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Cécile Désaunay
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Vers une industrie intégralement 4.0 ?

Le concept d’Industrie 4.0 correspond à une nouvelle façon d’organiser les moyens de production : l’objectif est la mise en place d’usines dites « intelligentes » (smart factories) capables d’une plus grande adaptabilité dans la production et d’une allocation plus efficace des ressources en se basant notamment sur l’IoT.

Les objets connectés vecteurs essentiels de l’automatisation industrielle

 

L’automatisation et la robotisation sont déjà très présentes dans le secteur industriel, de ce fait c’est un secteur porteur pour les objets connectés. Ainsi, selon ABI Research, en 2014,

1,2 milliard d’objets connectés étaient déployés en entreprise à travers le monde[1]. De son côté, Business Insider Intelligence[2] estime qu’en 2015, la part des objets connectés destinés aux entreprises représente 46 % de la totalité des objets connectés installés.

Ces processus connectés agissent de manière automatique, sans intervention humaine, et répondent à des besoins concrets :

— la maintenance prédictive ;
— l’optimisation de la production par l’automatisation des processus de production ;
— la gestion des stocks et des flux.

Dans l’entreprise, la robotisation remplace l’homme pour des tâches routinières répétitives, pénibles ou dangereuses. À la différence des systèmes automatiques, le robot a une capacité de programmation et d’apprentissage autonome qui lui permet d’effectuer des tâches plus complexes, de plus en plus intellectuelles et donc plus variées. Les tâches cognitives pouvant être codées sont donc robotisées et les systèmes de contrôle sont de plus en plus gérés par la seule puissance informatique.

Dorénavant, le robot n’est plus seulement un moyen de substitution de l’homme, mais il complète et supplante les activités humaines. En d’autres termes, les robots effectuent les tâches que l’homme ne peut ou ne veut plus faire et aident l’homme à rendre ses gestes plus précis[3].

Certains pays comme la Corée du Sud, le Japon ou l’Allemagne ont pris les devants en favorisant le développement de la robotisation de leur industrie, et se classent désormais parmi les leaders dans ce domaine (voir graphique ci-dessous).

Nombre de robots pour 10 000 salariés de l’industrie en 2014


Source : Richer Martin, op. cit. (données de l’International Federation of Robotics).

Perspectives à l’horizon 2025

L’essor de la robotique dans le secteur industrie est bien ancré mais son rythme de développement sera diversifié selon les secteurs et les pays, voire les régions, concernés. Ainsi, la production manufacturière et la logistique ont pris les devants tandis que le secteur du commerce entre lui aussi peu à peu dans l’ère de la robotisation.

Plusieurs facteurs peuvent favoriser ce développement :

  • La robotisation répond à des besoins d’amélioration et d’efficience des processus. Elle permet de détecter des améliorations via l’analyse des données recueillies, de lutter contre le gaspillage sur l’ensemble du cycle de vie d’un produit et ainsi de réduire les coûts.
  • Les politiques publiques comme les investissements étatiques ou la réglementation pourraient favoriser cet essor. Ainsi, la Chine lance régulièrement de vastes projets d’investissement en ce sens[4]. De même, la France a lancé en 2013 le plan « France Robots Initiative». Les entreprises sélectionnées (250) peuvent recevoir une aide à la robotisation, avec un programme portant au total sur 33 millions d’euros.

  • De l’automatisation à l’interconnexion : afin d’optimiser un peu plus les systèmes de production et de distribution, les entreprises pourraient former des écosystèmes interconnectés. Un distributeur serait ainsi relié à un fournisseur et saurait, en temps réel, le délai d’attente et l’heure de réception de sa marchandise. Ce processus pourrait être mené en corrélation avec des initiatives de smart cities comme celle du port de Hambourg qui connecte l’intégralité de la zone portuaire industrielle.

À l’inverse, plusieurs facteurs peuvent le freiner :

