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Cécile Désaunay
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Rupture 1 : Mainmise des grandes entreprises de la donnée

Le développement de l’économie industrielle vers la servicialisation, en parallèle des plans nationaux type Industrie 4.0, Fabbrica del futuro, etc., induit une hausse exponentielle du recours aux technologies du big data et aux objets connectés industriels. Imprimantes 3D, robotisation et réalité virtuelle sont en effet des technologies nécessitant un recours aux données massives qui induisent une importance stratégique pour les prestataires de cloud. De même, le développement des technologies liées aux smart cities (eau, électricité, gaz, transports, déchets, etc.) accroît la place des données dans la gestion des collectivités et la vie quotidienne des gens.

Les nombreux rachats d’entreprises spécialisées par les géants de la donnée comme Google ou Microsoft laissent entrevoir chez ces derniers une stratégie de positionnement comme nouveaux partenaires incontournables de certains grands industriels tels que Volkswagen et Boeing. La création d’entités dédiées comme Google Sidewalk Labs[1], qui regroupe l’ensemble des compétences du groupe dans le domaine de la smart city, manifeste encore plus cette volonté et les moyens mis en œuvre pour l’atteindre. Dans une acception maximaliste, on pourrait ainsi assister à un croisement entrepreneurial. Les entreprises de l’industrie se positionneraient de plus en plus comme des fournisseurs de services (nombre de kilomètres roulés, nombre de décollages / atterrissages, etc.), tandis que les géants de la donnée deviendraient en partie des industriels. Or la donnée prend de plus en plus d’importance dans la valorisation des produits à haute valeur ajoutée. Ceci pourrait amener, par un effet de chaîne de valeur, à ce que les gestionnaires de données, seuls aptes à traiter et stocker des volumes colossaux, deviennent le cœur des industries.

Une entente de ces grandes entreprises de la donnée pour mettre en place des normes industrielles au niveau des systèmes d’exploitation ou des communications permettrait également d’agir au niveau réglementaire national et international. Des divergences se font jour entre les différents acteurs sur les technologies comme le fog computing de Cisco ; toutefois, ceux-ci s’entendent pour constituer des consortiums aptes à peser dans le domaine réglementaire partout sur la planète, à commencer par la question de la vie privée. Il s’ensuit un développement exponentiel de l’IoT, piloté par les GAFAM, où les effets de masse permettent des baisses rapides des coûts des objets connectés, entraînant leur généralisation. L’ensemble de la planète est ainsi touchée progressivement par le marché des objets connectés, suivant le développement des réseaux de données — par exemple avec le projet de drones de l’Internet de Facebook (Aquila)[2] — en commençant bien sûr par les pays les plus développés.

En particulier, les Européens disposent d’une offre diversifiée d’objets et surtout de services personnalisés dans le domaine de la santé, du bien-être, de la domotique, de l’assistance à la vie quotidienne, etc. Poussés par l’usage des industriels et des particuliers, les acteurs publics sont obligés d’adapter leur législation ou de laisser une certaine forme de liberté — un peu comme dans le cas Uber en France — pour ne pas brider le développement du système. Une coopération publicprivé s’établit d’ailleurs sur certaines technologies comme celles liées aux smart cities, pour lesquelles les GAFAM sont indispensables.

Les objets connectés se développent dans différentes régions et pour différents usages, ce qui induit de nombreux questionnements, sur la sécurité notamment. La réponse apportée varie selon chaque GAFAM qui impose des standards le long de la chaîne, mais les progrès de la security by design, permis par la création de grands écosystèmes sous la bannière de tel ou tel acteur majeur qui développerait son objet incluant des paramètres de sécurité dès la conception, offre une réponse apte à satisfaire le grand public et, à un certain niveau, les industriels. Néanmoins, une minorité d’usagers rejettent cette mainmise des GAFAM et recherchent des offres alternatives, voire refusent totalement de recourir aux objets connectés et à l’Internet des objets pour éviter l’exploitation de leurs données personnelles.



[1] BROWN Eliot, « Alphabet’s Next Big Thing: Building a “Smart” City », The Wall Street Journal, 27 avril 2016. URL : http://www.wsj.com/articles/alphabets-next-big-thing-building-a-smart-city-1461688156. Consulté le 23 août 2016.

[2] MARIN Jérôme, « Facebook dévoile son système de drones pour l’accès à Internet », Le Monde Économie, 31 juillet 2015. URL : http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/07/31/les-premiers-pas-d-aquila-le-systemede-drones-de-facebook-pour-acceder-a-internet_4706414_3234.html. Consulté le 23 août 2016.