Rapport

Ressources naturelles, énergie, environnement

Transition(s) 2050. Choisir maintenant, agir pour le climat

Par

Transition(s) 2050. Choisir maintenant, agir pour le climat
ADEME (Agence de la transition écologique) , « Transition(s) 2050. Choisir maintenant, agir pour le climat », ADEME, 2021.

L’ADEME a publié, fin novembre, son rapport proposant quatre scénarios permettant à la France métropolitaine d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 (une augmentation de la température moyenne de 2,1 °C à la fin du siècle par rapport à 1976-2005). Cet exercice de prospective est l’aboutissement de deux années de travaux d’une centaine d’experts mobilisés par l’Agence. Les scénarios sont conçus comme un récit faisant intervenir un jeu de variables sociétales (alimentation, santé, rôle de l’État, etc.) et transformé en hypothèses quantitatives à l’aide de modèles. Ils proposent tous des évolutions pour les principaux secteurs émetteurs en France (logement, agriculture, transport, industrie…). Toutefois, l’ADEME a choisi de construire ses scénarios avec deux critères clefs : l’énergie et les émissions de gaz à effet de serre.

Le premier scénario, « Génération frugale », envisage une société avec des modes de vie marqués par une sobriété choisie, mais aussi avec des contraintes : une division par trois de la consommation de viande, une rénovation massive de l’habitat et une limitation forte de la construction neuve, une réduction d’un tiers des kilomètres parcourus par personne. La priorité serait accordée à la low-tech avec un numérique « collaboratif » (la consommation d’énergie par les data centers étant stabilisée), et une réutilisation des objets et des équipements. Les territoires joueraient un rôle important dans la mobilisation des ressources, avec une priorité à la « démétropolisation » et au développement des villes moyennes. La production industrielle serait plus locale, au plus près des besoins (70 % de l’acier, de l’aluminium, du verre et des plastiques proviendraient du recyclage).

Le deuxième scénario, « Coopérations territoriales », fait l’hypothèse d’une évolution soutenable des modes de vie avec une économie du partage, une préservation de la nature inscrite dans le droit, et il privilégie la dimension territoriale de la gouvernance. Il suppose une division par deux de la consommation de viande, une rénovation massive de l’habitat avec une cohabitation plus développée, une mobilité maîtrisée (près de la moitié des trajets effectués à pied ou à vélo), des investissements massifs dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, le numérique devant être mobilisé au service du développement territorial. Sa gouvernance serait partagée avec une coopération entre acteurs publics, privés et territoires. Une planification énergétique territoriale et une reconquête démographique des villes moyennes seraient mises en œuvre, ainsi qu’une fiscalité environnementale. Priorité serait donnée à une « réindustrialisation » des secteurs clefs, en lien avec les territoires avec une plus forte production en valeur (80 % de l’acier, de l’aluminium, du verre et des plastiques recyclés).

Le troisième scénario, « Technologies vertes », mise sur les techniques pour assurer une croissance verte : plus de nouvelles technologies que de sobriété avec un consumérisme vert, une optimisation des services rendus par la nature, et une société connectée. La consommation de viande ne baisserait que de 30 % (mais avec un tiers de bio), seule la moitié des logements serait rénovée au niveau « bâtiment basse consommation », les kilomètres parcourus augmenteraient de 13 % par personne mais avec un développement important du télétravail, l’État investissant dans les infrastructures pour la mobilité. Les technologies les plus compétitives pour décarboner l’énergie seraient prioritaires (60 % de l’acier, de l’aluminium, du verre et des plastiques produits par recyclage) mais les data centers consommeraient 10 fois plus d’énergie. La métropolisation jouerait un rôle important avec un État planificateur assurant une régulation minimale pour les acteurs privés et une fiscalité carbone ciblée.

