Revue futuribles n° 242

Institutions - Recherche, sciences, techniques

Entrer dans la société de l'information. L'enseignement américain

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Bien que le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) se soit amorcé bien avant, l'émergence de la société post-industrielle est, selon Michel Catinat, particulièrement saisissante au cours de la décennie 90. Cette décennie est marquée par l'adoption, sous l'impulsion du gouvernement Clinton, d'un programme d'action dénommé " National Information Infrastructure " (NII) qui vient rétablir l'hégémonie américaine dans la maîtrise des NTIC aussi bien que dans leurs usages et ainsi stimuler le développement de la société de l'information.
Michel Catinat s'attache ici à décrire la politique ainsi menée par les États-Unis depuis 1993, à examiner les objectifs fixés, les moyens employés, à évaluer ses succès et ses échecs et les leçons qui peuvent en être tirées pour l'Europe.
La politique du NII, initiée par le gouvernement - et remarquablement relayée par le marché - s'appuie notamment sur trois instruments : un important effort de financement et de valorisation de la recherche (établissement de consortiums pluridisciplinaires, maillage recherche-industrie), l'informatisation exemplaire des fonctions administratives, l'adaptation du cadre réglementaire et législatif (libéralisation des marchés, verrouillage - non sans effets pervers, notamment sous l'angle de la protection de la vie privée - des systèmes de cryptage, mise en oeuvre d'une législation plus favorable et mieux adaptée aux défis qu'entraîne la numérisation des données).
En outre, l'action menée au plan intérieur a été étendue, au plan international, par une politique (la " Global Information Infrastructure ") de promotion de la société de l'information qui, bien sûr, sert d'abord les intérêts américains et suscite donc de nombreuses négociations internationales.
Michel Catinat, après avoir analysé les succès et les échecs de cette politique audacieuse, examine quels enseignements l'Europe pourrait en tirer : d'abord, souligne-t-il, l'utilité d'avoir une vision à long terme qui guide l'action et devient réalité ; ensuite, la nécessité de disposer d'une telle politique volontariste et cohérente - certes présente, selon l'auteur, en Europe comme aux États-Unis, mais relayée là-bas par un marché, des acteurs privés et un esprit d'entreprise beaucoup plus développé.
L'auteur n'en souligne pas moins le risque, particulièrement frappant aux États-Unis, d'une primauté de la technique sur le législatif et, au plan international, d'une suprématie américaine qui refuserait de se plier à des négociations et à des arbitrages internationaux qu'il estime indispensables.

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