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The Globotics Upheaval: Globalisation, Robotics and the Future of Work

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The Globotics Upheaval: Globalisation, Robotics and the Future of Work
BALDWIN Richard , « The Globotics Upheaval: Globalisation, Robotics and the Future of Work », Weidenfeld & Nicolson, 2019.

L’incidence de l’automatisation dans l’industrie a été très importante et Richard Baldwin, un expert de l’économie de la mondialisation, s’interroge dans ce livre sur l’impact qu’aura l’alliance de la globalisation et de la robotisation (au sens large du terme), la « globotics », sur l’emploi dans les services.

Richard Baldwin rappelle que la première vague d’automatisation a été introduite par des robots qui, exécutant des tâches manuelles (dans une usine d’automobiles, par exemple), se substituaient à des emplois. Aujourd’hui, ce sont les techniques numériques, notamment l’intelligence artificielle, qui vont être utilisées dans des bureaux où l’on traite des documents et des données, et dans des services d’aide aux personnes, et bouleverser le marché de l’emploi. La première partie du livre rappelle les antécédents de cette nouvelle transition. Au XIXe siècle, l’Occident a connu une première « grande transformation » avec l’avènement de la machine à vapeur, à l’origine de la première révolution industrielle : elle déplaça des emplois agricoles vers l’industrie, non sans crises et périodes de chômage, notamment dans les années 1930. Après la Seconde Guerre mondiale, le paysage économique a changé. L’automatisation et la délocalisation des centres de production des pays occidentaux vers les pays émergents (les pays du G7 n’assuraient plus que 47 % de la valeur ajoutée industrielle en 2010 contre 65 % en 1990) conduisirent à un lent déclin de l’emploi industriel au profit des activités de service qui, aujourd’hui, sont touchées, elles aussi, par la vague d’automatisation.

La seconde « grande transformation », celle de la globotics (que l’on pourrait traduire par le néologisme « globotique » en français), est l’objet de la deuxième partie du livre ; elle survient à l’improviste car, le progrès du numérique ayant été exponentiel, son impact sur l’emploi n’est tangible que depuis le début de cette décennie. La loi de Moore — un doublement biennal de la puissance des ordinateurs — atteint ses limites, mais le progrès technique permettra, peut-être, de poursuivre cette course à la puissance. Qui plus est, l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives. En effet, grâce à l’apprentissage automatique (le machine learning), des machines apprennent à réaliser de nouvelles tâches (recherche de textes, de documents dans des bases de données, traduction automatique, réponse à des questions simples, etc.) qui sont au cœur des activités de service. Elles ne se substitueront pas totalement à des emplois salariés mais, jouant un rôle d’assistant auprès d’employés de bureau, elles libéreront des postes de travail occupés par des salariés à plein temps. Certaines de ces activités pourront être délocalisées dans des pays du Sud, où il existe une main-d’œuvre moyennement qualifiée à faible coût salarial. La globalisation des économies, associée aux techniques numériques, provoquera ce que l’auteur appelle une « télémigration », un télétravail à l’échelle planétaire.

La globotique pourrait ainsi toucher les professions du droit, de la propriété intellectuelle, du journalisme, etc., exercées par une partie des classes moyennes. Si l’utilisation de télérobots androïdes (un salarié d’une entreprise est représenté dans une discussion par un sosie robotisé dans une salle située aux antipodes de son bureau) qu’imagine l’auteur n’est probablement pas promise à un grand avenir, les téléconférences étant une solution plus simple et moins coûteuse, en revanche la robotisation de tâches répétitives d’analyse de documents qu’exécutent des moteurs de recherche est probablement inéluctable dans des services juridiques et financiers qui utiliseront des algorithmes de plus en plus perfectionnés, voire dans des centres de tri et d’expédition d’objets (Amazon et une pharmacie d’hôpital utilisent déjà ces techniques).

L’auteur consacre un chapitre à la quantification de l’impact de l’automatisation sur l’emploi, une question difficile, en se référant, notamment, aux travaux de chercheurs d’Oxford (Carl Frey et Michael Osborne) et de McKinsey. À partir d’une évaluation précise des tâches susceptibles d’être automatisées, répertoriées dans la base de données des emplois du Bureau du travail aux États-Unis, 702 tâches sur un total de 903 avaient été retenues (certains emplois étant multitâches) ; les chercheurs d’Oxford ont estimé, en 2013, que 47 % des emploisétaient menacés d’automatisation dans ce pays. McKinsey estime, pour sa part, que 60 % des emplois se trouvent dans des professions où au minimum 30 % du travail est automatisable. Sur ces bases, l’auteur estime que ce sont les emplois administratifs, de manipulation d’objets, de la vente au détail, de la construction, de la restauration (les tables figurant au guide Michelin étant épargnées, on peut l’espérer…) et de certains services médicaux qui seront les plus touchés. Des emplois liés à l’éducation, à la gestion et aux services à la personne, ou à haute technicité, sont relativement protégés. L’auteur est peu prolixe sur les créations de nouveaux emplois qui compenseront, sans doute partiellement, ces suppressions (la conception d’algorithmes, la télémédecine par exemple).

En fin de compte, où va-t-on, s’interroge l’auteur ? Le bouleversement qu’apporte cette nouvelle transformation du travail (d’où le titre de son livre) peut déboucher sur plusieurs situations : des crises comme celle des luddites au début du XIXe siècle ? Des mouvements de protestation et des grèves comme dans les années 1930 (qui ont débouché sur l’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne) ? Une politique « agile » protégeant à la fois des emplois abrités et préparant les mutations par la formation ? Tout dépendra, répond-il, du rythme de la destruction des emplois et des politiques d’accompagnement. L’automatisation risquant de détruire la solidarité sociale, une situation où des chômeurs au statut précaire cohabiteront avec des salariés occupant des emplois protégés ou bien payés dans les professions à haute technicité, sera sujette à de fortes tensions ; une situation dangereuse qui peut être évitée, espère l’auteur, si le rythme de la destruction des emplois est maîtrisé et si les travailleurs perdant leur emploi bénéficient d’une protection (des garanties salariales). Le « futur ne prend pas rendez-vous », affirme-t-il en guise de conclusion ; la société doit donc se préparer au nouveau bouleversement du travail, en faisant une transition vers une économie plus locale et plus communautaire préservant l’artisanat et le service aux personnes, et surtout en misant sur des emplois qui requièrent des compétences que n’auront pas les robots. Il faut protéger les travailleurs et non les emplois, en promouvant l’adaptation aux nouvelles techniques par la formation.

Richard Baldwin reprend les analyses de l’impact socio-économique de l’automatisation proposées, ces dernières années, par plusieurs auteurs anglo-saxons, pour envisager plus spécifiquement les bouleversements que les techniques numériques vont occasionner dans les services où se trouvent concentrés les emplois. C’est ce qui fait son intérêt. Il ne décrit certes pas un avenir apocalyptique pour l’emploi, mais il met en garde les décideurs contre les risques de l’inaction. L’auteur privilégie une politique dite de « flexisécurité », pratiquée par les pays scandinaves, mais on aurait aimé qu’il ébauche des propositions plus précises.

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