Internet des Objets à l'horizon 2025

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Orange : Tendance lourde

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Violet : Rupture possible

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Cécile Désaunay
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Scénario tendanciel

L’évolution vers des usages de plus en plus mobiles du cyberespace, au travers des smartphones et tablettes notamment, a ouvert la voie au développement de l’Internet des objets. En 2016, celui-ci en est encore à ses balbutiements et les premiers objets connectés relèvent souvent du gadget (Apple watch par exemple) plus que de l’objet utilitaire. Toutefois, les développements en cours laissent entrevoir des perspectives prometteuses en ce sens. Ainsi, à l’horizon 2025, ce scénario se caractérise par une adoption importante des objets connectés, dans les usages tant industriels que personnels. Toutefois, des incertitudes liées à la sécurité et au respect de la vie privée pourraient ralentir l’intégration des objets connectés dans la vie quotidienne.

Usages industriels

Les usages industriels de l’IoT se développent de manière très importante d’ici 2025. En lien avec les plans de réindustrialisation des économies occidentales (type Industrie 4.0), la donnée et les objets connectés (imprimantes 3D, robots collaboratifs, etc.) sont au cœur de nouveaux modèles de production. Outre les systèmes de pilotage industriel de type SCADA, déjà très développés dans certains domaines (transports, usines, etc.), les nouveaux usages de l’IoT dans le monde industriel permettent de répondre à de nombreuses demandes de qualité, productivité, contrôle et réactivité.

Usages des particuliers

Les usages des objets connectés et de l’Internet continuent à se développer aussi pour les particuliers dans différents secteurs.

Dans la santé, le potentiel le plus important concerne les malades, à qui l’utilisation d’objets connectés est recommandée voire imposée. En particulier, le fonctionnement des systèmes de santé publics et privés évolue progressivement : leur objectif n’est plus uniquement de soigner les malades mais de faire en sorte que les individus en bonne santé le restent. La prévention devient donc aussi importante que les soins. Dans un premier temps, l’usage des objets connectés est ainsi progressivement proposé voire imposé aux malades par des professionnels de santé, des assureurs, des employeurs, etc., en échange d’incitations financières ou sous la menace de malus. Des usages récréatifs de personnes saines se maintiennent aussi, à condition que les technologies proposées soient suffisamment fiables et pratiques pour que leurs bénéfices soient réels sur le plan médical et pas uniquement ludiques. Dans un deuxième temps, c’est aussi aux personnes bien portantes que l’usage des objets connectés est fortement recommandé, voire imposé, avec l’objectif de maintenir leur bien-être.

Dans le logement, les applications visant à réduire les consommations (d’énergie, d’eau...) et à accroître la sécurité des occupants continuent aussi à se développer tant qu’ils sont simples à utiliser et peu coûteux. En outre, des applications se posent, au niveau des sociétés occidentales, comme de véritables solutions à la limitation de la consommation et s’insèrent parfaitement dans les problématiques de sobriété énergétique ou aquatique, en lien avec la lutte contre le changement climatique.

Acteurs de l’IoT

Au niveau économique, le marché reste plutôt éclaté, avec plusieurs catégories d’acteurs revendiquant une place centrale. Toutefois, une certaine concentration s’observe progressivement sous l’égide des GAFAM, avec des rachats multiples de fabricants d’objets et de développeurs d’applications. Malgré tout, un certain éclatement perdure avec la place importante que conservent les fournisseurs d’accès (tel Orange en France) dans des domaines comme la domotique. De même, les industriels continuent à se tourner vers des entreprises comme Cisco, IBM ou Microsoft, et rechignent à confier leurs données à des entreprises considérées comme récréatives, à l’image de Facebook ou Apple. Toutefois, les GAFAM ne s’opposent pas frontalement aux fournisseurs d’accès télécom (Orange, Vodafone, etc.) ou aux prestataires industriels (IBM, Cisco). Même si ces structures sont globalement en compétition, des aires de coopération existent, que ce soit pour l’accès au réseau ou pour le traitement des données.

L’intrication des différents niveaux de l’IoT induit la coexistence de plusieurs systèmes techniques, avec des objets se connectant directement à Internet, d’autres passant par une passerelle centrale et d’autres agissant en essaim, selon les besoins. Ceci entraîne la coexistence de plusieurs normes de communication, adaptées selon les objets et leur usage, sans véritable unification. Les systèmes d’exploitation (OS) de l’IoT sont ainsi des adaptations de systèmes existants comme Windows 10 ou iOS, sans que personne ne soit capable d’imposer un standard unique. L’existence d’OS fondés sur des systèmes ouverts (Linux) ou semi-ouverts (Android) pourrait néanmoins permettre la survie et le développement d’une galaxie d’objets issus du monde de l’open source. La volonté de certains fabricants — potentiellement amateurs ou semi-professionnels pour un nombre indéfini d’entre eux — de ne pas entrer dans la dépendance de tel ou tel grand de la donnée pourrait trouver un écho auprès d’une partie de la population.

