Internet des Objets à l'horizon 2025

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Cécile Désaunay
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L'organisation de la santé bouleversée par les objets connectés ?

Certains objets connectés permettent aux individus de s’informer eux-mêmes sur leur état de santé, voire d’établir des diagnostics. À l’extrême, certains individus peuvent considérer qu’ils n’ont plus besoin des professionnels de santé. Mais, dans les faits, les objets connectés et les applications utilisant ceux-ci contribuent surtout à faire évoluer la relation entre les patients et les professionnels de santé.

Les objets connectés, une réponse au besoin d'information des individus

Les Français sont de plus en plus préoccupés par leur santé : selon une enquête Ifop, 32 % des Français ont peur d’être atteints d’une maladie en cas de signes inquiétants, et 13 % même en l’absence de tout symptôme[1].

En réponse à ces inquiétudes, environ 40 % des Français (et la moitié des 25-34 ans) déclarent surveiller régulièrement au moins un aspect de leur santé : activité physique, alimentation, poids..., et en conserver une trace (données en ligne ou hors ligne)[2].

Pour satisfaire ce besoin d’information, les individus recourent de plus en plus aux objets connectés, via des applications santé sur smartphone et des objets connectés :

  • Les applications de santé sur smartphone

Selon le Conseil national de l’ordre des médecins, on compte aujourd’hui environ 100 000 applications mobiles dans le champ de la santé contre 6 000 en 2010, et leur nombre continue de croître. Rien que sur l’AppStore, environ 500 nouvelles applications liées à la santé sont mises en ligne tous les mois. Ces applications s’exécutent sur un smartphone et utilisent les capteurs du téléphone ou ceux d’autres objets auxquels ils sont connectés : bracelets, balances, tensiomètres, stéthoscope, etc.

  • Les objets connectés

Le marché des objets connectés relatifs à la santé est en plein essor : brosses à dents, tensiomètres, fourchettes, piluliers, balances, vêtements...

Le plus emblématique est aujourd’hui la montre connectée, permettant de mesurer les constantes, les performances sportives, etc. Ces objets contiennent généralement différents capteurs, souvent en mesure d’enregistrer des constantes liés au corps : température, rythme cardiaque, mouvements…

Selon une enquête de l’Ifop, un quart des Français utiliserait déjà des objets connectés dans le domaine de la santé[3]. Il s’agirait majoritairement d’hommes, jeunes et urbains.

Perspectives à l’horizon 2025

L’usage futur des objets connectés dans le domaine de la santé dépendra de plusieurs facteurs :

  • Leur acceptabilité, notamment en lien avec l’utilisation des données personnelles :

Lesdeux tiers des personnes n’ayant jamais téléchargéd’application santé n’ont pas l’intentionde le faire, parce qu’elles ne les trouventpas utiles et / ou redoutent une exploitationinadéquate de leurs données personnelles[4].

En effet, les données relatives à la santé sont particulièrement intimes et donc sensibles pour les individus, qui redoutent leur diffusion auprès de certains acteurs comme leur employeur, l’assurance maladie, leur mutuelle, ou les laboratoires pharmaceutiques[5].

Néanmoins, un décalage peut s’observer entre le discours des individus et leurs pratiques en matière de protection de leurs données personnelles sur Internet (notamment sur les réseaux sociaux). Ainsi, une vaste enquête menée en 2014 auprès de 1 200 applications mobiles dans les pays occidentaux (jeux, quantified self, santé…) a montré que les trois quarts d’entre elles collectent des données personnelles, mais que seules un quart d’entre elles le justifient[6]. Pourtant, ces applications connaissent un engouement croissant.

  • Leur utilité et leur fiabilité :

Selon un analyste américain, l’inflation des données collectées génère plus de problèmes qu’elle n’en résout pour les individus, qui doivent ensuite les analyser, les comparer, les archiver, etc.[7]

Parmi les personnes ayant téléchargé au moins une application santé, moins de 10 % l’utilisent régulièrement, et 54 % très rarement ou jamais[8]. Pour l’instant, la moitié des Français dit mal connaître les objets connectés[9], et à peine un quart voit un intérêt à les utiliser dans le domaine de la santé[10].

À l’avenir, ces objets devront donc faire la preuve de leur utilité et de leur efficacité pour s’inscrire durablement dans les pratiques des individus.


Un usage des objets connectés différencié selon les profils


La volonté des individus d’être acteurs de leur santé et les pratiques qu’ils mettent en oeuvre pour y répondre varient selon quatre grands profils d’utilisateurs :

- Des personnes saines, qui utilisent volontairement des applications et des objets connectéspour contrôler leur état de santé (poids,calories consommées, effort physique, etc.)mais aussi routiniser leurs modes de vie (alimentation,activité physique), mesurer leursperformances, etc. Cette tendance est désormais désignée sous le terme de quantifiedself, reposant sur la collecte, l’analyse et parfoisle partage de données par les individuseux-mêmes afin de surveiller leur santé etleur activité pour améliorer leur bien-être.

-  Des personnes a priori saines, qui sont contraintes ou fortement incitées par leur employeur à utiliser des objets connectés. Ainsi, le groupe BP a doté 25 000 de ses salariés de bracelets connectés mesurant le nombre de pas effectués et le nombre de calories consommées, pour lutter contre l’obésité. L’initiative peut aussi venir d’un assureur[11]: en 2014, Axa Santé a proposé à 1 000 assurés de s’équiper d’un boîtier mesurant leur nombre de pas quotidien, leur rythme cardiaque, leur taux d’oxygène dans le sang et la qualité de leur sommeil. Si ces pratiques reposent pour l’instant sur le volontariat, elles pourraient à terme devenir obligatoires pour certaines catégories de population jugées à risque, qui porteraient donc la responsabilité de leur maintien en bonne santé.

