, ont été analysées et sont présentées par Olivier Galland.
L'auteur commence par isoler plusieurs facteurs qui interagissent sur le niveau de confiance : la tolérance, la permissivité, l'altruisme, la sélectivité sociale et la confiance dans les institutions. Il ressort de cette première étude que les pays de l'Est sont les plus sélectifs, et les pays nordiques les plus permissifs et les plus confiants. Si le sentiment d'appartenance collective est peu différencié par pays, la confiance, la sélectivité et la permissivité varient fortement d'un pays à l'autre. Deux pays se distinguent : l'Irlande par un haut niveau de rigueur morale et d'intégration sociale, et la France, permissive par un niveau de confiance particulièrement bas.
Autre constat vérifié par l'enquête : la relation entre le niveau de confiance dans un pays donné et l'engagement associatif de ses habitants ; alors que celle entre la confiance et la sociabilité n'est pas systématique. Pour exemple, la France a un faible niveau de confiance et d'engagement associatif, mais une intense sociabilité amicale.
Ensuite, après avoir ordonné et mesuré les comportements de tolérance, d'altruisme et d'intégration sociale, Olivier Galland propose une typologie des Européens qui se présente comme suit : les " modernes intégrés " des pays nordiques, en haut de la hiérarchie sociale, protestants à forte " culture civique " ; les " hyperpermissifs ", toujours des pays du Nord, mais aussi d'Autriche et d'Espagne, âgés de 30 à 49 ans, politiquement à gauche, sans religion et postmatérialistes ; les " individualistes permissifs " des pays méditerranéens et catholiques, surreprésentés en France, marqués par les valeurs traditionnelles ; les " traditionalistes intégrés ", du centre-sud européen, âgés, d'origine rurale, engagés dans la vie familiale, croyants et de droite ; enfin, les " traditionalistes peu intégrés ", peu marqués idéologiquement et politiquement, à l'image des petits entrepreneurs italiens.
Et l'auteur de conclure que la confiance se développe avec la permissivité. Toutefois, souligne-t-il, cette ouverture est sélective et peut se combiner, notamment chez les jeunes, à un affaiblissement de l'intégration sociale. L'effondrement de l'encadrement moral par la religion facilite le libre choix des valeurs morales, mais aussi celui des appartenances et des fréquentations.

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