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Cécile Désaunay
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Demain, des corps connectés ?

L’idée d’accroître les capacités physiques et intellectuelles grâce aux progrès de la technologie n’est pas nouvelle. Le concept de cyborg (cybernetic organism) est apparu dans les années 1960 à l’initiative de Manfred E. Clynes et Nathan S. Kline. Il a été défini par Donna Haraway : « Le cyborg est un organisme cybernétique, hybride de machine et de vivant, créature de la réalité sociale comme personnage de roman. » Au-delà de l’imaginaire qui entoure ce concept, la réalité a longtemps été tout autre. L’essor des objets connectés change la donne en facilitant une diffusion à plus grande échelle et en multipliant les possibilités d’applications. Désormais l’homme n’est plus seulement connecté par le biais de son smartphone ou des objets qu’il porte : son corps peut lui-même devenir un objet connecté.

Une multiplication des objets connectés corporels, de la R&D et des projets

Des applications multiples et variées sont aujourd’hui en projet particulièrement dans deux domaines :

  • Les loisirs, du wearable au body hacking : l’utilisation de vêtements ou montres connectés (wearables) pour faciliter certains gestes quotidiens ou pour recueillir des informations sur son corps trouve une nouvelle dimension dans le phénomène de body hacking. Ce mouvement, apparu très récemment, fait la promotion d’un corps que l’on peut améliorer ou compléter en lui ajoutant des composants externes. Ces composants externes, pour le moment essentiellement des puces électroniques sous-cutanées (RFID), vont au-delà du quantified self en proposant des interactions avec l’environnement externe. Ils remplissent ainsi des fonctions variées adaptées à des usages divers : échanger des informations, ouvrir sa voiture, payer un café, ou bien encore déverrouiller son ordinateur. L’appareil Bionic yourself[1] permet ainsi de mesurer son activité physique (comme les wearables) mais aussi d’allumer les lumières ou déverrouiller les portes.
  • La santé est un domaine porteur du développement des objets connectés implantés, avec un dynamisme important de la R&D. De nombreuses applications sont en projet et quelques réalisations concrètes ont vu le jour :

— Les interfaces cerveau-machine : des progrès importants ont été enregistrés dans le domaine des interfaces cerveau-machine (ICM), systèmes de liaison directe entre un cerveau et un ordinateur, qui permettent à un individu de réaliser certaines tâches sans solliciter ses membres (bras, jambes…). Ces interfaces pourraient permettre à des personnes handicapées de contrôler des membres artificiels pour effectuer un certain nombre d’activités de la vie quotidienne. Une expérience a ainsi permis à une patiente tétraplégique d’activer un bras robot capable d’effectuer sept mouvements différents. Néanmoins, la phase d’apprentissage du fonctionnement des interfaces peut être longue et les solutions ne sont pas encore commercialisées, mais des progrès pourraient encore être enregistrés à l’avenir.

— Les organes artificiels : des organes artificiels commencent à être implantés. En France, quatre greffes de coeur artificiel ont déjà été réalisées, même si le taux de survie reste pour l’instant très faible[2].

— Les objets destinés à la prévention : des objets connectés implantés peuvent être utilisés pour la surveillance des patients à risque. Des scientifiques de l’École polytechnique de Lausanne, en Suisse[3], ont inventé un implant permettant de prévenir les patients de la survenance d’une attaque cardiaque.

L’implant sous-cutané mesure régulièrement certains paramètres biologiques du patient. Ces paramètres renseignent les médecins sur l’état de santé de ce dernier et sur les effets d’un traitement.

En mai 2016, Google a déposé un brevet[4] de lentilles connectées intraoculaires. Cette lentille permettra de corriger la vue des patients et facilitera le processus de focalisation de l’œil. La lentille équipée d’un capteur, d’un transmetteur radio et d’une batterie pourra transmettre des informations pour mieux comprendre les besoins des patients.

