Revue futuribles n° 276

Institutions

Le vote d'extrême droite en France : adhésion ou protestation ?

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Le premier tour de l'élection présidentielle française a suscité une véritable frayeur : l'extrême droite, avec plus de cinq millions de voix, en nette progression en comparaison de l'élection de 1995, arrivait en seconde position, éliminant du deuxième tour le candidat socialiste. Comment expliquer un tel résultat ?
Pascal Perrineau commence par rappeler que l'extrême droite, contrairement à ce que d'aucuns ont pu croire, n'avait pas connu d'affaiblissement au cours de ces dernières années. Tout au contraire, nous avons assisté - souligne-t-il - à une forte croissance de l'abstention et des extrêmes, de gauche et de droite, tandis que les grandes coalitions de gouvernement ont, à l'inverse, perdu beaucoup d'électeurs.
Pour le grand spécialiste des extrêmes droites européennes, " le premier tour de cette élection présidentielle a bien été l'élection de tous les refus ", exactement comme, nous explique-t-il plus loin, le deuxième tour sera marqué par un rejet général de Jean-Marie Le Pen : " le parfum de soufre qui fit sa force dans un premier tour "proportionnalisé" où s'exprimaient tous les refus, devenait au second tour un handicap ".
Pascal Perrineau analyse ensuite la géographie du vote d'extrême droite (à l'est et dans le midi de la France) puis sa sociologie, pour montrer que ses électeurs sont principalement des hommes jeunes ayant un faible niveau d'éducation, petits commerçants, artisans, ouvriers, employés, chômeurs.
L'auteur se livre enfin à une véritable étude étiologique de ce vote d'extrême droite pour signaler qu'au-delà des motifs particuliers que sont la montée des insécurités et des incivilités, le retour du pessimisme économique et social, et les inquiétudes et angoisses générées par le développement d'une " société ouverte ", il existe des motifs encore plus profonds. Il indique ainsi qu'une nouvelle polarité s'instaure, au-delà du clivage gauche-droite, entre ceux des Français qui adhèrent à des attitudes " fermées " et ceux qui adhèrent à des attitudes " ouvertes ", visant par là d'un côté ceux qui refusent, de l'autre ceux qui adhèrent à l'Europe, à la mondialisation, l'âge postindustriel, au mélange des cultures...
Ayant ainsi montré et expliqué pourquoi les deux tours de cette élection présidentielle ont été des élections du " grand refus ", l'auteur souligne qu'il est urgent " que la France redécouvre, derrière ces mouvements de "politisation négative" qui l'ébranlent régulièrement depuis bientôt 10 ans, le chemin d'une politisation qui soit davantage d'adhésion et de réforme que de rejet et de statu quo ".

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