En outre, l’apparition ces dernières années d’une nouvelle catégorie d’acteurs, les facilitateurs (enablers), proposant des services dédiés aux objets connectés comme Shodan 63 ou Openet 64, devrait faciliter le développement de l’IoT. Ceci est particulièrement prégnant dans le cadre des entreprises de toutes tailles n’ayant pas souhaité internaliser l’ensemble de la chaîne de valeur de l’Internet des objets, ou souhaitant faire appel à d’autres prestataires que les GAFAM pour traiter et gérer leur données. Par exemple à des conglomérats regroupant des industriels et des entreprises positionnées dans certains segments spécifiques de traitement et / ou gestion de la donnée, afin d’éviter une trop forte dépendance aux GAFAM.

Sécurité et vie privée, les nouvelles priorités

La question de la vie privée devient centrale pour le développement de certaines catégories  d’objets connectés. Le secteur médical, qui regarde l’IoT avec un mélange de scepticisme et d’envie, est le premier concerné. La possibilité, pour les médecins et autres acteurs médicaux, de disposer à distance des données de santé des patients — sans même parler de la capacité d’intervention à distance en cas de danger vital — permet certes un meilleur suivi, mais se révèle également très intrusif. De même, certains objets industriels, comme les compteurs électriques intelligents, ont prouvé par le passé que leur collecte de données pouvait donner lieu à une connaissance extrêmement poussée des habitudes des usagers. Dans ce contexte, les organismes de régulation comme la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) en France, la FTC (Federal Trade Commission) aux États-Unis ou le futur European Data Protection Board au niveau de l’Union européenne, restent vigilants et sont amenés à examiner de près les développements de l’IoT. De la même manière, les usagers, en particulier européens, sont très sensibles à ces questions. Il se pourrait ainsi que certains objets ou technologies soient purement et simplement interdits dans des territoires donnés pour des questions de respect de la vie privée.

La sécurité s’affiche également comme une préoccupation majeure des utilisateurs, particuliers ou professionnels. Les failles potentielles des systèmes communicants sans fil à plusieurs niveaux inquiètent pour des raisons tant criminelles que terroristes. Le développement des systèmes de pilotage industriel automatisés comme les SCADA se fait avec un corpus réglementaire limité. Aussi les questions sécuritaires pourraient limiter le développement des objets dans certains secteurs ou bien, selon les cas considérés, limiter leurs capacités d’interconnexion. L’intégration absolue de certains objets potentiellement dangereux ou stratégiques (pilotage automatique de transports par exemple) n’aurait ainsi pas lieu, entraînant la coexistence de systèmes ouverts, semi-ouverts et fermés.

Ainsi, dans le domaine du transport, même si les progrès en matière de véhicules autonomes se poursuivaient, seules quelques mises en circulation seraient effectivement enregistrées d’ici 2025-2030, plutôt dans le cadre de flottes d’entreprises.

Dans ce contexte, les entreprises investissant le plus dans la sécurité, principalement au sein des GAFAM, devraient être les mieux placées dans la compétition économique du secteur des objets connectés.

Régulation

Les législateurs nationaux ou régionaux comme l’Union européenne cherchent à encadrer le développement de l’IoT et privilégient pour cela une approche sectorielle. Ils différencient non seulement usages professionnels et personnels, mais également les objets eux-mêmes et les données récoltées au travers de ces derniers. Localisation des données, attribution des fréquences, accès aux données et caractère stratégique des secteurs — la question des opérateurs d’importance vitale relevant de l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) en France, par exemple — sont ainsi les principaux points auxquels les législateurs s’attaquent. La volonté affirmée de divers États comme la Russie ou la Chine de détenir un contrôle législatif certain sur les données issues de leur territoire (obligation de localisation des serveurs), aboutit à des législations spécifiques sur l’IoT.

Le déploiement territorial de l’IoT suit ainsi l’ensemble de ces facteurs (économique, sociologique, juridique), en partant des pays les plus développés. Toutefois, la volonté des pays européens et, dans une moindre mesure, du Japon, de réglementer les usages des industriels et fournisseurs de services liés à la donnée, freine certaines technologies. L’IoT connaît ainsi ses plus importants développements en Amérique du Nord, suivie par l’Europe et le Japon. Les grands pays émergents, à commencer par la Chine, deviennent aussi des terres pionnières. L’entrée sur le marché d’acteurs chinois, mais aussi indiens ou russes, se traduit par un éclatement des normes et solutions technologiques. Certains objets ne se développent que dans des aires géographiques données, ou ne fonctionnent que dans un écosystème particulier. D’ici 2025, la percée de l’IoT dans les régions les moins avancées du monde, comme l’Afrique subsaharienne, demeure faible du fait des soucis de connectivité. Toutefois, les efforts entrepris pour améliorer le nomadisme des utilisateurs, ainsi que l’amélioration des réseaux de données, offrent des potentialités non négligeables pour un développement ultérieur de ces zones. Ces progrès sont portés le plus souvent par les fournisseurs d’accès qui proposent des services suivant un modèle bottom of thepyramid.