Ces implants connectés de santé, principalement destinés aux personnes nécessitant un suivi régulier, voire quotidien, vont connaître un développement certain. Leur usage pourrait par la suite être détourné pour des usages plus récréatifs.

Perspectives à l’horizon 2025

Les usages de ces objets connectés implantés dans le corps seront très diversifiés. En conséquence, les rythmes de développement seront eux aussi très différenciés. Ainsi les objets dédiés à la santé devraient connaître un essor plus rapide. À l’inverse, ceux destinés à des usages récréatifs pourraient connaître un développement moindre.

Plusieurs facteurs peuvent favoriser le développement des objets connectés corporels :

  • Les progrès technologiques : le développement de la nanotechnologie, de la cybertechnologie et des biotechnologies pourrait permettre la création de nouvelles applications.

  • De nouvelles applications de santé permettront aux implants de se développer.
  • L’utilisation de ces objets rendant les tâches quotidiennes plus aisées et sécurisées (ouverture des portes, achats...) pourrait intéresser les personnes dépendantes ou en situation de handicap.

Des facteurs non négligeables pourraient toutefois freiner ce développement :

  • Les risques sanitaires : des progrès devront être faits dans la conception des objets implantés dans le corps, qui ne sont pas biocompatibles et sont rejetés après un certain temps d’utilisation. Des risques allergiques peuvent aussi survenir. Par ailleurs, des processus devront être mis en place pour pallier d’éventuels accidents, notamment suite à une contamination par des matières dangereuses présentes dans les composants (batteries).
  • Cybersécurité : les objets étant connectés, les risques de piratage ne sont pas à exclure. Une expérience scientifique menée en Grande-Bretagne par l’université de Reading a montré les risques de contamination par virus informatique de ces puces sous-cutanées[5].
  • La technologie : les capacités techniques, notamment en termes de batterie, devront encore être améliorées.
  • La réglementation : les pouvoirs publics pourraient mettre en place une réglementation contraignante suite à l’observation de dérives (sécurité, vie privée...).
  • L’éthique : l’utilisation de ces implants dans le monde du travail ou pour certaines activités de loisirs pourrait entraîner des dérives avec un risque d’intrusion dans la vie personnelle des individus.
  • L’acceptabilité : les individus pourraient rejeter ces technologies du fait des risques pour la santé et des risques d’atteinte à la vie privée.


[1] GUyOT Vivien, « Bionic yourself, l’implant connecté pour suivre son activité et sa santé », Webdesobjets.fr, 28 septembre 2014. URL : http://webdesobjets.fr/bionic-yourself-limplant-connecte-suivre/#Bb6I24tt4iBDiyEq.99. Consulté le 22 août 2016.

[2] « Mort du quatrième patient greffé du coeur artificiel de Carmat », Le Monde, 21 janvier 2016. URL : http://lemonde.fr/sante/article/2016/01/21/mort-du-quatrieme-patient-greffe-du-c-ur-artificiel-de-carmat_4850749_1651302.html.   Consulté le 22 août 2016.

[3] GARDIER Stephany, « Un minilaboratoire sous la peau », Le Figaro, 20 mars 2013. URL : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/03/20/20087-minilaboratoire-sous-peau. Consulté le 22 août 2016.

[4] MARCHAND Leila, « Google imagine des lentilles de contact implantables dans l’oeil », Les Échos, 2 mai 2016. URL : http://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/021895327848-google-imagine-des-lentilles-de-contactdirectement-implantables-dans-loeil-1218961.php. Consulté le 22 août 2016.

[5] « Contamination par virus informatique des implants électroniques placés dans le corps humain dans un but thérapeutique », Question écrite n° 14223 de Mme Marie-Thérèse Hermange (Paris - UMP) publiée dans le JO Sénat du 01/07/2010 et réponse du Secrétariat d’État chargé de la santé publiée dans le JO Sénat du 17/02/2011. URL : https://www.senat.fr/questions/base/2010/qSEQ100714223.html. Consulté le 22 août 2016.