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Pour un Conseil mondial de la résistance

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Pour un Conseil mondial de la résistance
CHEMILLIER-GENDREAU Monique , « Pour un Conseil mondial de la résistance », Textuel, 2020.

Dans ce bref essai d’une soixantaine de pages, Monique Chemillier-Gendreau, juriste de droit international, propose une analyse synthétique des grands maux de ce monde, ainsi qu’une voie de sortie humaniste et égalitaire.

Rappelant les échecs successifs des organisations mondiales à structurer une réponse collective aux problématiques environnementales et de santé humaine, à la pauvreté, mais aussi aux conflits armés qui continuent à ravager certains territoires, elle pointe du doigt les défaillances de cette gouvernance, principalement affaiblie par les intérêts des États qui la structurent. Elle insiste ainsi sur l’importance d’en finir avec les Nations unies, incapables, à ses yeux, de mener une action efficace et satisfaisante. Elle en profite pour insister sur l’usure des démocraties modernes qui, sans réaction rapide, laisse se profiler un avenir sombre à l’aune de la grave crise économique et sociale à venir.

Écrit, en effet, au cours de son confinement en mai 2020, en seulement quelques jours comme l’auteur le rappelle elle-même, cet ouvrage est d’abord un cri d’alarme. Face à la prolifération des signaux d’alerte, et alors qu’une pandémie vient bouleverser les échanges commerciaux et humains, ce document appelle chaque citoyen à réagir. Aucun « retour à la normale » n’est possible ni souhaitable, nous dit Monique Chemillier-Gendreau. Il est grand temps, selon elle, que les individus se rassemblent au sein d’une nouvelle « organisation politique universelle », qu’elle propose de nommer « Organisation mondiale des peuples », au sein de laquelle chaque communauté pourrait faire entendre sa voix. Cette Organisation serait alors dotée de réels pouvoirs exécutifs et serait en capacité de faire appliquer les principes de droit international déjà existants, notamment en faveur du maintien de la paix. Pas question, en effet, de faire table rase du passé ni de renoncer à la mondialisation, mais bien de reconnaître à ce phénomène son caractère universel et donc d’attribuer à tous, sans distinction, ses droits, ses libertés, mais aussi ses devoirs.

Tissé de bonnes intentions, ce texte a le mérite de rappeler synthétiquement les principaux obstacles qui entravent à ce jour l’avènement d’une réelle autorité supranationale. Il éclaire aussi les enjeux prioritaires sur lesquels il est urgent de travailler pour améliorer les conditions de vie de tous : les inégalités socio-économiques, la militarisation croissante des pays, l’évasion fiscale ou encore l’industrialisation des systèmes alimentaires. Il reste toutefois très théorique et oublie de mentionner la complexité des jeux d’acteurs, étatiques bien sûr, mais aussi privés, individuels, et surtout culturels ou sociétaux, qui permettent pourtant de comprendre pourquoi il est si difficile de fonder une véritable instance à l’échelle de la planète. Si Monique Chemillier-Gendreau s’inspire de l’Histoire, comme en témoigne le titre même de son ouvrage, elle s’en tient à l’histoire de la France (faisant référence au Conseil national de la résistance) et néglige donc la pluralité des identités nationales, ethniques, locales qui forment cet ensemble hétéroclite d’humains qu’elle appelle à unir. Ainsi a-t-elle raison de prêter à sa plaidoirie une intention modeste, non pas de « fournir un projet achevé » mais « d’ouvrir le débat », car la route vers une réelle Organisation mondiale des peuples semble encore longue, chaotique et sinueuse…

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