Forum, Revue futuribles n° 176

Économie, emploi - Entreprises, travail - Société, modes de vie

À propos des nouveaux emplois de services

Face à la montée du chômage, bien rares et souvent dérisoires paraissent les propositions avancées. L'une d'elles, cependant, consiste à recenser les besoins sociaux non satisfaits ou encore les besoins liés à la protection de l'environnement pour aboutir, finalement, au constat qu'il existe sans doute des gisements d'emplois d'utilité collective importants qu'il suffirait de solvabiliser ou de faire prendre en charge par la collectivité.
Telle était la piste explorée par Gilbert Cette, Philippe Cunéo et alii dans le papier publié dans la revue de mars 1993 (n°174) sur Les nouveaux emplois de service, les 10 services de solidarité qui, en substance, montrait que plus de 350 000 emplois pourraient ainsi être créés d'ici à 1998 en France, au prix d'une dépense publique supplémentaire d'environ 19 milliards de francs.
Mais, outre le fait que l'évaluation est discutable et que lesdits emplois ne sont pas toujours clairement définis, ces emplois de solidarité, rétorque Anne de Beer, ne sont en définitive que des emplois de serviteurs qui, au demeurant, supposent une division du travail extrême, encore moins valorisante que les emplois de domestiques d'autrefois et que les activités informelles d'entraide qui, au moins, impliquaient des tâches diversifiées.
Outre les difficultés financières et techniques que soulèverait la création de tels emplois de solidarité, les jeunes ayant beau revoir aujourd'hui leurs aspirations professionnelles à la baisse, ne se voient proposer que le choix entre le baby-sitting, l'aide aux personnes âgées ou l'entretien des espaces verts dont on ne voit pas d'ailleurs l'intérêt particulier qu'ils présentent comparativement à celui d'être poinçonneur de tickets de métro...
G. Cette et P. Cunéo, reconnaissant le caractère discutable de toute simulation, répondent néanmoins que les hypothèses adoptées n'en restent pas moins très raisonnables et les résultats donc assez probants. Qu'au demeurant, si la création de 350 000 emplois ne saurait en effet résoudre le problème du chômage, cela est mieux que rien et que la nature des emplois envisagés - même s'ils ne sont pas des plus enviables - sont certainement sur un plan humain plus valorisants - et mériteraient d'ailleurs d'être valorisés - que ceux de poinçonneurs de tickets de métro, qu'il est au demeurant préférable d'occuper de tels emplois, même s'ils ne constituent pas une panacée, plutôt que d'être chômeur. Bref, qu'à défaut de solutions idéales, celle qu'ils avancent vaut mieux que rien.
Le problème n'en reste pas moins posé de la régulation sociale d'ensemble, de l'inadéquation entre les besoins générés par notre mode de développement et les aspirations professionnelles de tous ceux que nous sommes actuellement incapables d'intégrer. N'y a-t-il pas bel et bien un hiatus entre, d'un côté une logique économique incontournable, qui tire au demeurant profit de toutes les opportunités qu'offrent les nouvelles technologies (y compris pour la satisfaction de besoins sociaux tels que la télé-surveillance) et de l'autre le maintien d'un système social au sein duquel l'emploi salarié joue un rôle cardinal.

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