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Un Futur renouvelable. Tracer les contours de la transition énergétique

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Un Futur renouvelable. Tracer les contours de la transition énergétique
HEINBERG Richard et FRIDLEY David , « Un Futur renouvelable. Tracer les contours de la transition énergétique », Écosociété, 2020.

Dans Un Futur renouvelable, les deux auteurs, nord-américains, établissent un état des lieux précis et très documenté (références académiques ou littérature grise…) des enjeux énergétiques, plus particulièrement à partir du point de vue américain. Ils esquissent à grands traits ce qu’une société fonctionnant intégralement à partir d’énergies renouvelables pourrait signifier concrètement, et en quoi un monde d’énergies renouvelables serait fondamentalement différent de notre monde actuel. Pour reprendre leurs mots, cela ne peut se résumer « à débrancher des centrales au charbon pour les remplacer par des panneaux solaires ».

Les auteurs, journaliste (Richard Heinberg) et chercheur au Lawrence Berkeley National Laboratory (David Fridley), sont membres du Post Carbon Institute, think-tank américain plaidant pour une transition énergétique depuis 2003. Ils écrivent donc dans un contexte nord-américain qui constitue la référence et leur territoire de prédilection dans l’ouvrage. Cependant, les similitudes entre le contexte nord-américain et celui de nombreux pays industrialisés en font un point de comparaison intéressant à de nombreux égards.

Matthieu Auzanneau, directeur du Shift Project, a rédigé la préface de l’ouvrage. Au-delà des félicitations d’usage envers les auteurs dans cet exercice, notamment sur l’aspect didactique de leur travail, il rappelle une divergence sur la place que le nucléaire pourrait jouer dans la transition.

L’ouvrage a en effet le mérite de faire preuve d’une grande pédagogie dans ses premiers chapitres, avec nombre de définitions (thermodynamique, énergie primaire, finale, densité énergétique, analyse de cycle de vie, taux de retour énergétique…) et de graphiques bienvenus pour mettre en perspective leur propos, et permettre à un large lectorat de comprendre les tenants et aboutissants de la transition énergétique, ainsi que les ordres de grandeur et questions d’échelle sur lesquels les auteurs insistent tout au long de leur travail. On pourra regretter que les données pour décrire les dynamiques soient parfois un peu datées, du début des années 2010 souvent, alors que les dynamiques à l’œuvre concernant les énergies éolienne et solaire sont proprement considérables comme les auteurs eux-mêmes le rappellent. L’édition originale en anglais datant de 2016 explique cela [1].

Une fois ces éléments préalables posés, une partie essentielle de l’ouvrage est consacrée aux énergies renouvelables électriques, qui connaissent les plus fortes dynamiques et représentent le plus fort potentiel de croissance : l’éolien et le solaire. Même si les auteurs prennent bien les précautions pour rappeler que la transition énergétique n’est pas seulement la transition électrique, au vu des potentiels d’électrification et de la possibilité de produire de l’électricité décarbonée, l’électricité est un vecteur énergétique clef pour conduire la transition énergétique dans son ensemble.

Au-delà du système énergétique, qui constitue bien l’usage principal des énergies fossiles (charbon, gaz et pétrole), le travail d’inventaire des auteurs a le mérite de tirer tout le fil de ce qu’un monde intégralement renouvelable signifierait. Car les énergies fossiles ne servent pas seulement à « produire » de l’énergie (pour se déplacer, se chauffer, faire tourner les usines…), elles permettent aussi de produire tout notre monde : biens manufacturés, alimentation avec engrais, mais encore et surtout les infrastructures (et c’est ce point qui est souvent occulté ou oublié dans les visions prospectives). De manière triviale, comment fabrique-t-on du solaire avec du solaire, des éoliennes avec des éoliennes ? C’est bien tout cela qu’il convient de considérer lorsque l’on veut tracer les contours de la transition énergétique, comme le sous-titre nous y invite.

La dernière partie de l’ouvrage est consacrée à dessiner les responsabilités des uns et des autres : gouvernements, citoyens, entreprises, collectivités, coopératives… Certains outils, comme la fiscalité environnementale ou les quotas carbone ou énergétiques, sont abordés, mais de manière trop rapide pour qu’un lecteur non averti en saisissent les principales implications (efficacité, solidarité, coercition…).

En conclusion, Richard Heinberg et David Fridley rappellent leurs principaux messages : tirer le fil de la transition revient à interroger l’ensemble de nos systèmes productifs et modes de vie ; tout est relié. Un monde massivement renouvelable sera un monde forcément moins énergivore. Les ressources fossiles ne doivent pas être allouées selon de simples principes de marché, à l’avenir, mais selon des choix politiques, notamment pour certains usages où les substitutions risquent de se révéler très difficiles (par exemple, pour le secteur agricole au détriment du tourisme aérien). Ce « triage » des énergies fossiles que les auteurs appellent de leurs vœux pourrait, sous une forme très pragmatique, être opéré via une fiscalité carbone différenciée selon les usages : ne pas taxer une unité énergétique uniquement en fonction de son contenu carbone, mais aussi en fonction de son utilité sociale.

Les auteurs constituent des voix intéressantes, notamment dans un moment où les engagements nord-américains dans la transition sont plus que mis à mal. L’ouvrage ayant été écrit en version anglaise en 2016, dans une version actualisée en 2021, on peut se demander comment les auteurs regarderaient les dernières années passées à l’aune de leurs attentes et ambitions présentes dans Un Futur renouvelable.



[1]Our Renewable Future: Laying the Path for One Hundred Percent Clean Energy, Santa Rosa, Californie : Post Carbon Institute, 2016.