Le quatrième et dernier scénario, « Pari réparateur », maintiendrait les modes de vie actuels sans contraintes majeures. Il serait rendu possible d’une part grâce au progrès technique, d’autre part par la remise en cause de certains objectifs inscrits dans la loi (division par deux de la consommation d’énergie, aucune artificialisation nette des sols). La consommation de viande serait stable (complétée par des protéines végétales ou de synthèse), la construction neuve se maintiendrait avec des équipements ménagers plus performants énergétiquement. La mobilité augmenterait (28 % en plus de kilomètres parcourus par personne) avec une forte électrification et l’utilisation de biocarburants. L’économie, dans un contexte mondialisé, mais avec une coopération internationale forte ciblée sur des filières clefs, progresserait avec des innovations tous azimuts et la R&D (les data centers consommeraient 15 fois plus d’énergie qu’en 2020), l’industrie se décarbonerait en misant notamment sur le captage et le stockage géologique du CO2 (recyclage de 45 % de matériaux de grande consommation). L’État mettrait en place une planification centralisée du système énergétique avec une fiscalité carbone minimaliste et ciblée.

L’ADEME a analysé en détail une quinzaine de secteurs (les bâtiments, la mobilité, l’alimentation, l’industrie, la production agricole et forestière, la production d’énergie, les puits de carbone, etc.) afin d’évaluer leur contribution aux objectifs des scénarios (basés tous sur l’hypothèse d’une croissance économique annuelle de 1,3 %). Elle en dresse ainsi un bilan comparé avec un tableau d’une vingtaine d’indicateurs importants (l’énergie, l’impact sur le climat, les ressources) qui en facilite la lecture. Ainsi, s’agissant de l’énergie, tous les scénarios font l’hypothèse d’une baisse de la consommation finale d’énergie entre 2015 (1 772 térawattheures) et 2050 (cette baisse serait de 55 % dans le premier scénario et de 23 % dans le quatrième). La part d’électricité dans la consommation finale s’accroît dans tous les scénarios par rapport à aujourd’hui (27 %), elle se situe dans une fourchette de 42 % pour le premier à 56 % pour le quatrième. Les énergies renouvelables deviennent majoritaires dans la consommation finale d’énergie dans tous les scénarios (70 %-88 %) qui « prévoient » tous une réduction drastique de la consommation primaire d’énergies fossiles (comprise entre 79 % et 96 %). Dans ce rapport, l’ADEME ne propose pas de scénarios pour le mix électrique du futur, un point critique des débats actuels, mais elle envisage de les publier début 2022.

Demande finale énergétique par vecteur en 2015 et 2050 (avec usages non énergétiques et hors soutes internationales), selon les quatre scénarios ADEME

Source : ADEME, p. 11.

Avec son rapport et son exercice de prospective, l’ADEME apporte une contribution incontestablement importante au débat sur la transition énergétique et écologique. Elle reconnaît que ses scénarios pour atteindre la neutralité carbone reposent sur des paris humains et techniques importants, et souligne que la sécurité énergétique de la France est à reconstruire. Elle fait en particulier le pari que les énergies renouvelables monteront en puissance sans difficultés, qu’il sera possible de décarboner massivement l’énergie et l’industrie, en recourant aux puits de carbone, tout en développant les biocarburants et le vecteur hydrogène. Ce travail, souligne-t-elle, est inachevé et sa saga énergétique sera complétée par une série de « feuilletons », au début de 2022, sur des questions importantes comme le mix électrique et les métaux indispensables à la transition énergétique. L’ADEME a le mérite de reconnaître aussi les limites de son exercice, ainsi ne prend-elle en compte ni les impacts des scénarios sur la biodiversité et les ressources en eau, ni l’éventualité de crises et de ruptures. Ajoutons aussi que si l’ADEME passe de nombreuses technologies sous son microscope, elle laisse dans l’ombre la plupart des verrous techniques existants et qui ne peuvent sauter qu’au prix d’un important effort de R&D mobilisant de nombreux acteurs. 

Site web
https://librairie.ademe.fr/cadic/6531/transitions2050-rapport-compresse.pdf?modal=false