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Rapport sur les inégalités mondiales 2018

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Rapport sur les inégalités mondiales 2018
COLLECTIF , PIKETTY Thomas et CHANCEL Lucas , « Rapport sur les inégalités mondiales 2018 », Seuil, 2018.

Ce rapport sur les inégalités, coordonné par Lucas Chancel, Facundo Alvaredo, Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, combine de manière systématique toutes les sources de données : les revenus et patrimoines totaux estimés dans les comptabilités nationales, les enquêtes déclaratives sur le revenu et le patrimoine des ménages, et les données fiscales sur le revenu et les patrimoines.

L’inégalité des revenus varie beaucoup d’une région du monde à l’autre. C’est en Europe qu’elle est la plus faible et au Moyen-Orient qu’elle est la plus forte. Ces dernières décennies, les inégalités de revenus ont crû dans presque tous les pays, mais à des rythmes différents, ce qui donne à penser que les institutions et les politiques publiques jouent un rôle dans leur évolution. La divergence est particulièrement extrême entre l’Europe de l’Ouest et les États-Unis, qui avaient des niveaux d’inégalités comparables en 1980, mais se trouvent aujourd’hui dans des situations radicalement différentes. Ainsi, les États-Unis connaissent actuellement une des inégalités de revenus les plus élevées parmi les pays riches.

Au niveau mondial, les inégalités de revenus ont fortement augmenté depuis 1980, malgré la forte croissance économique de la Chine. En raison de l’augmentation des inégalités depuis 1980, le 1 % d’individus les plus riches dans le monde a capté deux fois plus de croissance que les 50 % les plus pauvres. Pour les individus situés entre ces deux catégories, la croissance du revenu a été faible.

Ces dernières décennies, les détenteurs de patrimoine privé se sont enrichis, mais les États se sont appauvris. Dans les pays riches, le ratio richesse privée sur revenu national semble revenir aux niveaux atteints à la fin du XIXe siècle, c’est-à-dire environ 600 % à 700 %. La hausse des prix de l’immobilier et des marchés financiers depuis les années 1970-1980 peut être analysée comme un effet de rattrapage après la baisse observée entre 1919 et 1950. Selon les auteurs, des ratios richesse/revenu élevés impliquent que les inégalités de richesse, et potentiellement les inégalités dans l’héritage des richesses, sont susceptibles de jouer un rôle plus important dans la structure des inégalités au XXIe siècle que celui joué dans l’après-guerre.

Les données disponibles sur les inégalités de richesse sont beaucoup plus fragmentaires que les données sur les inégalités de revenus, particulièrement au niveau mondial. Cependant, il est possible d’affirmer que la concentration des richesses est beaucoup plus marquée que celle des revenus et est en hausse. Les inégalités de patrimoine entre individus ont crû à des rythmes différents d’un pays à l’autre depuis 1980. Il semble que, dans les années récentes, la croissance de la richesse s’accélère à mesure que le niveau de richesse augmente.

À long terme, selon les auteurs, ce sont les différences du taux d’épargne et la différence entre le rendement du capital et le taux de croissance qui déterminent la concentration de la richesse.

Trois scénarios à l’horizon 2050 sont proposés concernant les inégalités de revenus :

— Dans le scénario 1, tous les pays connaîtraient la même évolution que celle connue durant la période 1980-2016. En 2050, le revenu moyen des 50 % les plus pauvres serait de 6 300 euros contre 3 100 euros en 2016. Les inégalités augmentent car le rattrapage entre les pays n’est pas suffisant pour contrebalancer l’augmentation des inégalités à l’intérieur des pays.

— Dans le scénario 2, tous les pays suivraient la même évolution que celle connue par les États-Unis durant la période 1980-2016. En 2050, le revenu moyen des 50 % les plus pauvres s’élèverait à 4 500 euros. Les inégalités seraient plus importantes que dans le scénario 1.

— Dans le troisième scénario, tous les pays suivraient la même évolution que celle connue par l’Union européenne durant la période 1980-2016. En 2050, le revenu des 50 % les plus pauvres s’élèverait à 9 100 euros. Les inégalités auraient tendance à diminuer.

Afin de lutter contre les inégalités de revenus et de patrimoines dans le monde, le rapport plaide pour un certain nombre de changements :

— Renforcer la progressivité de l’impôt.

— Créer un registre mondial des titres financiers permettant d’identifier les détenteurs afin de lutter contre l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent et la montée des inégalités.

— Améliorer l’égalité d’accès à l’éducation et à des emplois bien rémunérés.

— Accroître les investissements publics dans l’éducation, la santé et la protection de l’environnement.

Sans vouloir prétendre faire l’étude exhaustive des inégalités, l’ouvrage représente une contribution importante pour leur analyse et permet une approche comparative de leur évolution dans le monde.

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