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Une Brève Histoire du cerveau. De l’âme au neurone

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Une Brève Histoire du cerveau. De l’âme au neurone
COBB Matthew , « Une Brève Histoire du cerveau. De l’âme au neurone », Dunod, 2021.

Voilà un livre ambitieux ! Et l’histoire n’est pas si brève : plus de 400 pages. Dans la première moitié, l’auteur fait œuvre d’historien. La démarche est claire : de l’âme au neurone. Comment on est passé des philosophes aux scientifiques. Il rend justice à des chercheurs dont le nom est aujourd’hui ignoré : Nicolas Sténon, Julien Offray de la Mettrie, Alfred Smee, David Ferrier ou Walter Pitts, et bien d’autres que l’on aimerait connaître un peu plus. L’avancée des connaissances suit les progrès scientifiques et technologiques, ce que l’auteur illustre en montrant les modèles de cerveau utilisés : depuis l’animal machine de Descartes, le cerveau pile galvanique, l’automate conscient de Huxley, le bureau téléphonique de Bergson, jusqu’au cerveau ordinateur de Von Neumann. Ces chapitres sont passionnants car on y voit se dessiner les rapports entre l’esprit et le cerveau. Ils soulèvent les grandes questions du matérialisme, de la séparation entre le fonctionnement du cerveau et les notions de conscience, de mémoire ou de libre arbitre.

Ces questions sont traitées dans la seconde partie du livre à la lumière des résultats les plus récents des neurosciences. Les références bibliographiques citent des publications des dernières années, jusqu’en 2020.

La première question abordée est celle de la mémoire. L’auteur la traite de manière chronologique en essayant de faire le point entre deux visions, la localisation entre des aires précises ou la distribution plus générale des souvenirs. De nombreux résultats ont été obtenus récemment, mais par des approches que leur complexité ne permet pas d’exposer clairement.

Le chapitre suivant, « Circuits », pose la question de l’organisation du cerveau en structures fonctionnelles représentant des niveaux hiérarchisés du traitement de l’information. L’organisation de ces structures forme le « connectome » dont la compréhension est pour certains la base du fonctionnement du cerveau.

Logiquement, le regard se tourne après vers les ordinateurs. On sait que l’intelligence artificielle a pris naissance dans les réseaux de neurones formels, inspirés de la biologie, et cet emprunt a induit des modèles de cerveau basés sur le fonctionnement des ordinateurs dont l’auteur discute la validité. Les apports de calculs théoriques et de l’intelligence artificielle complètent ce chapitre.

Ce que les connaissances doivent à la chimie sont ensuite évaluées. Dans la phase initiale (1950-1980), elle a été importante avec la découverte des neurotransmetteurs, puis des peptides neurotransmetteurs et des drogues agissant sur la neurotransmission : depuis la réserpine, le LSD et les opioïdes, jusqu’aux médicaments traitant la dépression. Mais le parti pris de l’auteur est pessimiste et il considère que ces connaissances n’apportent rien sur le fonctionnement du cerveau et son rapport avec l’esprit. Il prend pour cibles les antidépresseurs et relève que la méconnaissance de diagnostic précis conduit à ne pas avoir de thérapeutique efficace. Il prolonge ce point de vue par une critique de la validité de la génétique dans la compréhension du fonctionnement et des dysfonctionnements du cerveau humain.

Le pessimisme de l’auteur s’exerce ensuite contre l’utilisation de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) fonctionnelle pour établir la localisation des activités cérébrales. Ni la technique, considérée comme grossière tant sur le plan spatial que sur le plan temporel, ni le principe de localisation, qui propose que le cortex cérébral comporte des aires dédiées à des fonctions, ne trouvent grâce à ses yeux. Il plaide pour une distribution du fonctionnement du cerveau dont les techniques d’imagerie ne peuvent pas rendre compte.

C’est ensuite sur la compréhension de la conscience que s’exprime le scepticisme de l’auteur. Faisant le tour des théories proposées depuis 1950, il conclut que « tout cela n’est à ce jour que spéculation » et il propose aux chercheurs de suivre la recommandation de Francis Crick, l’un des pères de la double hélice (ADN), de se concentrer sur les aspects abordables de la conscience.

Le livre se termine par un chapitre « Futur » et, cohérent avec lui-même, l’auteur considère que la recherche actuelle est trop ambitieuse et qu’elle devrait revoir ses objectifs, par exemple en travaillant sur des systèmes nerveux d’organismes simples. Sur la quatrième de couverture, le livre reçoit des compliments hyperboliques. Il est élu « Livre de l’année » par le Sunday Times. Je pense que son appréciation dépendra des connaissances du lecteur. Pour un non-spécialiste qui découvre les neurosciences, ce livre sera riche de découvertes, pas toujours d’approche facile. Il appréciera vraisemblablement la démarche critique organisée autour du problème du passage du cerveau à l’esprit, de l’objectif au subjectif. Un spécialiste sera, quant à lui, choqué de lire que la compréhension du cerveau semble enfoncée dans une impasse. Les arguments avancés sont parfois justifiés, mais ils peuvent aussi relever d’un parti pris.

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