Rapport

Ressources naturelles, énergie, environnement

World Energy Outlook 2017

Par

World Energy Outlook 2017
AIE (Agence internationale de l’énergie) , « World Energy Outlook 2017 », AIE / OCDE, 2017.

Dans son introduction au World Energy Outlook 2017, Fatih Birol, le directeur de l’AIE (Agence internationale de l’énergie), qualifie cette édition, la quarantième depuis 1977, d’« extraordinaire » car elle montre que le système énergétique mondial est remodelé par quatre tendances majeures : la réduction continue du coût des énergies « propres » ; l’importance croissante de l’électricité et des technologies numériques dans le secteur de l’énergie ; les changements significatifs en cours en Chine pour réduire l’intensité énergétique du pays ; le dynamisme de l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste aux États-Unis.

Ce nouveau rapport est structuré en trois parties précédées par une introduction méthodologique : la première fait le point en sept chapitres des grandes tendances du système énergétique mondial à l’horizon 2040, la deuxième (quatre chapitres) examine les perspectives pour le gaz naturel, enfin les quatre chapitres de la troisième partie sont consacrés à la Chine. Il est rappelé en introduction que l’AIE utilise deux scénarios : un scénario « Politiques courantes » ne prenant en compte que les décisions de politique énergétique mises en œuvre, un scénario central dit « Nouvelles politiques » qui tient compte d’inflexions à venir dans les stratégies énergétiques. L’AIE met aussi en avant un nouveau scénario, « Développement durable », intégrant les objectifs de l’Agenda 2030 de l’Organisation des Nations unies pour un développement durable, et des mesures volontaristes pour s’attaquer au problème du réchauffement climatique. L’AIE souligne que ses scénarios ne sont pas des prévisions mais des trajectoires vers un horizon énergétique possible en 2040 tenant compte d’un certain nombre d’hypothèses (par exemple une croissance économique mondiale de 3 % par an).

Le principal constat que fait la première partie sur la base du scénario central de l’AIE est le ralentissement de la croissance de la demande mondiale d’énergie primaire : elle ne croîtrait que de 2 % par an (elle baisserait en Europe et très légèrement aux États-Unis). La consommation de charbon atteindrait un plateau vers 2040 tandis que la croissance de la demande de pétrole faiblirait après 2025, celle du gaz, en revanche, restant élevée. Quant aux énergies non carbonées, leur croissance serait très forte : près de 50 % pour le nucléaire, 80 % pour les filières renouvelables (leur coût baisserait fortement), la demande d’électricité augmentant de 60 %. Le bilan CO2 de ce scénario n’est pas bon puisque les émissions associées aux filières énergétiques continueraient à croître jusqu’en 2040.

En revanche, le scénario « Développement durable » permettrait d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris de décembre 2015 (limiter le réchauffement climatique à 2 °C au maximum, par rapport à l’ère préindustrielle, d’ici 2100), les émissions de CO2 chutant très fortement vers 2020 avec la consommation de charbon ; il suppose une croissance plus forte des énergies renouvelables et une nette diminution de l’intensité énergétique (avec une croissance très rapide des véhicules électriques). Ce scénario permettrait d’atteindre les objectifs de l’Agenda 2030 : un accès universel de tous les habitants de la planète à une énergie moderne (aujourd’hui 1,1 milliard d’entre eux n’ont pas l’électricité).

L’AIE considère que le développement des énergies renouvelables (elles assureraient 40 % de la production électrique en 2040 dans le scénario central et 63 % dans le scénario volontariste) et l’amélioration de l’efficacité énergétique sont la clef de la « décarbonisation » de l’énergie. Elle fait également l’hypothèse que l’exploitation du gaz de schiste et de celle du pétrole dit de réservoir étanche (dont les schistes) va se poursuivre à un bon rythme aux États-Unis et que ceux-ci vont devenir des exportateurs majeurs de gaz et de pétrole. Le prix futur du baril de pétrole reste incertain, il serait de 83 dollars US en 2025 dans le scénario central, la demande restant forte, mais la montée en puissance de la voiture électrique pourrait le faire chuter.

Le rapport de l’AIE jette un coup de projecteur sur le gaz naturel qualifié d’énergie « pour toutes les saisons », dont la demande croîtrait de 45 % d’ici 2040, tirée par la consommation des pays en développement. Le gaz a l’avantage d’être d’un emploi commode dans tous les secteurs (l’industrie, le logement, voire les transports). Les États-Unis resteront de très loin le premier producteur mondial (leur production augmentant de 40 %) grâce au gaz de schiste ; la production mondiale de méthane extrait des gisements de charbon montant lentement. Le marché mondial du gaz sera probablement bousculé par cette poussée du gaz dont les exportations par voie maritime (du gaz naturel liquéfié, GNL) vont se développer, notamment à partir des États-Unis ; le marché du gaz serait plus flexible et plus diversifié. Son utilisation, notamment comme substitut au charbon dans les centrales thermiques pour la production électrique, contribuerait sans doute à résoudre l’équation climatique puisqu’il dégage 40 % de moins de CO2 que le charbon, mais à condition que les fuites de méthane, encore importantes sur les gisements, soient drastiquement réduites.

« Quand la Chine change, tout change », affirme l’AIE. La Chine (associée à l’Agence pour un programme de trois ans) change car le poids des industries lourdes diminue, son économie étant davantage tournée vers le marché intérieur et les services. Le scénario central de l’AIE avance pour la Chine une progression annuelle faible de la demande d’énergie primaire (1 %), avec une chute de 3,4 % de l’intensité énergétique. Le déclin du charbon (notamment sa production nationale) s’amorcerait peu avant 2030, accompagné par une forte croissance de la demande de gaz (4,3 % par an mais faible aujourd’hui). La Chine lance aussi une production de gaz de schiste, mais son avenir est incertain. L’électricité (une croissance de 70 % de la production) deviendrait la première énergie finale, dépassant la demande de pétrole qui atteindrait un plateau vers 2035. L’hydraulique, l’éolien, le solaire et le nucléaire assureraient la moitié de la production électrique (29 % en 2016) avec des taux de croissance impressionnants (un facteur 5 pour l’éolien et le nucléaire, et un facteur 15 pour le solaire). Les dirigeants de la Chine veulent lancer une « révolution énergétique », mais pour tenir ses engagements climatiques, le pays devra baisser fortement ses émissions de CO2, notamment celles du secteur énergétique, plombées par le charbon ; selon le scénario central de l’AIE, elles commenceraient à chuter à la fin des années 2020, mais plus tôt dans son scénario plus volontariste. On constate, enfin, que la Chine compte être présente dans toutes les nouvelles technologies énergétiques (la voiture électrique notamment) qui seront le fer de lance de ses exportations.

Ce nouveau rapport de l’AIE, comme les précédents, apporte une bonne moisson d’informations et de données, le lecteur y trouvera aussi un éclairage supplémentaire sur le rôle que pourrait jouer le gaz dans la transition énergétique et surtout un coup de projecteur sur la Chine, un pays clef de cette transition, et cela renforce son intérêt.

Site web
https://www.iea.org/weo2017/

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