Rapport

Recherche, sciences, techniques

Science, technologie et innovation : perspectives de l’OCDE 2018

Par

Science, technologie et innovation : perspectives de l’OCDE 2018
OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) , « Science, technologie et innovation : perspectives de l’OCDE 2018 », OCDE, 2018.

Le monde fait face à des bouleversements environnementaux, sociétaux, technologiques et économiques qui représentent des défis pour tous les gouvernements. La rapidité de ces mutations rend la réflexion encore plus difficile. Les nouvelles technologies peuvent permettre de répondre à ces défis. C’est pourquoi l’élaboration des politiques de la science, de la technologie et de l’innovation (STI) est un processus crucial. Ce rapport de l’OCDE examine les politiques de STI, les processus de recherche et d’innovation des pays membres ainsi que les évolutions scientifiques et technologiques. Les tendances principales sont analysées et discutées afin d’établir des scénarios et des préconisations permettant aux pouvoirs publics de mieux comprendre les enjeux et d’optimiser leurs politiques STI. Les technologies clefs sont : le numérique (les données) et l’intelligence artificielle (IA, incluant notamment l’apprentissage automatique).

Quatre pôles en interaction sont présentés : la société, les politiques STI, les processus de recherche et d’innovation, et les nouvelles technologies. Chaque pôle influence et modifie constamment les autres.

La société oriente de plus en plus les politiques STI vers les Objectifs de développement durable (ODD) établis par les Nations unies : changement climatique, santé, inégalités, démographie, ressources naturelles… Elle transforme les processus de recherche vers une science ouverte et citoyenne, et plus de diversité parmi les chercheurs. Elle est affectée et transformée par les nouvelles technologies.

Ces dernières peuvent elles-mêmes améliorer les processus de recherche et d’innovation qui les produisent. Elles peuvent rendre possibles de nouvelles découvertes, diminuer les coûts et les durées des projets de recherche, et améliorer la reproductibilité des expérimentations. Elles sont susceptibles de modifier les aspects sociologiques des sciences en augmentant les interactions entre chercheurs et en favorisant la transmission du savoir. À l’ère de la numérisation, la mise à disposition d’un grand volume de données accessibles à tous, à un coût plus bas, permet plus d’égalité dans l’entrepreneuriat et l’accès à l’innovation.

Ces technologies clefs peuvent également soutenir les politiques STI. Depuis la crise de 2007, la pression sur l’innovation est forte car celle-ci est reconnue comme étant source de croissance. Mais les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes et des interrogations apparaissent quant à l’utilité d’attribuer des budgets conséquents aux politiques STI. Dans les pays de l’OCDE, le poids du financement public de la recherche diminue, alors que celui du secteur privé augmente. Or il est important que le secteur public garde la main sur la R&D pour pouvoir orienter l’innovation vers les ODD, alors même que la science nécessite plus de financements pour atteindre ces objectifs. Dans un contexte difficile de restrictions budgétaires, comment allouer correctement les ressources ? La transformation numérique peut aider à un meilleur ciblage. Les nouvelles technologies peuvent permettre d’optimiser le travail des administrations, d’améliorer le suivi et le management de la recherche, d’apporter des modèles prédictifs et de favoriser la transmission de l’information.

Les gouvernements ont déjà entamé une réflexion sur l’adaptation de leurs politiques STI. Des outils de gouvernance innovants ont émergé : intelligence collective, innovation centrée utilisateurs, économie comportementale, mise en place de plates-formes de données, approches interdisciplinaires…, sont autant de programmes expérimentaux mis en place.

Pour accompagner et uniformiser cette mutation, l’OCDE formule des recommandations à l’égard des pouvoirs publics. Leurs politiques doivent être flexibles et évolutives, avec une intensification de la coopération interinstitutionnelle et internationale. La recherche doit être orientée vers les ODD. Une réflexion sur les indicateurs de la recherche et de l’innovation, et sur les organismes spécialisés dans leur évaluation doit être conduite afin de mieux cibler l’allocation des ressources tout en prenant soin de ne pas brider l’expérimentation. L’accent est mis sur les données massives qui doivent être ouvertes tout en garantissant leur interopérabilité, leur qualité, leur sécurité et leur accessibilité. L’établissement de normes internationales est primordial. Les gouvernements doivent promouvoir la numérisation et l’IA. La formation est un volet important à envisager. Les compétences en sciences des données, la transformation numérique et l’interdisciplinarité nécessitent une attention particulière. La diffusion des innovations nécessite un soutien fort. Enfin, les partenariats public-privé doivent être encouragés.

Mais ces changements sont complexes et génèrent beaucoup d’incertitude. Chaque innovation contient un potentiel néfaste pour la société. Anticipation, orientation et régulation sont donc les mots d’ordre conseillés aux gouvernements. Ceci peut se faire grâce à la prospective, la participation des parties prenantes dans les processus d’innovation, la cocréation, la mise en place de règles éthiques et de normalisation.

Ce rapport de l’OCDE adopte une approche très positive des politiques de STI en les mettant au service de la société et en les envisageant en soutien au monde scientifique. Les interactions entre les différents composants de la science et de l’innovation sont clairement exposées. Les préconisations avancées sont légitimes et bien fondées. Quelques questions pourraient être cependant analysées dans un contexte plus large.

Tout d’abord, les données massives apparaissent ici comme essentielles dans l’élaboration des politiques. Mais la surproduction de données est-elle forcément bénéfique et exploitable ? De même, s’agissant d’élaborer des indicateurs d’évaluation, comment peut-on quantifier la science de manière objective ? Quelques scénarios, tous fondés sur l’hypothèse d’un modèle économique de croissance, sont avancés, dans lesquels l’innovation scientifique et technologique est présentée comme la solution répondant aux problèmes associés à ce modèle. La position de la STI et la pertinence des politiques ne devraient-elles pas être aussi imaginées dans le cadre de développements économiques différents ? La science économique va-t-elle également prendre part au processus d’innovation ? La dimension environnementale des ODD étant centrale, quelle est l’empreinte carbone de ces technologies ? Quelles ressources énergétiques engagent-elles ? Enfin, la réussite des politiques conseillées est basée en partie sur la confiance apportée aux nouvelles technologies par les citoyens et les chercheurs. Comment faire en sorte que cette confiance soit acquise à bon escient et de manière éclairée par tous ?

Site web
https://read.oecd-ilibrary.org/science-and-technology/science-technologie-et-innovation-perspectives-de-l-ocde-2018-version-abregee_sti_in_outlook-2018-fr