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Si le temps le permet. Enquête sur les territoires du monde anthropocène

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Si le temps le permet. Enquête sur les territoires du monde anthropocène
CORDOBES Stéphane , « Si le temps le permet. Enquête sur les territoires du monde anthropocène », Berger Levrault, 2020.

Stéphane Cordobes, fidèle collaborateur de Futuribles depuis de nombreuses années et conseiller scientifique de notre association, est philosophe, géographe et photographe. Il a dirigé l’activité prospective de la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR), puis du Commissariat général à l’égalité des territoires et il est aujourd’hui conseiller à l’Agence nationale pour la cohésion des territoires (ANCT). Ces détails ont leur importance car le dernier livre de Stéphane Cordobes, Si le temps le permet, regroupe toutes ces activités.

En effet, à l’automne 2019, Stéphane Cordobes débarque à Saint-Pierre-et-Miquelon afin de mener une enquête prospective expérimentale « en immersion » sur l’archipel, en y associant ses habitants. En parallèle, il mène un travail de recherche sur l’Anthropocène, c’est-à-dire l’avènement de l’ère durant laquelle l’humain représente la principale force de changement sur Terre.

Saint-Pierre-et-Miquelon représente le symbole de l’échec de la modernité. L’archipel est situé à l’endroit du globe où le changement climatique est le plus visible et le plus rapide, notamment en termes d’érosion et de risque de submersion. D’un point de vue économique, l’apogée a été atteint après la Seconde Guerre mondiale avec l’activité de pêche qui faisait la richesse du territoire. Cette pêche industrielle intensive a été stoppée par le moratoire sur la morue de 1992, imposé par le Canada.

Depuis, la structure économique du territoire, basée sur cette unique filière, est bouleversée. Les usines de transformation du poisson ont fermé et les activités de reconversion se font rares dans un territoire couvert de neige jusqu’au mois de mai. Le temps est comme arrêté pour cet archipel qui a, en perdant son activité de pêche, perdu en quelque sorte son identité et peine à s’en construire une nouvelle. Entre amour du territoire et envie d’ailleurs, entre résignation et motivation à lutter contre les effets du changement climatique : la population de ces îles est perpétuellement tiraillée.

L’ouvrage est ponctué de somptueuses photos qui illustrent cette situation : un territoire dont les infrastructures vieillissantes contrastent avec la nature d’une rare beauté. « En convoquant l’expérience esthétique, on se donne les moyens de travailler les imaginaires, la sensibilité, de produire du sens, de relier. […] L’expérience esthétique, si l’on accepte de la réenvisager, de la réinterpréter, peut nous aider à établir ce lien et à déployer un nouveau type de rapport au monde, plus en empathie et en symbiose avec ce qui le compose », explique Stéphane Cordobes.

Ce livre, sous forme de reportage photo est déroutant, mais il apparaît comme une ultime chance de sauver l’île, de sauver notre civilisation, en invoquant un sentiment des plus basiques, en faisant appel à l’esthétisme pour renouer avec la nature et renoncer à la modernité.

L’objectif de cet ouvrage est double. Il permet de faire connaître et d’expliquer la réalité d’un territoire français, bien souvent oublié. Mais il est également un appel aux habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon à se réapproprier leur territoire, à cesser les querelles entre générations, à lutter contre la paralysie qu’engendre l’imminence de la catastrophe climatique, à désartificialiser leurs îles pour se rapprocher de la nature et créer des modes de consommation durables.

C’est, par ailleurs, une manière originale et inédite de mettre en valeur et surtout d’humaniser et de rendre concrète la prospective qui souffre parfois d’une technicité telle qu’elle semble inaccessible.

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