-  Des malades chroniques, pour qui les objets connectés et applications sont un moyen d’améliorer le suivi de leur maladie en limitant les consultations auprès des professionnels (diabète, maladies cardiaques, etc.).

-  Des personnes âgées à leur domicile, qui peuvent être assistées dans les tâches du quotidien par des objets (pilulier, réfrigérateur, montre, etc.), des vêtements, voire un logement connectés. Cette assistance peut être proposée à l’initiative des proches, des professionnels de santé, voire des assureurs.

Perspectives à l’horizon 2025

L’utilisation des objets connectés pourrait se développer inégalement selon ces différentes catégories d’utilisateurs :

- En matière de quantified self pour les personnes saines, une fois l’effet de mode passé, un effet de lassitude semble déjà s’observer, même chez les précurseurs du mouvement.

Ainsi, Chris Anderson, l’un des promoteurs du mouvement, a récemment publié sur Twitter :

« Après plusieurs années de mesure de tout (activité, travail, sommeil), j’en ai conclu que c’était inutile. Cela n’apporte aucune incitation ou leçon qui ne soit pas évidente[12]. » Il constate notamment que les données collectées sont trop imprécises pour pouvoir être exploitées. En 2015, en France, seuls 800 000 wearables (objets connectés à porter sur soi, comme les montres ou les traceurs d’activité) ont été vendus en France, alors que les professionnels pensaient dépasser le million[13].

- À l’inverse, un nombre croissant d’individus pourraient être contraints, ou fortement incités, à utiliser des objets connectés, que ce soit par leur employeur, leur assureur, leur médecin voire leurs proches (pour les personnes âgées notamment). En effet, si ces usages reposent pour l’instant majoritairement sur le volontariat, ils pourraient à terme devenir obligatoires pour certaines catégories de population jugées à risque, qui porteraient donc la responsabilité de leur maintien en bonne santé.

Par ailleurs, cette classification entre utilisateurs d’objets connectés ne doit pas faire oublier le fait que les technologies de la esanté contribuent à brouiller les frontières entre les malades et les individus sains. De plus en plus d’individus peuvent en effet être considérés (par eux-mêmes, leur employeur, leur assureur…) comme présentant un risque de développer une pathologie. À l’inverse, des personnes malades pourraient espérer vivre presque comme des personnes saines grâce à un suivi régulier via des objets connectés, permettant de limiter les consultations médicales.



[1] IFOP, CAPITAL IMAGE, « Les Français, l’information santé et la peur de la maladie. », 24 février 2014. URL :

http://www.ifop.com/media/poll/2527-1-study_file.pdf.  Consulté le 16 août 2016.

[2] « Enquête d’Accenture sur les Français et la santé numérique », Accenture, novembre 2013. URL : https://www.accenture.com/t20160120T025300__w__/fr-fr/_acnmedia/Accenture/Conversion-Assets/DotCom/Documents/Local/fr-fr/PDF_2/Accenture-Patient-Engagement-France-Research-Recap.pdf.  Consulté le 16 août 2016.

[3] IFOP, op. cit.

[4]Ibidem.

[5] « Les Français réticents à partager leurs données de santé avec les labos pharmaceutiques », La Revue du digital, 18 mai 2015. URL : http://www.larevuedudigital.com/2015/05/18/les-francais-reticents-a-partager-leursdonnees-de-sante-avec-les-labos-pharmaceutiques/. Consulté le 16 août 2016.

[6] « Internet Sweep Day : des applications mobiles peu transparentes sur le traitement de vos données », CNIL

(Commission nationale de l’informatique et des libertés), 16 sept 2014. URL : https://www.cnil.fr/fr/internet-sweepday-des-applications-mobiles-peu-transparentes-sur-le-traitement-de-vos-donnees-0. Consulté le 16 août 2016.

[7] ELGAN Mike, « Lifelogging Is Dead (for Now) », ComputerWorld, 4 avril 2016. URL : http://www.computerworld.com/article/3048497/personal-technology/lifelogging-is-dead-for-now.html.  Consulté le 16 août 2016.

[8] GUzzO Auriane, « Santé connectée. Les pratiques et attentes des internautes », CCM Benchmark Panel, 2014.

URL : http://www.ccmbenchmark.com/institut/blog/infographie-sante-connectee-pratiques-et-attentes-des-internautes/.

Consulté le 19 août 2016.

[9] QADIRI Sophia, « Enquête sur les objets connectés : 56 % des Français disent mal les connaître », L’Atelier

BNP Paribas, 21 mars 2016. URL : http://www.atelier.net/trends/articles/enquete-objets-connectes-56-francaisdisent-mal-connaitre_440779. Consulté le 19 août 2016.

[10] CRÉDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), Baromètre du numérique,

2015. URL : http://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/CREDOC-Rapport-enquete-diffusion-TIC-France_CGEARCEP_nov2015.pdf.  Consulté le 19 août 2016

[11] HAEHNSEN Erick , « Withings équipe le premier contrat d’assurance santé en France avec des objets connectés », Info protection, 2 juin 2014. URL : http://www.expoprotection.com/site/FR/Withings_equipe_le_premier_contrat_dassurance_sante_en_France_avec_des_objets_connectes,I1571,zoom-8fe15f80a5042951632f5bb3087149db,KW-,FromPage-Search.htm. Consulté le 19 août 2016

[13] LOUKIL Ridha, « Seulement 800 000 wearables vendus en France en 2015 », L’Usine digitale, 25 mars 2016. URL : http://www.usine-digitale.fr/editorial/seulement-800-000-wearables-vendus-en-france-en-2015.N384956. Consulté le 19 août 2016