Rapport

Économie, emploi - Ressources naturelles, énergie, environnement

Perspectives des ressources mondiales 2019. Des ressources naturelles pour l’avenir que nous voulons

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Perspectives des ressources mondiales 2019. Des ressources naturelles pour l’avenir que nous voulons
IRP (International Resource Panel) , « Perspectives des ressources mondiales 2019. Des ressources naturelles pour l’avenir que nous voulons », IRP, 2019.

Le Panel international des ressources regroupe 40 experts internationaux mandatés par le PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement) afin de fournir des analyses indépendantes sur la consommation de ressources naturelles et ses impacts environnementaux. Ce panel signe ici un rapport alarmant sur les évolutions récentes de la consommation de ressources et sur ses perspectives si l’humanité ne parvient pas rapidement à inverser la tendance.

Depuis 50 ans, la consommation mondiale de ressources a triplé alors que, sur la même période, la population a doublé et le produit intérieur brut (PIB) a quadruplé. Depuis 1970, l’extraction de sable, de gravier et d’argile a même été multipliée par cinq. L’extraction et la production mondiales de ressources (renouvelables et non renouvelables) se sont même accélérées depuis le début des années 2000.

Cette croissance est tirée principalement par les pays en développement, à la fois pour répondre à leur demande interne (construction d’infrastructures, consommation des habitants…) et pour nourrir les activités industrielles qui exportent dans les pays riches. Mais les habitants des pays riches consomment toujours 60 % de ressources en plus que ceux des pays en développement, et 13 fois plus que ceux des pays à faible revenu.

Les auteurs estiment que l’extraction et le traitement des ressources naturelles sont responsables de plus de 90 % de la perte de biodiversité et du stress hydrique sur la planète, et d’environ la moitié des émissions de gaz à effet de serre. Si ces tendances se poursuivent à l’avenir, la consommation mondiale de matières pourrait plus que doubler entre 2015 et 2060, pour atteindre 190 milliards de tonnes (contre 92 milliards en 2015). La superficie de terres cultivées pour l’agriculture augmenterait de 20 % ; les émissions de gaz à effet de serre, de 42 % à cet horizon.

Chaque humain utilisera alors en moyenne 18,5 tonnes de matière au cours de sa vie, contre 12 tonnes aujourd’hui. Cette moyenne n’aura bien évidemment pas plus de sens qu’aujourd’hui, compte tenu des écarts dans ce domaine entre les pays riches et les pays pauvres.

Selon le panel d’experts, cette poursuite de la croissance de l’extraction de ressources « se traduirait par des pressions considérables sur les systèmes d’approvisionnement en ressources et par des niveaux de pression et d’impacts environnementaux supérieurs ». On peut néanmoins regretter que cette alerte ne soit pas argumentée avec des projections plus précises.

Selon les estimations du panel d’experts, l’instauration de modes de production et de consommation plus sobres en ressources permettrait de réduire la consommation de ressources de 25 % d’ici 2060 par rapport à ce scénario tendanciel. La croissance économique se poursuivrait néanmoins : un découplage absolu serait atteint et le PIB mondial augmenterait même de 8 % de plus que dans le scénario tendanciel à cet horizon. Les émissions de gaz à effet de serre pourraient quant à elles diminuer de 90 %. La consommation moyenne de ressources par habitant passerait à 13,6 tonnes dans les pays riches et atteindrait 8,2 tonnes dans les pays pauvres.

Ce scénario suppose, sans surprise, des actions ambitieuses et coordonnées des acteurs publics, privés et des consommateurs qui, selon les experts, peuvent s’appuyer sur des solutions (notamment technologiques) déjà existantes. Il s’agit par exemple de privilégier l’éco-conception, d’allonger la durée de vie des produits, d’accroître le recyclage… Les auteurs recommandent de taxer l’extraction de ressources plutôt que les revenus, ainsi que la mise en place d’une taxe carbone au niveau mondial s’appliquant à toutes les sources d’émission de CO2. Les revenus de cette taxe pourraient ensuite être reversés aux ménages sous forme d’un « dividende carbone ». Les technologies de capture et stockage du carbone devraient aussi être développées massivement.

Dommage néanmoins que le rapport n’aille pas au-delà de ces grands principes et ne s’intéresse pas aux freins à leur mise en œuvre. Il s’agirait en effet d’une rupture totale avec les modes de production actuels car, comme le rappellent les experts, la productivité mondiale des matières [1] a diminué au début des années 2000 et stagne désormais. Si elle tend à s’améliorer dans les pays développés, c’est nettement moins le cas dans les pays en développement et les pays pauvres. Selon ces experts, ce phénomène s’explique par le fait que les entreprises ont donné la priorité à la productivité du travail mais qu’elles devront désormais décaler leurs efforts pour intégrer les nouvelles contraintes sur les ressources et les impacts environnementaux. Or, le scénario ambitieux mise sur une amélioration de la productivité des matières de 27 % d’ici 2060 : il y a loin de la coupe aux lèvres…



[1] La quantité de matière nécessaire pour produire une unité de richesse donnée, généralement le PIB.

Site web
http://www.resourcepanel.org/file/1172/download?token=muaePxOQ