Rapport

Économie, emploi - Géopolitique

What World Post-COVID-19? Three Scenarios

Par

What World Post-COVID-19? Three Scenarios
BURROWS Mathew J. et ENGELKE Peter , « What World Post-COVID-19? Three Scenarios », Atlantic Council, 2020.

Ce rapport est l’œuvre de deux chercheurs appartenant au département de prospective de l’Atlantic Council, un think-tank américain spécialisé sur les enjeux de sécurité internationale et d’économie mondiale. Il est construit en deux parties. La première constitue une synthèse par grandes régions du monde des conséquences sanitaires, économiques et politiques de la pandémie de Covid-19. La seconde élabore trois scénarios de sortie de crise Covid-19.

Nous proposons ici une synthèse des trois scénarios construits par l’Atlantic Council. Trois facteurs apparaissent fondamentaux aux auteurs afin d’atténuer la crise économique et de favoriser la reprise du commerce mondial.

— La coopération entre les États-Unis et la Chine est le moteur capable d’engager une démarche de coopération multilatérale à grande échelle, qui favoriserait la reprise de l’économie mondiale.

— L’augmentation rapide des échanges mondiaux est le seul moyen permettant aux pays pauvres dépendant des échanges de matières premières (notamment en Afrique, en Amérique latine et en Asie du Sud) de ne pas sombrer dans une situation de crise humanitaire.

— L’alliance entre la Chine et la Russie constitue un casus belli qui substituerait l’affrontement entre puissances rivales à la coopération internationale.

Scénario 1. La spirale négative

Dans ce scénario, les crises sanitaire et économique sont durables. La commercialisation d’un vaccin contre la Covid-19 est moins rapide que prévu et les tentatives visant une réponse internationale coordonnée à la crise, via les sommets des G7 et G20, sont infructueuses. Cette situation aggrave les tensions entre les États-Unis et la Chine. Les États-Unis, depuis la réélection de Donald Trump, multiplient les restrictions aux importations et les sanctions contre les entreprises chinoises, tandis que la Chine se concentre sur son marché intérieur afin de relancer l’économie nationale, en difficulté.

Les pays européens, après avoir ratifié un premier plan de soutien à l’économie communautaire, ne parviennent pas à s’entendre sur des mécanismes d’aide spécifiques pour les pays les plus touchés par la crise, notamment l’Italie. Ces divisions renforcent le clivage entre États du nord et du sud de l’Europe, et contribuent à paralyser l’Union européenne. Elles sont en outre accentuées par les divergences de vue s’agissant du conflit sino-américain, où une fracture est visible en Europe entre les soutiens « atlantistes » fidèles aux États-Unis et ceux vantant les aides matérielles apportées par la Chine pendant l’épidémie.

Les économies des pays les plus riches étant fortement ralenties par la crise, les échanges mondiaux ne recouvrent pas leur niveau d’avant-crise. Les prix des matières premières sont bas, affectant les économies dépendant des exportations de pétrole, de matières premières agricoles, etc. De fait, la pauvreté progresse partout dans le monde et la contestation sociale gagne en intensité.

La récession économique durable accentue les clivages entre grandes puissances. Les États-Unis renforcent leur position isolationniste, et une alliance entre la Chine et la Russie voit le jour afin de faire front contre la politique protectionniste américaine. L’éventualité d’un conflit ouvert entre les trois puissances est à son plus haut à l’horizon 2025.

Scénario 2. China First

L’économie chinoise est moins affectée que ses concurrentes par la récession économique mondiale. Souhaitant profiter de cette situation, la Chine multiplie les prêts à faible taux d’intérêt et les projets d’infrastructures à destination de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine. L’influence chinoise, hier régionale, change alors d’échelle et est désormais mondiale.

Les puissances occidentales sont fortement ébranlées par la crise économique et l’ampleur de la contestation sociale. Aux États-Unis, le président réélu Donald Trump décide l’instauration d’un impôt sur les plus hauts revenus, qui est également mis en place en Europe. La politique expansionniste de la Chine, et le rapprochement des puissances russe et chinoise renforcent l’alliance entre pays occidentaux. L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est alors réinvestie par l’Europe et les États-Unis, qui craignent une nouvelle guerre froide.

La crise économique ralentit durablement le commerce mondial et les prix des matières premières (hydrocarbures, produits agricoles, etc.) ne décollent pas. De fait, les pays du Golfe et les pays dépendant des flux de matières premières agricoles voient la contestation sociale s’amplifier. Des émeutes éclatent dans le Golfe, en Afrique du Nord et en Amérique latine. La Chine (et la Russie à une échelle moindre) applique la même politique d’influence en proposant aux pays en difficulté une aide financière. La Chine et la Russie s’imposent alors comme les nouveaux partenaires internationaux incontournables. La crise Covid-19 renverse donc l’équilibre géopolitique en consacrant la puissance chinoise au détriment de la puissance américaine.

Scénario 3. Une nouvelle Renaissance

La réunion des G7 et G20 sous l’égide d’un nouveau président américain facilite l’accord sur un plan de relance coordonné à l’échelle internationale. Ce dernier, en préconisant l’ouverture des frontières et la levée des barrières tarifaires, permet de limiter les effets de la crise économique. La diffusion d’un vaccin à moindre coût permet en parallèle d’endiguer l’épidémie de Covid-19.

La pandémie de Covid-19 suscite une prise de conscience mondiale s’agissant de la nécessité de disposer d’une institution internationale spécialisée dans la gestion des risques (sanitaires, climatiques et sécuritaires). Une nouvelle agence des Nations unies, bénéficiant du soutien des grandes puissances dont la Chine, est alors créée.

La gestion coordonnée des crises à l’échelle internationale souligne le regain du multilatéralisme comme mode de gestion des relations internationales. Certes, les tensions perdurent entre la Chine et les États-Unis, ou l’Europe et la Russie, au sujet des visées expansionnistes de ces pays. Mais des accords visant la coopération dans les affaires économiques, industrielles et climatiques sont signés. Les nouvelles routes de la soie, sous la pression de l’Europe, sont réorientées vers un nouveau plan Marshall à destination des pays en développement, qui agrège projets et capitaux chinois, américains et européens.

Site web
https://www.atlanticcouncil.org/wp-content/uploads/2020/07/What-World-Post-COVID-19.pdf

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