CR colloque

Éducation

« Structure et tendances du paysage universitaire dans les pays de l’OCDE : quels enseignements pour la France ? »

La séance d’ouverture du cycle de séminaires du CAS (Centre d’analyse stratégique) consacré à l’avenir du paysage universitaire français a eu lieu le 5 mars 2012. Elle avait pour but de saisir les forces et les faiblesses du système universitaire français à la lumière du contexte international.

La première intervention a été réalisée par Stéphan Vincent-Lancrin, chef de projet à l’OCDE : il présente les grandes tendances de l’enseignement supérieur dans les pays de l’organisation. Il a notamment cité l’accroissement des taux de participation des étudiants à l’enseignement supérieur, l’augmentation de la mobilité des étudiants, une préoccupation croissante quant à l’insertion professionnelle, la persistance d’un financement majoritairement public ainsi que la tendance à l’autonomisation des universités.

Quatre scénarios ont alors été imaginés par l’OCDE à l’horizon 2025. Les deux premiers scénarios s’opposent : l’un envisage la création d’un réseau universitaire international dense tissé entre les établissements, les universitaires et les étudiants à travers le monde. Le deuxième imagine, au contraire un rejet de l’internationalisation avec une forte implantation régionale des universités. Les deux derniers scénarios décrivent l’acquisition d’une plus grande autonomie pour les universités et une libéralisation totale du système universitaire.

Olivier Lefebvre, sous-directeur des systèmes d’information et des études statistiques à la DGESIP (Direction générale de enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle), revient sur les grandes tendances de l’enseignement supérieur en France.

Comme dans les autres pays de l’OCDE, le nombre d’étudiants du supérieur s’accroît en France : en 1960, 310 000 étudiants étaient inscrits dans l’enseignement supérieur contre 2 320 000 en 2010. À partir de 2018, le pays compterait plus de 2,5 millions d’étudiants du supérieur. Olivier Lefebvre constate également une offre de formation toujours plus diversifiée, une hausse de la proportion d’étrangers dans le supérieur (8 % en 2000 contre 12 % en 2011) et une augmentation des ambitions chez les bacheliers : en 2002, 35 % des bacheliers déclarent vouloir atteindre le niveau bac+5, contre 48 % en 2008.

À noter aussi qu’en France, la croissance démographique se maintiendrait : entre 2010 et 2025, le nombre de 15-24 ans pourrait augmenter de 1 % alors qu’il diminuerait de 9 % dans les pays de l’Union européenne. Ce dynamisme pourrait être un avantage pour la France si elle sait tirer partie de ses diplômés.

Enfin, une table ronde sur l’évolution de l’enseignement supérieur français et international a réuni plusieurs professionnels et experts du monde universitaire. Andrée Sursock (Senior Adviser, European University Association) souligne les spécificités de l’université française. Elle constate que la France est en queue de peloton concernant la mise en place de l’autonomie : alors que l’évaluation interne a été mise en place dans 60 % des universités de l’UE, ce taux s’élève à 28 % en France.

Françoise Guégot (députée de Seine-Maritime) affirme que la réforme des universités est nécessaire dans un contexte d’internationalisation des études. Selon elle, il faut avancer sur les questions de l’évaluation et de la sélection à l’université, deux critères d’appréciation de l’excellence. L’insertion professionnelle doit également être prise en compte dans la reconstruction de l’université, notamment grâce à l’orientation tout au long des études.

Selon Louis Vogel (président de la Conférence des Présidents d’Université), le système universitaire français doit se plier à la tendance internationale tout en gardant sa spécificité : il faut conserver l’absence de sélection à l’entrée à l’université, mais il faut améliorer l’orientation pour ne pas que les études supérieures soient un choix par défaut. La recherche de l’excellence pourrait passer par la création de campus regroupant universités, grandes écoles et instituts de recherche (les Ide