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Un million de révolutions tranquilles

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« Un million de révolutions tranquilles », Les liens qui libèrent, 2012.

Pendant que les grands de ce monde réfléchissent aux solutions à mettre en œuvre pour répondre aux grands enjeux mondiaux, des individus agissent, au quotidien et affrontent à leur manière ces défis : c’est en substance le message de la journaliste Bénédicte Manier dans cet ouvrage. Elle y recense en effet des initiatives menées partout dans le monde dans les secteurs de l’eau, des coopératives, de l’agriculture, de la consommation, de l’économie, de l’énergie et de l’habitat.

Elle présente ainsi des projets imaginés dans des pays pauvres pour améliorer l’accès des populations à l’eau potable.

Elle s’intéresse ainsi aux coopératives qui, bien que peu étudiées, restent très présentes dans de nombreux pays, puisqu’elles emploient 100 millions de salariés dans le monde, soit 20 % de plus que les multinationales. Elles sont de tailles très variées et sont présentes dans des secteurs très divers, de l’agriculture à la banque, en passant par l’assurance et l’industrie. Le modèle coopératif tend même à se développer depuis une dizaine d’années, notamment en réponse aux dérives du modèle capitaliste. En Argentine, des ouvriers se réapproprient leurs usines menacées de fermeture et relancent leur activité (recuperadas). En France, le nombre de Scop (sociétés coopératives et participatives) a augmenté de 37 % en 10 ans. Les coopératives se révèlent souvent plus robustes face aux aléas économiques, et permettent de mieux répartir le capital entre les salariés, même si elles doivent aussi réussir à se développer en restant fidèle à leurs valeurs.

Parallèlement, de nouveaux modes de consommation émergent dans les pays occidentaux, et font d’ailleurs l’objet de nombreuses études : achat de produits en circuits courts, ouverture de commerces locaux par des habitants, consommation collaborative (achat, vente et échanges entre particuliers), réseaux d’échanges de services et de savoirs... Actuellement, près de 30 millions d’Européens appartiendraient à une coopérative de consommateurs. Toutes ces pratiques traduisent la recherche d’une consommation alternative aux circuits de distribution classique, qui permette à la fois de dépenser moins et d’offrir plus qu’une simple satisfaction matérielle.

Dans le domaine de l’agriculture, Bénédicte Manier recense quelques-unes des nombreuses initiatives d’agriculture urbaine qui ont vu le jour ces dernières années, notamment depuis le début de la crise économique. Alors que le chômage et les expulsions vident certaines villes américaines, des habitants décident de cultiver des parcelles de terre inutilisées et de distribuer gratuitement les fruits et légumes produits, afin de renforcer la cohésion sociale locale. Partout dans le monde, les projets de potagers urbains se multiplient dans les jardins, les balcons ou sur les toits.

Dans le secteur bancaire aussi, des modèles alternatifs voient le jour pour permettre aux individus de mieux contrôler l’usage qui est fait de leurs économies, et pour proposer des modes d’épargne éthique et responsable. Ce sont par exemple des banques coopératives, des Cigales en France (groupes de citoyens qui investissent dans l’économie locale) ou des banques communautaires dans les pays émergents.

Enfin, Bénédicte Manier s’intéresse aux projets menés dans le secteur énergétique, afin d’améliorer l’accès des populations des pays pauvres aux énergies renouvelables.

Cet ouvrage fourmille donc d’exemples d’initiatives « par le bas », menées par de simples citoyens pour améliorer leur quotidien. Dommage cependant que l’auteur ne s’interroge pas sur les limites de ces projets en terme de diffusion et d’impact.

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