Internet des Objets à l'horizon 2025

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Orange : Tendance lourde

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Cécile Désaunay
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Rupture 2 : Balkanisation

Ce scénario révèle que l’Internet des objets présente des potentialités finalement bien plus importantes que l’Internet actuel. En ce sens, il devient toujours plus objet de pouvoir pour un certain nombre d’acteurs mais également source de craintes, compte tenu des questions de sécurité et de souveraineté qu’il pose. Dans ce contexte, à l’horizon 2025, de nombreux acteurs sont tentés d’imposer des réglementations particulières visant à affermir leur contrôle sur l’IoT.

La volonté des grands pays émergents de se protéger des visées des grands acteurs de la donnée, conjuguée à la volonté de se protéger des pics d’attaques cyber liées à l’augmentation des conflits de basse intensité, conduit ceux-ci à réagir. Cette situation amène à un double développement de compétences technologiques et d’arsenal réglementaire. En particulier, la Chine reste pionnière avec Huawei, leader des solutions coeurs de réseau, de plus en plus présent sur la chaîne de valeur de l’IoT[1]. Le soutien de l’État chinois est à la fois financier et normatif : des réglementations juridiques et techniques sont progressivement mises en place, qui aboutissent au bannissement des acteurs non chinois. La Russie et d’autres pays choisissent de suivre Pékin dans cette voie pour se protéger de l’oligopole des GAFAM qui se dessine. Les acteurs industriels se trouvent ainsi, selon les aires géographiques, face à des choix limités. La volonté de créer des systèmes IoT unifiés dans certaines entreprises se heurte à la réalité géopolitique et, dans le cas aéronautique par exemple, à l’horizon des 10 prochaines années, il restera compliqué, pour les usines Airbus ou Boeing en Chine, de disposer des mêmes systèmes que celles d’Europe ou des États-Unis. L’interconnexion absolue de l’IoT est, du moins dans le domaine industriel, remise en cause par les volontés nationales.

Les questions de normes de communication, d’attribution des fréquences ou de nommage des objets permettent de verrouiller un certain nombre de secteurs. Ces questions technologiques sont complétées par une réglementation draconienne sur le stockage physique des données, qui doit se faire exclusivement sur le territoire national, ce qui entraîne des problèmes en cascade pour les utilisateurs nomades. L’Union européenne se positionne également sur ce créneau de la localisation des données, cette fois pour des questions de respect de la vie privée, surtout dans le cas des objets à finalité médicale ou paramédicale. La réglementation européenne, qui s’entend cette fois au niveau continental, continue de favoriser des pays comme l’Irlande, où la faiblesse de la fiscalité incite les GAFAM à positionner leurs serveurs. Cette absence d’universalité des normes et technologies nuit finalement au développement de l’IoT. Au contraire de l’Internet, l’IoT s’entend suivant une logique pays / plaques continentales qui empêche l’abaissement des coûts et, par là, le développement dans les zones les moins développées de la planète. Les pays les plus pauvres d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie restent loin de cette révolution qui ne les touche qu’à la marge.

En Europe, le développement des objets connectés et de l’IoT se fait aussi moins vite qu’espéré, les réglementations imposées par les acteurs publics répondant en partie à la pression de certains groupes d’usagers contestant les exploitations des données personnelles. La majorité des usagers souhaitent néanmoins continuer à profiter des avantages des objets connectés, notamment dans le domaine de la santé. Mais la diversification des offres brouille leur visibilité et peut retarder la diffusion des services les plus innovants, qui sont souvent aussi les plus chers, notamment dans le domaine de la santé et de la domotique.

La balkanisation s’entend aussi dans une acception transverse, avec des règles et technologies différenciées selon les objets. Il existe en effet un monde entre les objets de loisir et ceux plus professionnels comme les SCADA. Combler le fossé qui les sépare en créant des technologies transverses offrirait certes des avantages, mais créerait également des failles sécuritaires importantes, exploitables par des mafias ou des groupes terroristes et « hacktivistes ». Les technologies (systèmes d’exploitation) et protocoles de communication demeurent cloisonnés, sans généralisation de l’un ou de l’autre pour maintenir la séparation entre les univers.



[1] KRELL Mike, « 1+2+1 Reasons Why Huawei Could Be An Industrial IoT Sleeping Giant », Forbes, 4 mai 2016. URL : http://www.forbes.com/sites/moorinsights/2016/05/04/121-reasons-why-huawei-could-be-an-industrialiot-sleeping-giant/#40cab3825e21. Consulté le 23 août 2016.