  • La cybersécurité : les systèmes étant de plus en plus connectés, il est nécessaire de prendre en compte de nouveaux risques, que ce soit en termes de contrôle des données (pertes ou vol) ou en termes de protection des biens matériels et des personnes (piratage, vandalisme…) qui auraient des conséquences néfastes sur ces systèmes, sur l’entreprise elle-même et sa réputation. Ces risques peuvent mener les autorités publiques à mettre en place une réglementation plus stricte envers l’utilisation de la robotisation à des fins industrielles, qui ne se contenterait plus des seuls domaines actuellement concernés par la loi (les opérateurs d’importance vitale). Des initiatives pourraient émaner des entreprises elles-mêmes qui mettraient en place des mesures internes plus drastiques ou souscriraient à des systèmes externes.
  • Les risques d’accident technique ne sont pas non plus à exclure, la technologie n’étant pas infaillible. La prise en compte de ces risques fait débat : de nombreuses entreprises estiment qu’ils sont pris en compte au fur et à mesure et qu’ils ne se révèlent pas si bloquants. Toutefois, l’apparition de risques non prévisibles avec les moyens actuels est aussi envisageable.
  • Les risques systémiques : dans des éco - systèmes ouverts et interconnectés, toute erreur pourrait avoir des répercussions en cascade, affectant tous les systèmes interconnectés et plus seulement un maillon de la chaîne. Les entreprises devront donc revoir et prendre en compte ces nouveaux risques pour profiter au mieux des atouts de la robotisation.

Quelle place pour l’homme dans l’industrie 4.0 ?

La généralisation de l’automatisation et de la robotisation industrielle pourrait entraîner la suppression de nombreux emplois, en particulier dans les secteurs manufacturiers. Dans une étude de 2013[5], Carl Frey et Michael Osborne estiment ainsi que d’ici 20 ans, 47 % des emplois américains pourraient être remplacés par des robots. Le risque est élevé pour les emplois ayant des tâches routinières pouvant être codées par un programmateur informatique. La production manufacturière est ainsi la plus menacée.

Métiers potentiellement destructibles selon C. Frey et M. Osborne

 

D’autres types d’emplois devraient être préservés, notamment les emplois ayant des exigences manuelles élevées qui nécessitent perspicacité et adresse (la plomberie) ou des qualités humaines comme l’empathie (service à la personne) ou l’intelligence créative et sociale. L’étude estime que le risque de substitution par des robots concerne 77 % des emplois en Chine ; et ce chiffre serait de 42 % des emplois en France selon une étude du cabinet Roland Berger[6].

Cependant, ces chiffres sont contredits par une étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) 53 selon laquelle le pourcentage d’emplois automatisables ne serait que de 9 % dans les 21 pays de l’OCDE. Une différence qui s’explique par les méthodes utilisées, notamment la description des tâches attribuées à chaque emploi. En conséquence, la mise en place d’un modèle d’industrie 4.0 robotisé nécessitera des changements structurels importants dans la société avec, entre autres, une adaptation du système éducatif et la mise en place de dispositifs de formation et de réorientation pour les personnes licenciées afin de répondre aux besoins d’emplois plus qualifiés.

Enfin, les impacts sociétaux, politiques et économiques de telles évolutions sont encore à déterminer.



[1] CROCHET-DAMAIS Antoine, « 5,4 milliards d’objets connectés en entreprise d’ici 2020 », Journal du Net, 24 février 2015. URL : http://www.journaldunet.com/solutions/dsi/etude-internet-des-objets.shtml. Consulté le 24 août 2016.

[2] GREENOUGH John, « The ‘Internet of Things’ will Be the World’s Most Massive Device Market and Save Companies Billions of Dollars », Business Insider-UK, 18 novembre 2014. URL : http://uk.businessinsider.com/howthe-internet-of-things-market-will-grow-2014-10?r=US&IR=T. Consulté le 24 août 2016.

[3] RICHER Martin, « Robot, mon ami », Metis, 9 mai 2016. URL : http://www.metiseurope.eu/robot-monami_fr_70_art_30346.html. Consulté le 24 août 2016.

[4] VINH yann, « Chine : robotisation accélérée de l’usine du monde », Note de veille, 8 février 2016, Futuribles International. URL : https://www.futuribles.com/fr/article/chine-robotisation-acceleree-de-lusine-du-monde/. Consulté le 24 août 2016.

[5] FREy Carl Benedikt et OSBORNE Michael A., « The Future of Employment: How Susceptible Are Jobs to Computerisation », Oxford Martin Program Working Paper, septembre 2013, 72 p. URL : http://www.oxfordmartin.ox.ac.uk/downloads/academic/The_Future_of_Employment.pdf. Consulté le 16 août 2016.

[6] DUJIN Anne, « Les classes moyennes face à la transformation digitale. Comment anticiper ? Comment accompagner ? », Think Act, octobre 2014, 27 p., Roland Berger Strategy Consultants. URL : http://www.rolandberger.fr/media/pdf/Roland_Berger_TAB_Transformation_Digitale-20141030.pdf. Consulté le 16 août 2016.