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« Les signaux faibles : nouvelles grilles de lecture du monde »

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Le 19 janvier dernier, l’agence AdGENCY Experts a organisé ses premières rencontres Interférences, consacrées aux signaux faibles. Le colloque a réuni de nombreux experts de la veille, de la prospective, mais aussi des sociologues et des consultants.

Une première table ronde sur la complexité croissante des sociétés et sa gestion par les entreprises, a réunit Edgar Morin (sociologue), Michel Maffesoli (directeur de la revue Sociétés) et Clara Gaymard (présidente de General Electric France).
Edgar Morin a fait le constat de la faillite d'une prospective qui se bornait à transposer dans le futur les grandes tendances du présent. Selon lui, toutes les grandes transformations commencent par des signaux faibles, qui peuvent d'abord être considérés comme des déviances, mais qui vont progressivement s'enraciner. Mais une déviance ne devient pas toujours une tendance lourde, elle peut disparaître avant, si le contexte ne lui est pas favorable : toute la difficulté consiste alors à savoir distinguer ces cas.
Ainsi, la mondialisation est une tendance lourde, mais il s'agit d'un phénomène largement incontrôlé qui pourrait générer un certain nombre de catastrophes. Cependant, rien n'indique qu'elles vont finalement se produire alors que, parallèlement, d'autres tendances émergentes qui apparaissent pour l'instant très improbables pourraient finalement avoir des impacts majeurs. Par ailleurs, des signaux qui sont pourtant très forts sont de moins en moins visibles ou de moins en moins perçus.
Clara Gaymard a ainsi rappelé que la crise de 2007 a éclaté aux États-Unis, là où étaient concentrés toutes les richesses et tous les savoirs. Il ne s’agit donc pas d’une crise liée à l’ignorance, mais plus à l’overconfidence, ou l’arrogance. En l’occurrence, ce ne sont pas les signaux faibles qui ont été négligés, mais les signaux forts, notamment la dette des États qui s’accumulait.
Selon elle, nous entrons aujourd’hui dans un nouveau monde, pourtant nous continuons à essayer d’appliquer les solutions du passé pour résoudre les nouveaux problème.
Selon Michel Maffesoli, l’économie ne doit plus être au cœur des réflexions sur le monde actuel et sur l’avenir, car la crise actuelle n'est pas uniquement économique, elle est beaucoup plus globale et plus complexe.

La deuxième table ronde, avec Philippe Cahen et Alain Juillet, deux spécialistes de la veille, était consacrée à l’utilisation des signaux faibles en entreprise.
Selon Philippe Cahen, la prospective consiste à déconstruire un sujet pour mieux le réinventer. Il définit le signal faible comme un fait paradoxal qui inspire réflexion. Mais il n’existe pas de définition objective du signal faible, puisqu’il y a autant de signaux faibles que de personnes chargées de les identifier : chacun correspond à un regard différent posé sur le même fait, la même information. De même, ses impacts ne seront pas les mêmes selon les personnes et les entreprises considérées. Ces signaux permettent de repérer des évolutions et des ruptures très précocement, qu’il s’agisse de macrotendances ou d’évolutions plus limitées.
Dans tous les cas, le défi consiste à accepter de pouvoir se tromper dans le repérage de signaux faibles, mais aussi de réussir à partager ses intuitions et à les faire accepter.
Selon Alain Juillet, pour repérer des signaux faibles, il est donc indispensable de croiser différentes sources, même si la rapidité croissante de l’information complique ce recoupement et augmente les risques d’erreur.

Enfin, une table ronde sur l’anticipation en entreprise a été organisée avec quatre consultants, Carine Dartiguepeyrou, Saphia Richou, Maximilien Brabec et Philippe Gabilliet.
Ces experts ont mis l’accent sur les incertitudes croissantes auxquelles font face les individus et les entreprises, qui compliquent de plus en plus la prise de décision. Dans ce contexte, beaucoup d’entreprises recherchent de nouveaux outils pour penser l’avenir et imaginer des stratégies innovantes. Mais elles ont souvent du mal à se fixer des défis, à envisager des ruptures et les voies à suivre pour les réaliser.